Bienvenue sur Lost Heaven


Les Terres Suspendues vous accueillent ...
 
AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 Les lubies de la reine

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
 
 
Messages : 395
Date d'inscription : 12/04/2011

---------------

Voir le profil de l'utilisateur
 

 

Carnet de Voyage
Race: Humains
Classe: Mage
En général: ~Chef des Gardiens, reine de Kerdéreth~
MessageSujet: Les lubies de la reine   Dim 19 Fév - 14:31           
.................................................................................................................................................................................................................................

Bonjour à tous mes chers membres, amis, et visiteurs pourquoi pas. Ce qui fréquentent ce forum ont je pense tous en commun une passion pour l'écriture, une envie de contruire un nouveau monde ou peut-être seulement de s'évader, de partager des choses avec les autres. Dans cette optique, je voudrais exposer quelques textes qu'il m'arrivera d'écrire parfois. Ce ne sont pas exactement de grandes oeuvres, seulement quelques textes sans prétention qui m'exercent et qu'il me plaît d'écrire.
Je commence avec une histoire dont j'ai rédigé le début il y a peu, et que j'écris en ce moment. Le contexte est relativement futuriste enfin, je vous laisse juger, pour ce que la lecture tente. J'espère pouvoir réunir quelques commentaires qui m'aideraient à progresser un peu, des critiques, aussi bien bonnes que mauvaises, des petits avis.
Voilà, je vous laisse donc maintenant regarder un peu. Je ne poste que le premier chapitre, je verrai quand est-ce que je posterai le deuxième, déjà écrit, en fonction des commentaires que je recueillerai. Il est plutôt court comparément au prochain x)
J'espère que cela pourra vous plaire Wink

Toute copie totale ou partielle des documents nécessite l'accord du titulaire des droits et doit inclure la citation claire et lisible de la source et de l'auteur.

Devy Morgan


Octobre, Mardi 26

« Hy Charly ! What will you do tonight ?
-Hello darling ! What are you thniking about ? Nothing, for sure !
-Well, well ! I had to say to you we're not going to see each other sunday.
-I don't know why, but I knew before you said it.
-So I see this is not a problem. Good bye Charly. Take care.
-Thank you Alex ! And for tonight ?
-I'll phone you ! Bye. »
Alex s'extirpa du taxi et claqua la portière. Du haut de ses talons, elle surplombait la ville, comme du sommet d'une tour. Le taxiste compta les billets sur le fauteuil et reprit le volant. La longue route droite entre les buildings était bouchée à trois mètres par un embouteillage de plusieurs dizaines de kilomètres de long. Il n'y avait personne dehors. Le couvre feu était tombé depuis peu. Alex pressa le pas et tira la poignée de la première porte à sa gauche.
Il faisait chaud. La froide ville s'effaça alors peu à peu de son esprit. Elle longea les murs sur un fond de lumière bleuté. Le bruit des escarpins résonnait dans la longue pièce effilée. D'autres bruits se firent entendre. Alex retira ses chaussures qu'elle porta à la main. Le sol tapissé ne la gênait pas.
Une porte s'ouvrit tout près. Elle fourra les chaussures dans son sac et baissa les yeux. Un homme jeta un regard suspicieux vers elle. Elle passa en jetant un rapide et désintéressé « bonsoir ». L'homme rentra chez lui et l'imperturbable silence revint. Plus bas, vers le pied de l'immeuble, le chuintement de l'ascenceur lui parvint. Elle continua à suivre la spirale du gigantesque couloir jusqu'à un escalier dont elle gravit les marches quatre à quatre.
Au cinquième étage elle rencontra le premier « garde ». Posté devant sa porte, l'oeil sournois, elle savait qu'il l'attendait.
« Vous rentrez chez vous à 18h et 7 minutes 30. L'amende encourue est de 730 crédits. Pourquoi avez-vous dépassé le couvre feu ?
-J'ai eu un problème de taxis.
-Cela fait trois fois ce mois-ci, à la prochaine c'est la garde à vue. Votre sac. »
Alex le lui tendit. Elle contint un frisson. Le mascara... non le mascara était chez elle. Le garde ne trouva d'abord rien à redire puis lança :
« Je voudrais également voir votre téléphone. »
Le numéro n'apparaissait pas. Le numéro n'apparaissait pas. Le numéro n'apparaissait pas.
L'homme le lui rendit avec un sourire sadique.
« Bonne nuit. »
Alex se précipita pour ouvrir sa porte. À l'intérieur la veilleuse blanche maintenait en permanence le séjour dans une demie obscurité. Les zones d'ombres créées par les reliefs arrondis laissaient le plafond (trop bas selon elle) invisible, ce qui conférait à la pièce cette irréelle sensation de prolongement infini.
Alex n'allumait jamais la lumière. Pour le masquer sur ses factures, elle était obligée de laisser toujours la télévision en veille. Cela augmentait un peu sa consommation, mais au moins c'était suffisant pour cacher, aussi, ses sorties prolongées. Elle pénétra dans la cuisine dont la veilleuse de la pièce voisine n'éclairait qu'une infime partie. Elle se servit un verre de whisky et passa dans sa chambre, à droite du séjour. Seul le lit recevait un peu de lumière.
Elle se laissa tomber au milieu des couvertures. Les draps défaits s'enroulaient sur eux-mêmes, se pliaient et se repliaient. Elle déposa son verre au pied du sommier et s'allongea pour de bon.
Dès qu'elle rentrait chez elle c'était le même rituel. Elle sentit ses yeux s'embuer. Les larmes étaient invisibles dans la pénombre. Elle saisit son verre et en avala la moitié d'un trait. Elle savoura le reste car elle savait qu'elle aurait bientôt fini sa dernière bouteille. À quand la prochaine visite ? Dimanche. Non annulé. Trop dangereux.

Elle récupéra son téléphone avant de jeter son sac dans un coin sombre de la pièce. Elle ferma les yeux, resserra sa prise sur ses couvertures. Elle sentait le temps passer à une vitesse effroyablement lente. Quelle heure était-il ? Dix-huit heures onze. Même pas besoin de tirer une montre. Elle avait un sens inné qui lui dictait à la seconde près quelle heure il était. En fait, elle ne pouvait pas passer une journée, une minute, sans se mettre à compter les secondes. Elle n'y pouvait rien, c'était réflexif.
Elle repoussa le drap mouillé et finit son verre. Plus que deux heures dix-huit minutes à attendre. Elle laissa sa tête glisser vers l'oreiller, ferma les yeux. Sa pince lui faisait mal à la tête mais c'était le cadet de ses soucis. Plus de deux heures à tuer. Elle releva les paupières et fixa le vide. L'heure tournait en boucle dans son esprit.
Exaspérée, elle finit par jeter la pince avec le sac. Les courts cheveux, libérés, s'évadèrent entre les couvertures. Le silence et le néant perduraient. Alex se sentait mal. Elle passa sa main dans ses cheveux. Elle s'assurait qu'elle était bien là, qu'elle ne rêvait pas, ne faisait pas de cauchemar, n'hallucinait pas. Impeccable. Elle renifla et se concentra pour ne plus laisser une larme couler sur son visage.
Bien, maintenant que c'était fait reprendre un peu de consistance. Elle souffla un grand coup et se releva légèrement. Son portable était laissé à l'abandon entre les draps. Un voyant clignotait sur le dessus, lui indiquant que la batterie était faible. Elle ne perdit pas de temps et le chargea dans la seconde en le glissant dans un adaptateur qui lui proposait les services de son téléphone et le brancha à la première prise qu'elle pu trouver, à savoir celle qui était incrustée dans sa table de chevet. Il lui restait du temps avant de passer l'appel qu'elle achevait de promettre par intermédiaire téléphonique, aussi ne valait-il mieux pas attendre la dernière minute avant de charger.


Blaise Brévini écoutait sa messagerie dans l'immeuble d'en face. Le cour de la bourse aujourd'hui avait fait chuter ses recettes de 14% sur des actions qu'il avait récemment placé en 1 heure. C'était son banquier, Houston Chillman, qui lui avait conseillé ce placement « cent pour cent sûr » et qui essayait à présent de le joindre pour qu'il mette ses parts en vente avant qu'advienne une nouvelle catastrophe de ce genre. Problème : cela reviendrait à revendre à pertes, et convenait pas du tout à son client qui envisageait une discussion sérieuse avec lui.
Il composa rapidement le numéro de son cher banquier mais tomba sur sa messagerie. Il décida donc finalement de rappeler d'ici quelques minutes après avoir laisser un message éloquent. Blaise se rendit donc dans sa cuisine pour patienter, et demanda à sa cafetière de lui préparer un « expresso-bien-serré-et-pas-trop-sucré-comme-d'habitude ». La machine répondit d'abord par l'allumage d'une LED jaune pissenlit puis le système émit un bruit bizarre avant de lui répondre de recharger en sachets à tasses biodégradables le réceptacle prévu à cet effet. Pas de chance, c'était sa femme qui les avait rangés.
« Chérie !! »
Sauf qu'il se souvint que ladite chérie était sortie faire du shopping une heure plus tôt et n'était toujours pas revenue. Son premier réflexe fut donc de saisir son portable sur son bureau et de lui demander d'appeler sa femme. Alors que le premier signal résonnait en haut parleur, ce fut le moment que choisit son banquier pour rappeler sur le téléphone fixe. Blaise poussa un grognement, raccrocha sur le portable et se saisit du fixe. Il passa ainsi une bonne heure à débattre sur des mesures afin de sauver un Blaise alarmé du cauchemar du déficit.

L'heure de discussion achevée. Il se résolut à penser à autre chose, et ouvrit son agenda électronique. La journée du lendemain était déjà complète. Il retourna au jour présent pour s'assurer qu'il n'avait rien oublié et relu l'intégralité de ses notes par la même occasion. Ce ne fut que lorsqu'il aperçu le trou d'une demie-heure entre dix-sept heures trente et dix-huit heure qu'il commença à s'inquiéter. Ses notes ne mentionnaient rien à cette heure, pourtant, il était certain d'avoir fixé quelque chose. Heureusement, il écrivait toujours en urgence une copie des choses à ne surtout pas oublier dans un carnet. Il l'ouvrit donc et se mit en quête de sa demie-heure manquante.
Grâce à des recherches acharnées il décela, entre le numéro de sa nouvelle secrétaire adjointe à l'université dont il était le dirigeant – à joindre d'ailleurs au plus vite – et l'adresse du pressing où sa femme avait laissé ses pantalons de smoking, un gribouillage insignifiant et à peine déchiffrable « appeler Mlle Devy ». Exaspéré de ne pas avoir copié la note dans son agenda il se saisit à nouveau du portable et demanda à s'adresser au contact en question. Il n'y eut que trois signaux sonores avant la réponse :
« Mlle Alexandra Devy ?
-Oui...
-Bonjour. C'est moi, Blaise Brévini.
-Monsieur le directeur ? Oh bonsoir.
-Je voulais vous demander comment évolue le dossier de John Cardo.
-Ce jeune homme est toujours aussi... « inventif ».
-Vous pensez que je devrez le virer ?
-Moi je ne pense rien du tout je me contente d'observer. Il est tout bonnement insupportable ces derniers temps. Je suppose que vous savez que j'ai dû le virer de cour vendredi.
-Oui... Disons que j'en ai eu vent... Qu'est-ce qu'il s'était passé exactement ?
-Il a trouvé terriblement drôle d'envoyer un verre d'encre indélébile à travers l'amphi-théâtre.
-Ah...
-Oui.
-Bien... Vous pensez donc que...
-M. Cardo est un crétin, je ne sais pas ce qu'il fait dans mes cours. S'il tient à boycotter ma classe je n'en ai rien à faire ce n'est pas mon problème, il le fait bien concernant la littérature Orientale du XXIIeme siècle ! Maintenant, je crois que la prochaine fois que je le vois ne serait-ce que respirer de travers, je ne sais pas quelle force pourra me retenir de lui faire avaler son ordinateur et de le jeter par la fenêtre !
-Dans ce cas vous croyez que...
-Vous faîtes ce que vous voulez ce n'est pas mon problème.
-... Je vous rappellerai demain. Vous me direz comment se sera passé le cour. Merci Mlle Devy.
-Bonsoir Monsieur. »

Blaise eut un moment de flottement pendant lequel il ne sut plus très bien ce qu'il comptait faire avant d'appeler la professeur. Puis il aperçut sa cafetière et son petit voyant jaune, et la mémoire lui revint.


Alex s'appuya contre le sommier et se massa les yeux. Ce n'était vraiment pas le moment de penser à ça. Sur une table basse à gauche du lit trônait pourtant une impressionnante pile de papier qui lui rappelait une fois de plus ses devoirs. Néanmoins, elle savait que si elle se mettait à corriger dans ces conditions, les notes n'excéderaient pas le zéro. Elle se retint donc de travailler ce soir et préféra regarder le plafond en quête de sommeil. Au fond ce n'était pas très compliqué. Fermer les yeux, dormir... c'était à la portée de n'importe quel enfant en bas âge.

Son sommeil fut de courte durée. Au moment où une voiture lui fonça sciemment dessus dans la rue au beau milieu d'un rêve, elle ne put faire autrement que de se réveiller. Elle était en sueur et ses affaires étaient trempées. Elle s'empressa en conséquence jusqu'à la salle de bain située de l'autre côté du séjour. Son reflet dans le miroir lui fit froid dans le dos. Cela faisait un certain temps qu'elle n'avait pas pris le temps de se détailler de cette façon. Son teint était cireux et oscillait entre le blanc et le jaune. Elle ne parvenait pas à définir précisément dans quel état se trouvaient ses cheveux. De toute évidence, une douche ne lui ferait pas de mal.
L'eau chaude lui fit énormément de bien et contribua à lui apporter un peu de sérénité. Elle passa bien plus de temps que nécessaire sous le jet. Lorsqu'enfin elle éteignit l'eau, elle se fit une maigre salade avec ce quelle put trouver, puis retourna vers son téléphone – complètement chargé – sans pour autant qu'elle ait vraiment besoin d'établir l'information qu'elle allait solliciter. Vingt heures dans 3 minutes. Plus qu'une demie heure environ.

Alex tourna en rond pendant le temps qu'il lui restait. Son téléphone en main, elle passa en revue tout ce qu'elle avait fait dans la journée et le nota dans son cahier. Fébrile, elle ne se contenait que difficilement de ne pas avancer le rendez-vous. Autant dire qu'elle fut tout à fait à l'heure.
« You're alone ?, demanda-t-elle dès que l'on décrocha à l'autre bout du fil.
-Tout va bien, tu peux parler normalement.
-Il est difficile de se retrouver seuls ces derniers temps tu ne trouves pas ?
-Si. Et je crois que ça va aller en s'empirant.
-Are they listening ?
-I can't see anything to prove it.
-D'accord... On va dire c'est bon.
-Ne t'en fais pas, je suis branché, assura l'interlocuteur. Je surveille.
-Je te crois. Quoi de nouveau ?
-Par rapport à la dernière fois ? Rien du tout. Je ne suis même pas certain que ta piste soit la bonne.
-Tu as une autre idée ?
Un souffle moitié moqueur, moitié exaspéré lui répondit.
-Non bien sûr. Je n'ai jamais aucune idée en tête. Mais il est très difficile de trouver quoique ce soit de concret de ce côté là. Les accès sont tous fermés, la surveillance est grande. Il n'y a pas une minute sans que nous ayons à échapper de justesse à une tentative de filature.
-Je sais tout ça. Ce que tu me dis ne date malheureusement pas de la veille.
Un court silence suivit, qu'Alex occupa à rassembler ses idées.
-Pourquoi ne peux-tu pas venir dimanche ? Attends je sais...
-J'ai un rendez-vous professionnel, coupa la jeune femme. On me change d'orientation.
-Ah... C'est vrai que tu fais parti de cette classe travailleuse...
-C'est reparti...
-... à qui la société impose toujours son bon vouloir en fonction de sa nécessité.
-Ça y est tu es satisfait ? Tu as rempli ton quota de plaisanteries pour la journée ?
-Désolé, je ne pouvais pas m'en empêcher. Qu'est-ce que tu vas devenir alors maintenant ? Bûcheron ?
-Je vois que tu n'en as pas fini... Non, ils ont décrété que je n'étais pas assez musclée pour exercer cette emploi pourtant fort enviable.
Le rire qui retentit lui rendit le sourire une demie seconde.
-Charly... ils vont me passer GEA.
-Pardon ? Alex, tu peux répéter ?
-Tu as bien compris. Ma prochaine profession sera Garde de l'Entretien de l'Autorité. Ils vont tout fouiller de fond en comble cette fois. Ils vont avoir accès à toutes les informations qui les intéressent. Et si le lien...
-Alex, calme toi ! Pitié calme-toi ! Voilà ce qu'on va faire...
Il y eut un bruit étrange à l'autre bout du fil. On tapa quelque-chose sur un clavier d'ordinateur, puis le silence s'abattit. Alex compta bien une minute treize secondes avant que soudain la voix ne reparaisse.
-Je suis vraiment désolé, affirma Charly. Je ne vois pas de qui vous voulez parler. Vous avez dû vous tromper de numéro.
-E..Excusez-moi. Je... vais vérifier que je n'ai pas fait d'erreur.
-C'est cela. Aurevoir Mademoiselle. »
Alex ne parvint pas à raccrocher. Les tonalités de l'appareil la laissaient affreusement frustrée, en proie au doute. Ils n'avaient rien eu le temps de fixer. Elle ne pouvait décemment pas l'appeler à n'importe quelle heure, sans même l'avoir prévenu. Mais le prévenir, justement, consistait en l'appeler. Une rage soudaine, dirigée contre une autorité supérieure, qu'en un autre temps on aurait pu baptiser destin, déferla en elle de façon incontrôlable. Elle projeta de toute ses forces le mobile à travers l'appartement. La chance voulu qu'il atterrisse sur une pile de serviettes, dans la salle de bain.

Alex se releva et fit les cent pas dans la pièce. Sa vie ressemblait décidément à une cage bien fortifiée. Elle tournait toujours en rond, revenait sur ses pas, repartait de nouveau. Elle empruntait un chemin incertain et sinueux qui ne menait à rien, sinon à la même situation dans laquelle elle se trouvait en se mettant en route.
Derrière elle, la pile de serviette s'effondra. Sur le carrelage retentissaient à présent les vibrations du portable. Elle le saisit. Aucune information à l'écran.
« ...
-C'est bon tu peux parler, rit Charly.
-Tu m'as fait une de ces peurs ! Tu es complètement cinglé ! Il y a des fois où je devrais songer à te réduire en petits morceaux et à te passer au mixeur...
-Merci, moi aussi je suis content de bavarder avec toi. Je te signale en passant que je n'y peux rien. Et puis mieux valait couper que s'exposer.
-Oh je n'étais pas au courant.
Brève interruption. Les deux parties devaient chacun dans leur sens organiser le début d'une solution.
-Hm, Alex, je voulais te dire tout à l'heure...
-Oui ?
-Pourquoi ne pas déposer un dossier à l'accadémie de répartition afin d'essayer de garder ton job ?
-Impossible ! Je n'arrête pas de me plaindre de mon poste présent à mon supérieur. Quelqu'un finira forcément par trouver ça louche.
-Je vois. Encore des problèmes ?
-Oh pas grand chose. Mais ça n'a jamais été mon truc d'enseigner. La première année ça passait encore mais maintenant... J'étais bien mieux dans mon ancien poste en surveillance maritime.
-Il est vrai que moi aussi j'aurais préféré voir les gens se faire bouffer par les requins plutôt que de traîner dans un bureau.
-C'est ma journée c'est ça ?
-Laisse tomber je suis un peu à cran en ce moment.
-Tu ne m'as pas dit comment ça se passait de ton côté, laissa sous-entendre Alex.
-T'occupes. Pour l'instant il faut surtout qu'on se trouve un temps pour le prochain coup de téléphone, et pour que tu passes me voir.
-Comme je vais changer de boulot j'aurai certainement un congé de réadaptation. Peut-être dans deux semaines.
-Deux semaines ? Tu rigoles j'espère ! Il faut qu'on se voit rapidement.
-Écoute moi aussi j'aimerai bien qu'on se voit dimanche mais j'ai dit non.
-Ça va, j'ai compris. Mais je maintiens que deux semaines c'est trop long. Tu as ton lundi de libre non ?
-Bien sûr.
-Alors pourquoi est-ce que tu ne prendrais pas le train du soir dimanche ?
-Et bien... Parce que mardi je travaille.
-Tu reprendras le train du soir lundi.
-On ne se verra qu'une journée ! Et en plus je n'aurai même pas de repos.
-Allez va, tu dormiras dans le train. Ou en classe. Ça t'enlèvera le poids des élèves.
-Soit, souffla Alex. C'est bien parce que tu insistes... et parce que c'est toi.
-Et pour ton dossier je vais essayer de faire jouer des contacts. Je ne te promets rien mais il faut absolument qu'on passe un coup de pinceau là-dedans. Il y a de la retouche à faire. Par contre je suis attendu, je dois y aller. Je peux te rappeler entre onze heure et midi demain ?
-Ça marche. J'aurai lâché les fauves à cette heure là.
-Dans ce cas j'attends avec impatience. Bonne nuit Alex.
-Bonne nuit Charly. »


Charly débrancha le complexe d'auto surveillance et mit son portable hors de tension. Chez lui, le soleil était visible par la fenêtre, même si à cet instant il avait déjà disparu. Il s'imagina un bref instant dans ce qu'il se plaisait à appeler « la boîte d'allumettes » d'Alex, ou plutôt son appartement. Le manque de soleil là-bas le rendait nerveux. Il ne savait pas comment elle pouvait tenir enfermée en ville, avec une dizaine de milliers de personnes autour. Lui avait eu plus de chance et avait pu continuer à bénéficier d'un repère en bord de mer, dans une ville plus modeste. Depuis son bureau, il apercevait sans mal l'ancienne demeure, à présent déserte, de sa « correspondante ». La façade est avait une vue imprenable sur la mer.
Au sommet du promontoire sur lequel lui-même se tenait, il pouvait tout aussi aisément observer les aléas des vagues. Il se prit à la nostalgie des balades en bord de mer et quitta la maison. L'air iodé pénétra avec plus d'avidité dans ses poumons. Les grains de sables étaient balayés par un vent nord désagréable. Charly avança rapidement entre les habitations en baissant la tête, histoire de ne pas avoir à respirer le sable. Il n'avait que deux cents mètres à faire. Le perron était dégagé, quoiqu'il manqua sévèrement d'entretien. Ici aussi, le couvre-feu aussi s'établissait à 18h, mais il y avait nettement moins de surveillance. Pour peu qu'il ait laissé la lumière allumée chez lui et qu'il ne croise personne, il ne pouvait pas être soupçonné d'avoir quitté son domicile.
Il passa sans mal par une fenêtre qu'il savait entre-ouverte. Il tomba aussitôt dans ce qui avait été la pièce à vivre. Il se souvint aussitôt de tous les moments qu'ils avaient passé ici ensemble. Certes, bien souvent, ils les avaient passé à des activités que le commun des mortels n'aurait pas forcément trouvé follement amusantes. Néanmoins la compagnie d'Alex, seule lui suffisait.
Il lui avait menti tout-à-l'heure, lorsqu'il lui avait dit qu'il était attendu. C'était surtout qu'il supportait de moins en moins bien d'avoir toujours à lui parler à travers un téléphone. Ils se voyaient trop peu souvent ces derniers temps (une fois tout les deux mois en moyenne) et cela le rendait absolument dingue. Au début, il y a trois ans, lorsqu'elle était partie pour la ville, ils avaient maintenu le contact en se voyant une fois par semaine. Souvent, c'était même lui qui allait la voir, alors qu'ils n'en avait même pas parlé. Et puis, ils avaient compris qu'ils prenaient bien trop de risques et s'étaient éloignés petit à petit.
Bien sûr il culpabilisait de lui avoir menti de la sorte, surtout qu'elle allait très mal en ce moment, mais ça avait été plus fort que lui. Apprendre qu'elle risquait de devenir GEA d'un seul coup, la sentir si mal lorsqu'elle parlait... tout ceci l'avait forcé à couper court la discussion.

Charly se cala contre un mur en face du porche et de la porte vitrée. Il resta ainsi un long moment dans le silence et dans le noir, dans l'indifférence des vagues qui agitaient la mer à l'horizon.

- - - - - - - - - - - - - - - - - -

Et bien voilà, j'espère que cela vous aura plu. N'hésitez pas à poster à la suite, ou à m'envoyer un MP pour donner votre avis si vous ne voulez pas le faire là.
Bonne journée à vous !

~.~.~.~.~.~.~.~.~.~


Revenir en haut Aller en bas
 
 
Messages : 395
Date d'inscription : 12/04/2011

---------------

Voir le profil de l'utilisateur
 

 

Carnet de Voyage
Race: Humains
Classe: Mage
En général: ~Chef des Gardiens, reine de Kerdéreth~
MessageSujet: Re: Les lubies de la reine   Sam 25 Fév - 14:44           
.................................................................................................................................................................................................................................

Et voilà la suite ! J'espère qu'elle vous plaira. Désolée pour ceux qui n'aiment pas les textes longs, celui-ci l'est ! xD
Je vous souhaite une bonne lecture ^^

Octobre, Mercredi 27

Le réveil sonna beaucoup trop tôt ce matin-là. Alex s'était endormie sans y prêter gare, habillée, son téléphone à la main après avoir enfin coupé la communication. Elle devait passer au poste de la garde pour payer son amende avant de partir pour l'université. Elle prit donc place dans sa salle de bain et commença à se préparer. Elle se changea et troqua sa jupe pour un slim sombre bien serré. Sa chemise disparut également au profit d'une pull rouge large qu'elle cintra grâce à une ceinture de cuir. Elle ajouta une veste de coupe costume noire.
Pour le maquillage, elle préféra ne pas faire de chichis. Un fond de teint clair en accord avec sa peau et un blush légèrement plus coloré, un petit coup de mascara et elle était déjà partie. Elle ne se souvint qu'au dernier moment d'emporter le vieux mascara qui traînait au fond du tiroir de sa coiffeuse. Elle passa ensuite la porte d'un pas décidé, en même temps que sa voisine. Elles se dirent bonjour de loin et échangèrent quelques banalités sur leur profession respective avant de se séparer au niveau des escaliers. Alex continua en descendant alors que sa voisine partait vers un autre appartement. Elle ne put s'empêcher de noter que cela faisait plusieurs fois qu'elle la voyait s'y rendre. Ensuite, elle rangea cette pensée dans un coin de son esprit et poursuivit son chemin.
Dehors le temps était maussade. Pas vraiment froid sans pour autant qu'on puisse dire non plus qu'il était chaud. De gros nuages gris brouillaient le ciel au sommet des tours. L'horizon était bouché de tous côtés par les constructions délirantes de grandeur en métal et verre teinté. La plus grande construite à ce jour ce trouvait en cette même ville, et elle mesurait six cents mètres de haut. Alex avait fait des recherches en construction il y a longtemps, lorsqu'elle n'était encore qu'en école secondaire. Ce qu'elle avait trouvé dépassait de très loin ses compétences, et elle n'avait pas compris grand chose. Elle avait seulement constaté à l'occasion de ses recherches que de nombreuses innovations techniques à la fin du XXIème siècle avait permis d'immenses progrès dans le domaine de l'architecture, ce qui avait ainsi rendu possible la construction de telles tours. Ceci reposait avant tout sur des modifications des fondations.
Au dessus des tours, une masse énorme assombrit soudain la partie de la ville où Alex se trouvait. Un dirigeable sous lequel était fixé ce qui pouvait ressembler à un miroir rectangulaire de 700 mètres sur 350 traversait le ciel. L'écran géant, aussi fin qu'une feuille de papier, était renforcé par un cadre en aluminium pour résister aux vents faibles. Si ces derniers soufflaient trop fort, les dirigeables étaient interdits de passage et les images étaient relayés par d'autres écrans placés autour des tours au niveau des premier et second étages, qui étaient inhabités et servaient pour le personnel qui s'occupait des tours, pour l'entreposition de matériel, pour des salles de réunion ou de surveillance, tout comme le rez-de-chaussée. Ces étages étaient toujours dépourvus de fenêtres.

Alex n'eut que quelques mètres à faire pour attraper le téléphérique. C'était, avec le métro souterrain, le moyen de déplacement en ville de prédilection pour les habitants. Elle scana sa carte d'abonnement au transport sur le plateau à droite de la porte et s'installa. Depuis sa place, elle put voir l'allumage de l'écran géant dans le ciel. Un visage féminin aux traits extrêmement doux et au regard ferme apparut, un demi sourire aux lèvres. Lorsque la femme prit la parole, la voix résonna dans le wagon par l'intermédiaire de hauts parleurs.
« Bonjour la Nouvelle Île de France. Nous sommes mercredi 27 octobre et il fait actuellement 20 °C. Nous vous annonçons l'ouverture de la nouvelle aire commerciale de la banlieue est pour 14h. À l'occasion, nous vous proposerons 20% de réductions sur tous les articles de ses magasins. Passons maintenant aux gros titres de la journée.»
Alex ne prêta pas grande attention au reste du charabia. Les nouvelles économiques était globalement bonnes, cela lui suffisait. Les quelques scandales et inculpations ne l'interressaient pas vraiment. Du moins c'est ce qu'elle pensait, jusqu'à ce qu'elle entende une autre information qui arrivait en même temps que le téléphérique à la prochaine station.
« Nous avons également obtenu, ce matin à 3h35, un communiqué du département de la protection du territoire nous informant de la mise en examen de la grosse fortune Keneth Dawson. Le quinquagénaire dirigeant entre autres l'entreprise informatique à haut rendement The Twin Projects mieux connu sous l'abréviation TTP, a été interpellé par les représentants GEA aux alentours de deux heures du matin. Une source, pour l'instant anonyme, aurait communiqué des informations encore inconnues du grand public capables de déstabiliser le grand patron. Nous reparlerons bien sûr de cette affaire dans le courant de la journée. »
Ainsi donc c'était arrivé. Alex resta scotchée sur place pendant les trente secondes qui suivirent. Elle ne sortit de son état d'étourdissement que lorsqu'un autre haut parleur annonça l'ouverture des portes. Avec plusieurs dizaines d'autres personnes, elle quitta le wagon à la station. C'était une esplanade de vingt-cinq mètres carrés où la foule se bousculait. Après ceux qui étaient sortis, une nouvelle marée se mit en mouvement pour rentrer dans le wagon. Alex descendit de l'esplanade en direction de la rue. En face d'elle s'ouvrait l'entrée de l'un des cinquante parkings à niveaux de la ville. Ils étaient en apparence construits comme toutes les autres tours de la ville, avec autant d'étages en moyenne et autant de surface, sauf que leur base était circulaire. C'était les seuls endroits en ville où il était possible de garer sa voiture. Sa propre voiture était garée quelque part dans ce parking. L'emplacement était noté dans son téléphone portable, grâce à un message instantané que le réseau informatique du bâtiment lui avait envoyé lorsqu'elle avait garé son véhicule.
Toutefois ce n'était pas vers le parking qu'elle se dirigeait, mais vers le poste de la GEA qui le jouxtait. Comparément au bâtiment à ses côtés, celui-ci était bien plus réduit en surface et ne comprenait que 10 étages de bureau. mais cela semblait suffisant au personnel pour gérer toute la ville.

Alex entra dans les bureaux à 7h30, à l'arrivée des premiers représentants de l'ordre public. Elle avait dû patienter un certain temps avant de pouvoir pénétrer à l'intérieur. Il en ressortait que l'exaspération commençait à pointer le bout de son nez. On la fit s'asseoir dans une salle d'attente entièrement vitrée d'où l'on pouvait aussi bien voir le hall que l'extérieur en attendant que le reste du personnel arrive. Alex avait peur de se présenter en retard à l'université si sa journée se poursuivait sur ce rythme.
Ici aussi, des hauts parleurs diffusaient les messages de la femme de l'écran géant, comme partout ailleurs dans la ville, même si à ce moment elle avait disparu du champ de vision des habitants à l'endroit où Alex se trouvait. La présentatrice virtuelle était passée au bulletin météorologique qui annonçait de la pluie pour toute la semaine sur la capitale. Elle écouta les prévisions pour la région méditerranéenne, et fut soulagée d'entendre qu'il y régnerait un climat doux, favorable aux dernières baignades de l'année, du 29 octobre au premier novembre. Alex nota mentalement d'ajouter un maillot de bain à sa valise, et de préférence d'en acheter un neuf. D'ailleurs, rien que pour le lundi qu'elle allait passer là-bas, il serait préférable qu'elle achète trois nouvelles tenues. Non deux plutôt, ce serait suffisant, puisqu'elle apporterait la robe qu'elle avait mise à son dernier jour dans son ancien chez elle. Deux tenues, et un maillot, mémorisa-t-elle mentalement.
Elle avisa une GEA qui s'approchait d'elle, et elle en déduisit qu'on était prêt à la recevoir. Elle plongea la main droite dans son sac jusqu'au poignée et dévissa le tube de son vieux mascara d'un quart de tour. Un clic à peine perceptible s'éleva.
« Vous êtes bien Mlle Alexandra Devy ?
-Oui.
-Suivez-moi. »
Alex se mit en marche derrière la GEA et releva la tête avec assurance. Rien à se reprocher, elle n'avait rien à se reprocher. Ses talons aiguilles rouge martelaient le carrelage. Elle ne croisa qu'une dizaine de personnes sur le chemin du bureau avant qu'on ne la fasse entrer.
« Asseyez-vous.
Alex s'exécuta. Elle était assise devant un bureau en aluminium, spécialité de la ville en matière d'équipement, et l'homme qui lui faisait face avait l'air de raisonner par habitude. Il ne prêtait pas grande attention à ses agissements.
-Vos papiers.
Alex fit la grimace et tira malgré elle sa carte individuelle. La tablette tactile était dans un état relativement mauvais. Elle devrait penser à la faire changer au plus vite, ce soir par exemple. L'agent la saisit et après quelques manipulation, obtint les informations qui l'intéressaient. Il nota le tout sur son ordinateur.
-Votre carte de crédit.
Penser aussi à retirer de l'argent à la banque si elle ne voulait pas manquer de liquide prochainement. Garder du liquide sur soi était toujours mal vu, mais beaucoup plus pratique pour régler dans certaines situations. De son porte feuille, elle sortit également ladite carte.
Le GEA opéra au transfert de la somme de 730 crédits. Les choses sérieuses pouvaient maintenant commencer. Il lui montra l'accusé de l'opération en tournant l'écran de l'ordinateur et le lui transféra sur son portable à sa demande. Elle reçut le fichier qu'elle ne regarda pas.
-Vos retards s'accumulent ce mois-ci vous en avez conscience ?
-Oui.
-Vous pourriez être suspectée de vous adonner à des activités illégales.
-Je ne m'adonne à aucune activité illégale.
-Bien sûr. Vous n'avez commis aucun délit ?
Comme elle ne répondait pas, il tapa quelques mots sur son clavier tactile. La réponse à sa question s'afficha en quelques secondes.
-Lorsque vous aviez 18 ans, en 2200, vous avez été arrêtée pour détention illégale d'arme à feu. Vous passez deux mois en prison. C'est exact ?
Toute la vérité n'était pas là. Alex hocha positivement la tête.
-En 2202, vous êtes arrêtée pour coups et blessures sur la personne de votre employeur, qui plaida néanmoins en votre décharge. C'est exact ?
-Oui.
-En 2204, l'année dernière donc, vous vous faîtes une nouvelle fois remarquer. Vous assommez l'un de vos élèves sur sa table. Il porte plainte mais vous bénéficiez de nombreux témoins en votre faveur et l'affaire ne dépasse pas la plainte. Toujours exact ?
-Oui.
-Ma foi je trouve que vous n'êtes pas un citoyen modèle pour quelqu'un qui ne s'adonne à aucune activité illégale.
-Pour preuve on me passe au poste de GEA cette année, ne put s'abstenir de répondre Alex. Nous partagerons peut-être le même bureau.
-Quel dommage... mais je suis muté dans deux jours, je crains que l'on ne se revoit plus.
Il lui jeta un regard assassin puis poursuivit.
-Ceci dit vous pouvez partir. Il ne faudrait que vous me preniez comme alibi pour arriver en retard sur votre lieu de travail et assommer l'un de vos élèves dans un excès de colère.
-Aurevoir, jeta-t-elle sèchement en se levant déjà.
-Aurevoir Mlle Devy. »
Alex sortit en claquant la porte et se dirigea vers l'université d'un pas excédé.

Elle sortit ses affaires de son sac et les disposa sur son bureau. Les élèves de cinquième année l'attendaient déjà. L'université suivant les écoles d'apprentissage, pratiquées entre cinq et dix ans, juste après les écoles de la petite enfance, dont les élèves avaient entre deux et cinq ans, elle recevait donc tous les enfants de plus de dix ans. Alex, elle, n'avait accès qu'aux classes entre dix et dix-huit ans (autant d'années d'étude qu'elle en avait effectué). Ses cours étaient basés sur un programme très complet délivré chaque année par le ministère de l'éducation nationale. Elle n'avait qu'à enseigner aux élèves ce qui était écrit sur ses feuilles, et ne nécessitait pas vraiment de connaissances approfondies. Celles-ci, elle avait eu deux mois pour les potasser avant d'entrer en fonction, et jusque là elle n'avait pas eu de problème. D'un autre côté, c'était bien parce qu'elle enseignait une matière qui nécessitait surtout de la culture générale (et qu'elle en possédait dans ce domaine) qu'on lui avait donné cette profession là. Elle n'aurait jamais pu enseigner les mathématiques par exemple.
Alex fit entrer ses élèves. Ils avaient tous quinze ans en moyenne. Et parmi eux se trouvait le pire calvaire auquel elle ait jamais eu à faire : John Cardo. Le garçon en lui-même était relativement sympathique, chacun s'accordait là-dessus, mais il semblait éprouver envers elle une antipathie phénoménale, et ne manquait jamais une occasion de le lui rappeler. Quant à elle, elle le lui rendait bien.
Cardo mis à part, elle avait la chance d'avoir des élèves convenables et travailleurs, ou qui au moins préféraient dormir sur leur table ou sécher son cour plutôt que de lui mener la vie dure. Il fallait dire qu'avec Cardo dans la même salle, la concurrence pour la faire sortir de ses gonds était rude.
Tous prirent place dans un petit capharnaüm de début de séance où chacun y allait de sa petite contribution à la conversation. Elle demanda le silence et seuls persistèrent quelques téméraires. Alex se leva de sa chaise et commença par afficher la leçon sur le tableau numérique branché à sa tablette tactile de travail.
« Bien, la dernière fois nous avions commencé à travailler sur la Renaissance. J'espère que vous avez bien retenu la leçon sur le Moyen-Âge car elle va être très souvent réutilisée. Cette partie du programme de la Vieille Histoire va nous faire découvrir le mouvement du même nom. La philosophie de la Renaissance, vous le verrez, est une de celles qui font parties des précurseurs du mouvement des Lumières. Le programme nous propose donc plusieurs approches de cette période. Nous commencerons par l'étudier d'un point de vue historique pur, avec tout ce qui concerne les grandes dates et les événements marquants, puis... Vous désirez dire quelque-chose Mr Cardo ?
Alex tentait de l'ignorer depuis qu'il avait levé la main mais puisqu'il persistait, elle n'avait d'autre choix que de lui donner la parole. Tout l'amphithéâtre suivait l'échange avec attention.
-Quelle était la place de la religion à la Renaissance ?, s'enquit l'élève.
-Je vais en parler, cela fait partie du cour. Vous devriez attendre un peu. Bref... je voulais parler des différents points de vue, avec d'abord celui que je viens de citer et... Oui Mr Cardo ?
-Et bien je me demandais si la religion de la Renaissance était plus ou moins proche de la notre que de celle du Moyen Âge ou l'inverse ? Sur quel monothéisme se basait-elle ?
Pas au programme, se retint de lui balancer Alex.
-Le monothéisme reste inchangé, puisque la religion française prépondérante à cette époque reste le christianisme, céda la professeur. Vous remarquerez seulement qu'on n'envisage pas le Dieu de la même façon à nos deux époques, et qu'en ce sens on peut dire qu'il n'est plus le même. Ce plus la religion était évidemment plus semblable à celle du Moyen Âge qu'à celle de nos jours.
-C'est stupide ce que vous dîtes, contredit Cardo, ça n'a aucun sens. Dieu ne peut pas « changer ».
-Vous avez très bien compris ce que j'ai voulu dire, ne vous faîtes pas passer pour plus bête que vous ne l'êtes déjà. Ce que je veux dire c'est que pour deux religion bien distinctes, il y a deux manières distinctes d'envisager le dieu.
Cette fois, ce fut une autre main qui se leva. Alex savait le questionnement sur la religion sensible, et commençait d'ores et déjà à devoir prendre ses élèves avec des gants. Ce devait être bien entendu ce qu'avait cherché Cardo.
-Je vous écoute Mr Dutelh.
-Et bien... durant la leçon sur le Moyen Âge vous avez fait mention des nombreux agissements de la religion, de la pression imposée aux fidèles... peut-on d'après vous établir une filiation entre ce que vous nous avez dit sur la religion avant, et aujourd'hui ?
-Comment veux-tu qu'il n'y ait pas de filiation ?, répondit Cardo à la place d'Alex. Sauf que les anciens étaient trop stupides pour connaître leur dieu.
-Mr Cardo je n'ai pas invité au débat et on ne vous a pas demandé de répondre alors taisez-vous s'il-vous-plaît !, s'enflamma Alex qui se sentait engagée sur une pente glissante, surtout avec Benjamin Dutelh qu'elle ne voulait surtout pas froisser à cause de ses parents. Mr Dutelh a raison de poser cette question. Elle est tout à fait à propos dans le débat que vous avez ouvert Mr Cardo.
Elle fit une pause pour prendre le temps de mesurer ce qu'elle allait dire et en profita pour regarder autour d'elle. Alex avait devant elle une petite centaine d'élèves (c'était là sa classe la moins nombreuse), dispatchers un peu partout dans une salle d'abord prévue pour cinq fois plus de personnes. Les dix derniers rangs étaient néanmoins inoccupés. De larges baies vitrées sur tout le mur droit laissaient passer les maigres rayons du soleil et donnaient sur le forum du premier bâtiment de l'université. L'unversité était elle-même construite comme un ensemble d'immenses constructions rectangulaires où les amphithéâtres s'empilaient les uns sur les autres en de grandes tours dont le centre était un forum. Tous les murs donnant sur le forum étaient vitrés. Ces bâtiments étaient tous agglutinés sur un rectangle plus grand encore au centre duquel se disputaient les équipements sportifs avec le forum principal et les jardins. Les dortoirs se trouvaient à l'extérieur de l'université dans des tours relativement proches.
Les élèves de toutes les salles voyaient tous les élèves du bâtiment. Cela ne les distrayait pas outre mesure, la preuve en était le calme qui régnait en maître à cet instant dans la salle d'Alex. Tous les visages étaient tournés vers elle et les yeux la fixaient dans l'attente d'une réponse pour eux existentielle. La professeur s'éclaircit la voix.
-Les religions sont toutes différentes, et pourtant toutes parentes à la fois, commença-t-elle en éteignant le tableau numérique pour bien capter toute l'attention. Elles répondent toutes à un même besoin de l'homme de comprendre la nature de sa présence dans le monde. Par la suite plusieurs on été crées à divers moments, avec plus ou moins de parenté. La notre est la plus récente, ce pourquoi il est juste de dire qu'il existe une filiation. En revanche, il est absolument faux de leur attribuer les mêmes valeurs religieuses. Les représentations du dieu sont différentes, et les préceptes le sont aussi. La pression sur les croyants est elle, voisine, mais dissemblable.
-Ben voyons, coupa John Cardo. Dissemblable ! Avec toutes les religions il faut bien des moyens de répression des non croyants et des hérétiques, même si avant les anciens avaient la mauvaise religion. Nous aussi nous devons convertir le peuple, et ceux qui résistent méritent une punition ! On ne peut pas les laisser dans l'aveuglement et poursuivre leur vie sans connaître la vérité !
-Mr Cardo ! Vous n'avez pas été invité à prendre la parole !, hurla Alex. Les chrétiens du Moyen Âge brûlaient les sorcières, écartelaient, transperçaient, sciaient, découpaient... torturaient de milles manières ceux qu'ils jugeaient impies. Il est hors de question que vous croyez que la religion d'aujourd'hui maintient les mêmes traditions ! J'espère que c'est bien clair pour tout le monde. Benjamin, poursuivit-elle en utilisant le prénom de celui auquel elle s'adressait, ce qui surprit tous les élèves, venez me voir à la fin du cour s'il-vous-plaît. »


Depuis ses 10 ans, Charles Matthew Morgan avait dû choisir sa voie, comme n'importe quel autre enfant de son âge. Lorsque le professeur chargé de son dossier lui avait demandé : « Alors Mr Morgan, que comptez-vous faire plus tard ? », Charles Matthew n'avait pas hésité une seconde. Il exercerait dans le cercle 4, dans les PCS : professions de constitution de la société, parmi lesquelles figurait les métiers de l'ingénierie. Ses matières à l'université furent ainsi totalement différentes de celles de son amie Alexandra Devy qui avait choisi le cercle 2, ses généralités plus grandes et ses deux ans d'étude de moins, et se destinait donc aux PMS : professions de maintien de la société. Ce ne fut donc pas en cour, qu'Alex et Charly se rencontrèrent.
Ce dernier s'était longtemps demandé comment il avait pu dans sa vie avoir la chance de croiser une fille pareille – ce dont il s'était bien gardé de lui parler – et avait au fil du temps élaboré plusieurs hypothèses. À ses dix ans – âge de la rencontre – il les avait consignées sur son ordinateur, dans un fichier où il rangeait tout ce qui avait trait à Alex depuis, même s'il les connaissait toutes par coeur.

Il ne peut pas y avoir trente six milles raisons pour que nos vies se soient croisées.
Raison n°1 : Pur hasard, mais je n'y crois pas.
Raison n°2 : Elle est tombée du ciel, mais c'est peu probable.
Raison n°3 : Je l'ai cherchée, et je l'ai trouvée.

Charly ne saurait jamais ce qui l'avait poussé à écrire ceci. Peut-être était-il un jeune gosse un peu pommé en quête de réponse. Dans tous les cas, il était certain que l'une des raisons était la bonne, et son penchant raisonnable lui faisait dire que c'était la n°3. Ces dernières années, cette impression s'était renforcée avec la distance. Cette fille, n'était pas comme les autres. Et cette fille, serait la seule qu'il considérerait jamais comme une amie.
Lorsqu'il n'était encore qu'à l'université, il traînait avec un groupe de garçons plutôt doués en informatique et qui partageaient ses aspirations futures. Ils passaient beaucoup de temps ensemble, sortaient, buvaient un verre, ou deux, faisaient la fête, réquisitionnaient les terrains de sport. On pouvait lui demander ce qu'ils représentaient pour lui et il aurait alors eu tôt fait de répondre : « Ben des amis ». Pourtant à cette époque, à sa quatrième année, il avait appris qu'un membre du groupe : Adam Lewis, était à fond sur Alex. Il ne savait pas très bien d'abord comme il se sentait par rapport à ça. Et puis en fin de compte, il s'était dit que d'un côté comme de l'autre, ça ne pourrait pas gâcher l'amitié qu'il avait envers eux.
Il avait joué le pigeon voyageur, transmettant les messages de l'un et de l'autre. Il avait recueilli les impressions de chacun des deux, avait discuté longuement avec eux, jusqu'au jour où ils avaient fini par sortir ensemble. Charly n'était ni heureux ni malheureux, il n'avait selon lui aucune raison de l'être. Les deux étaient bien, c'était tout ce qui comptait.
Et puis un jour il avait finit par voir que quelque chose n'allait pas. Il avait essayé d'en parler avec Adam qui restait toujours imperméable à ses questions, et le groupe n'avait rien trouvé à lui dire. Il s'était donc naturellement tourné vers Alex, dès qu'il avait pu la retrouver après la journée à l'université. Ils étaient partis jusque sur la plage malgré l'heure tardive et s'étaient assis.
« Qu'est-ce qu'il se passe ?, lui avait-il demandé. Il y a un truc qui va pas en ce moment entre toi et Adam et j'arrive pas à savoir quoi. Il ne veut rien me dire je ne comprends pas.
Elle était resté un moment silencieuse, les yeux fixés sur le sable, ce qui avait fini de lui confirmer qu'un truc clochait.
-Rien, il ne se passe rien.
-Arrête de me prendre pour un con Alex.
-Je ne te prends pas pour un con.
Ils s'étaient tout les deux mis à fixer l'horizon. Charly n'en revenait pas qu'elle lui mente.
-Adam veut qu'on couche ensemble, finit-elle par lâcher.
Charly se retourna vers elle en fronçant les sourcils. Il tentait de jauger ce qu'elle avait voulu dire.
-Et qu'est-ce que tu en penses ?
-Ben j'en pense que ça fait deux semaines qu'on se connaît et autant qu'on sort ensemble, et que ça craint parce que ma dernière envie c'est de passer pour une espèce de coincée pour mon propre copain.
À ce moment-là Charly avait encore plus froncé les sourcils. Elle le prenait de haut et il comprenait de moins en moins.
-Mais tu veux ou pas alors ?
-Ben non j'ai pas envie là tout de suite. Je vois pas pourquoi il est aussi pressé.
-Alors où est le problème ?
-Le problème Charly, c'est que lui il en a très envie et que je peux plus me retrouver seule dans la même pièce que lui. »
C'est là seulement que Charly comprit mieux que bien ce qu'Alex venait de lui dire, et le moins qu'on puisse dire c'est que le lendemain Adam avait comprit aussi.
Charly était arrivé à l'université avec une batte de base-ball. Il n'avait jamais eu un comportement violent, loin de là, mais ce jour-ci en particulier il ne fallut pas le chercher longtemps. Sur le forum, il avait retrouvé le groupe, et avait entamé la discussion, qui avait rapidement dévié sur ce qu'il avait appris la veille. Adam n'avait rien eu à dire pour sa défense, il avait même continué sur sa lancée sans se rendre compte que ses chances de s'en sortir indemne s'amenuisaient au fur et à mesure qu'il parlait. Lorsque Charly avait tiré la batte, tout le groupe avait soudainement comprit le problème. Il avait reculé brutalement et Adam avait eu le réflexe de se protéger la tête avec le bras gauche. Charly avait frappé sur le côté, quelques côtes en-dessous de l'aisselle, avec toute la force qu'il avait pu y mettre. Il avait été viré de l'université pendant une semaine. Adam s'en était tiré avec 2 côtes brisées miraculeusement sans que les poumons soient touchés. Lui et Alex avait rompu. Elle n'avait jamais commenté ce qui c'était passé mais avait refusé d'ouvrir la porte à Charly le soir même. Il avait ouvert les yeux sur le fait qu'elle était la seule qui comptait vraiment. Il avait regretté avec le temps qu'on ne l'ait arrêté au premier coup de batte de tabasser Adam Lewis.


Les élèves quittaient mollement l'amphithéâtre. Alex était tendue comme un arc et changeait avec des gestes fébriles l'affichage du tableau numérique pour préparer sa prochaine classe. Benjamin Dutelh traînait derrière les autres et demanda à un ami de l'attendre à la sortie de la salle. Il fixait le sol dans un air de résignation évident. Lorsque l'ami en question eut enfin franchi la porte, la professeur commanda aux stores de se fermer et alluma la lumière. Elle fit ensuite signe d'approcher à son élève et lui tira une chaise en face de son bureau. Il était réticent et ne semblait pas prêter attention au fait qu'il s'accrochait à son sac comme s'il s'attendait à ce qu'on le lui vole. Alex, elle, l'avait bien remarqué et le détaillait d'ailleurs avec attention. Elle lisait dans ses yeux un message qu'elle aurait reconnu entre milles.
« Mr Dutelh... je peux vous appeler Benjamin ?
Il fit oui de la tête en reculant inconsciemment sur sa chaise.
-Benjamin, poursuivit Alex en invoquant toute l'assurance qu'elle avait en réserve, je voulais qu'on parle de toi si tu veux bien... Non attends, écoute moi s'il-te-plaît.
Il s'était levé et avait déjà esquissé un pas lorsqu'elle s'était redressée à son tour et l'avait saisi par l'épaule.
-Je n'ai pas besoin de sermon, merci Mlle Devy.
-Mais je ne suis pas là pour te faire un sermon Benjamin. Je veux juste qu'on parle seuls à seuls. Considère que ce n'est plus ta prof d'histoire qui te parle mais simplement quelqu'un qui veut t'aider.
Il parut d'abord encore moins coopératif mais finit par se laisser convaincre de se rasseoir.
-Pourquoi avez-vous fermé les stores ?
-Je veux t'éviter les commentaires de tes camarades qui pourraient entrevoir ce qu'il se passe à l'intérieur.
-Dans ce cas il valait mieux carrément ne pas me faire venir à la fin du cour.
Sa tension était nettement perceptible. Alex cherchait comment s'y prendre pour l'amener à se confier. Elle changea d'abord de position sur sa chaise pour se mettre plus en face de lui.
-Écoute, je sais ce qui est arrivé à tes parents et...
-Et vous ne voulez pas que je suive la même voie, hein ? C'est ça n'est-ce pas ? Vous voulez vous assurer que je suis bien un élève comme les autres, comme ce connard de John, bien en paix avec lui-même et avec les enseignements qu'on essaie de lui injecter sans qu'il s'en rende compte. Vous voulez me parler de Dieu et me dire que je dois garder la foi en toutes circonstances, parce qu'il n'y a que lui qui peut nous guider en ce bas-monde, hein ?
-C'est très dangereux ce que tu viens de dire Benjamin.
-Et alors Mlle Devy ? Vous allez faire quoi ? Prévenir la GEA que je suis un citoyen déloyal et dangereux pour lui-même et pour autrui ?
-Je n'ai pas la foi non plus Benjamin.
Elle avait longtemps pesé ses paroles et savait sur quelle pente glissante elle s'engageait. Il la dévisagea pendant une bonne minute, méfiant, puis posa ses coudes sur son bureau, joignant ses mains, une nouvelle lueur dans le regard.
-Et pour vous ce n'est pas dangereux ce que vous venez de dire Mademoiselle ?
-Moi je suis une adulte et j'ai depuis longtemps pris ma vie en main.
-Moi je n'ai pas donné l'affirmation explicitement.
-Eh bien vas-y alors, donnes-la. On sera quittes.
Benjamin prit son temps.
-Je n'ai pas la foi.
L'atmosphère fut tout à coup bien moins lourde, et Alex se força à reprendre un respiration normale, même si son coeur s'était emballé.
-Je veux que tu saches que tout ce qui va se dire maintenant restera dans cette salle. C'est valable pour ce que tu me diras, mais je veux aussi que ce soit valable pour ce que je dirai. C'est d'accord ?
Il hocha la tête.
-Bien. Ce qui est arrivé à tes parents est tragique. La GEA n'aurait jamais dû mettre la main sur eux. Je veux t'exprimer toutes mes condoléances.
-Merci.
-Tes parents, j'en suis certaine bien que je n'ais pas eu la chance de les connaître, n'auraient pas voulu que toi aussi tu te fasses prendre bêtement, et pour des soupçons de révolution contre l'État que tu te fasses assassiner.
-Vous êtes révolutionnaire Mlle Devy ?
-C'est hors de propos ici.
Benjamin ouvrit de grand yeux. Elle avait évité la question. Elle n'avait pas nié. Il se pencha un peu plus sur le bureau.
-Vous êtes révolutionnaire.
-Je n'ai rien fait à ce jour qui puisse prouver cette affirmation.
-Vous n'êtes pas révolutionnaire alors.
-Écoute moi Benjamin. On ne peut pas dire de n'importe qui qu'il est en faveur de la révolte comme ça – elle claqua des doigts. Ce n'est pas possible. Ce que je veux que tu comprennes justement c'est que tu peux vivre selon tes idéaux sans avoir à prendre de risques et sans que la société n'en arrive forcément à être contre toi. D'accord, nous n'avons pas la foi, mais cela exclut-il que nous ne pouvons pas faire comme si nous l'avions et rester en vie sans nous causer de problèmes ?
Comme il ne répondait pas, elle considéra son entente avec ses paroles comme acquise. Puis elle s'adossa à sa chaise et ils restèrent plusieurs secondes à se fixer en silence.
-Et maintenant, poursuivit-elle en tentant d'avoir toute son attention, si ça ne te dérange pas je voudrais voir ton sac. »


Le lendemain du passage à tabac d'Adam, Charly était revenu sonner à la porte d'Alex. Ses parents l'avaient fait entrer et lui avait indiqué que leur fille l'attendait dans sa chambre. Charly s'en était trouvé soulagé. Il avait eu peur, pendant toute la journée de la veille, qu'elle ne lui adresse plus la parole. Alex se présenta à la porte et le fit rentrer, puis ferma à clé. Tous deux se laissèrent tomber sur le lit, les yeux rivés au plafond. Pas un bonjour, pas un mot. Ils s'entendaient trop pour en avoir encore besoin. Ils pouvaient rester plantés longtemps, très longtemps, sans rien se dire. Cela leur était par ailleurs souvent arrivé. Toutefois aujourd'hui ils avaient plusieurs choses à mettre au clair. Charly se tourna vers elle en s'allongeant sur le côté. Elle ne bougea pas.
« Ça va ?
-Hm.
Il la fixait intensément. Au bout d'un certain temps, Alex daigna le regarder à son tour. Elle lui souriait.
-Et toi le danger public ?
-Moi je vais très bien. Je suis rassuré que tu me permettes enfin de rentrer à nouveau chez toi.
Elle fit un mouvement de tête peu marqué et se leva à demi pour appuyer son dos au mur.
-Hier j'avais encore trop peur que tu ne débarques chez moi avec ta batte de base-ball », plaisanta-t-elle.
En réponse, il lui jeta un oreiller. S'en suivit une dispute amicale à coups de poings et de pieds et où Charly laissa une fois de plus Alex gagner. Il s'étalèrent alors tous deux sur le lit, à demi essoufflés. Ils se remirent ensuite à échanger deux trois mots sur la pluie et le beau temps et se donnèrent rendez-vous le lendemain au bord de la plage pour une partie de surf. Ce furent jamais les seuls mots qu'ils échangèrent sur l'incident.

Deux ans plus tard ils avaient écopé d'un cour en commun. Ce n'était pas le plus passionnant mais cela les enchantait au plus haut point. Ils s'asseyaient toujours en fond de salle et en profitaient pour bavarder. Leur professeur ressemblait vaguement à un nain de jardin. Parfois, Charly affirmait même qu'il lui voyait quelques poils dépasser des oreilles. Leur passe-temps favoris était donc bien sûr de rire de lui dans son dos.
Un jour néanmoins le professeur en question trouva tout à fait à propos de séparer les deux garnements. Alex fut transférée au premier rang. En partant, elle se pencha par dessus la table de Charly. Elle portait un chemisier rouge léger ce jour-là. Elle lui avait murmuré à l'oreille :
« On se retrouve à la plage. »
Il lui avait jeté un oeil interrogateur. Elle lui avait fait un clin d'oeil et était descendu en prenant soin de bien se faire remarquer. Elle avait ensuite posé son sac sur la table, s'était assise et n'avait plus sorti ses affaires. Le professeur avait tout de suite repéré le signe de mutinerie. Mais il n'allait pas donner satisfaction à son élève en s'énervant. Il reprit plutôt son cour comme si de rien n'était. Charly était resté immobile en cherchant la signification de ses paroles. Il n'avait pas vraiment eu longtemps à attendre pour l'obtenir.
Au beau milieu du cour, un claquement retentit dans le silence quasi religieux de l'amphithéâtre. Alex, avachie sur sa chaise qu'elle avait faite basculer en arrière, venait de faire éclater une bulle de chewing-gum qu'elle continua à mâcher avec ostention. Le professeur était resté muet de stupeur. Tous les élèves étaient à présent pendus à la scène. Alex avait fait éclater une nouvelle bulle. S'en avait été trop pour le pauvre professeur.
« Mlle Devy !!! Dehors, tout de suite !!!
-Comme si c'était fait », lui répondit-t-elle avec un grand sourire .
Elle fut dehors en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. Charly n'en revenait pas. Finalement il rangea toutes ses affaires dans son sac et descendit les marches vers le bas de la salle. L'enseignant éberlué l'arrêta alors qu'il arrivait à sa hauteur.
« Qu'est-ce que vous faîtes jeune homme ?!
-Ben ça ce voit pas ? Je la suis. »
Le professeur était resté bouche bée, la classe était morte de rire. Personne ne s'était opposé à la sortie de cour de Charly et il avait effectivement retrouvé Alex sur la plage.


Alex ne comprit pas tout de suite ce qui lui arrivait. Une masse la frappa sur le côté de la tête et elle s'effondra au sol. Il y eut le bruit d'une chaise qu'on projetait à terre, et puis des bruits de pas affolés. Elle releva la tête et vit Benjamin qui reculait vers la porte. Alors comme si un instinct sur lequel elle n'avait pas de prise la contrôlait soudain, elle se releva et courut pour le rattraper. Lui se précipita vers la porte et crut qu'il allait réussir à sortir avant qu'elle ne le rejoigne. La porte était fermée à clé.
« Fâcheuse tendance que j'ai, lui lança-t-elle en le saisissant par l'épaule.
Il se débattit vainement. Sa professeur n'avait pas la carrure d'un rugby-man, mais en l'occurence lui non plus. Elle voulait lui arracher son sac, lui résistait. L'affrontement les fit tomber pèle-mêle par terre, le sac vola à plusieurs mètres. Benjamin fut le plus prompt à se relever.
-Benjamin !
Alex le saisit à la cheville et il retomba en poussant un grognement. Elle glissa sur le sol pour arriver à sa hauteur mais il lui balança son pied dans la figure. Sonnée, elle resta étendue sur le sol.
-Fichez-moi la paix !
Sa tête lui tournait. Elle avait mal sur tout le côté gauche du visage ainsi que dans le dos. Ses maigres tentatives pour se relever n'aboutissaient pas à grand chose. Elle commença à s'inquiéter. Elle n'entendait plus rien, signe que Benjamin était immobile. Dans sa position, il lui était impossible de voir où il était. Elle bascula sur le ventre ce qui accentua sa douleur dans le dos. Néanmoins elle ne devait pas rester immobile. Elle releva la tête pour chercher Benjamin du regard.
-Je vous préviens, dit-il sur un ton qu'il maintenait difficilement calme. Si vous bougez, je vous explose la tête.
Son arme à feu était braquée sur Alex. Il avait dû la sortir de son sac pendant qu'elle ne le voyait pas.
-Benjamin, tu ne peux pas faire ça, réfléchit trente secondes.
-Ah oui et pourquoi ne pourrais pas ?
-Je ne te veux aucun mal. Tu ne voudrais pas avoir ma mort sur la conscience n'est-ce pas ? Alors s'il-te-plaît Benjamin, pose cette arme.
-Et après quoi ? Tout ce que vous m'avez fait vous dire... et l'arme... Comment est-ce que vous saviez ? Répondez !
Alex sentit la peur s'abattre sur ses épaules. Elle n'avait qu'une envie, c'était de se relever pour faire face dignement. Mais elle savait, elle était sûre, qu'au moindre mouvement de sa part Benjamin tirerait immanquablement. Il ne le ferait pas exprès bien sûr, il ne ferait que s'agripper nerveusement à son arme et appuyer sur la gâchette. C'était aussi simple que ça.
Elle respirait une fine couche de poussière que les nettoyages de la salle n'avaient pas réussi à enlever. Son coeur battait de plus en plus vite.
-Lorsque j'avais à peu près ton âge j'ai vécu une situation semblable moi aussi.
-Ah ouais ?, s'écria-t-il.
Alex sentit que ses paroles relevaient moins de la colère que de l'intérêt. Cela la rassura. De l'autre côté de la porte, la voix de l'ami de Benjamin leur parvint. Il demandait ce qu'il se passait à l'intérieur. La professeur préféra ne pas y faire attention.
-Oui. Moi aussi j'ai envisagé que ce monde était trop imparfait pour qu'il continue à avancer alors que moi-même je traînais ma misère derrière moi.
-Et qu'est-ce que vous avez fait ?
-Laisses-moi me relever et on en parle.
Benjamin ne parut pas de cet avis. Il fit un pas en avant tout en la gardant dans sa ligne de mire.
-Vous ne bougez pas.
-Je ne vais pas rester par terre Benjamin. Si tu veux que l'on parle, il faut mieux que tu me laisses me lever. Sinon et bien tu n'auras qu'à tirer.
-Ne bougez pas ! »
Alex inspira et s'aida de ses bras pour se soulever. Elle mit un genoux à terre.


Les vagues parvenaient presque jusqu'à eux. Il faisait un temps superbe. Charly posa son sac à l'abri de l'eau et s'assit à côté de son amie. Alex avait posé d'énormes lunettes de soleil noire sur son nez qui lui mangeaient la moitié du visage. Charly lui fit la réflexion qu'elle ressemblait un peu à une mouche comme ça. Elle n'avait rien ajouté quoiqu'elle eut largement souri. Il détailla ses cheveux qui se mêlaient au sable. Elle ne les avait pas encore coupés à l'époque. Ils étaient longs et soyeux, et descendaient en cascade de boucles brunes sur ses épaules.
Alex lui jeta un coup d'oeil par-dessus ses lunettes. De nombreux touristes se pressaient à quelques mètres sur la plage. Devant eux en revanche, la mer aurait pu tout aussi bien leur appartenir tant ils étaient solitaires. Elle ôta ses lunettes et natta ses cheveux en une tresse épaisse. Charly la regardait faire. Puis elle défit le bouton de son jean et l'enleva, déboutonna son chemisier. Elle regarda un court instant son ami à ses côtés avant de le défier :
« Le dernier à l'eau est un nain de jardin.
Aussitôt elle se leva en lui envoyant du sable dans la figure et piqua un sprint jusqu'à la mer. Charly enlevait ses affaires le plus vite possible mais ce ne fut pas suffisant. Il l'entendait déjà se plaindre :
-Elle est froide !
Pour se venger il l'attrapa par derrière et la jeta dans l'eau. Elle poussa un cri de stupeur convaincant pendant son envol. Charly se protégea de ses bras pour ne pas recevoir trop d'eau froide alors qu'il n'y était pas préparé lorsqu'elle atterrit entre les vagues. Sauf qu'il eut beau l'attendre, il ne la vit pas remonter à la surface. Il l'appela sans obtenir de réponse et commença franchement à s'inquiéter dès la première minute de sa disparition.
C'est alors qu'on le tira par les pieds. Charly se retrouva sous l'eau nez à nez avec une Alex qui, il l'aurait juré, aurait été morte de rire si elle avait été à la surface.

Ils passèrent la journée à la mer à s'amuser comme des gamins alors qu'ils étaient sensés avoir cour. Étrangement, cela ne semblait pas les perturber plus que ça. Ils étaient heureux sous un soleil de plomb qui les faisait petit à petit devenir rouge écrevisse.
Ce ne fut qu'à la fin de la journée qu'ils se traînèrent hors de l'eau et s'allongèrent à nouveau sur le sable. La quantité de baigneurs avait décliné avec le soleil. Il n'y avait rien pour les perturber, et pourtant, Charly avait la très nette impression que la bonne humeur d'Alex n'était qu'une façade. Après qu'ils aient passé quelques minutes à lézarder sous les derniers rayons, il se décida à l'interpeller.
« T'es bizarre en ce moment Alex.
-Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression de l'avoir déjà entendu celle-là.
Charly voulut bien avouer qu'il s'inquiétait pour un rien en ce moment.
-Peut-être... en tout cas cette fois je suis certain de ce que j'affirme.
S'installa l'un de ces silences dont ils étaient coutumiers. Alex était visiblement dans un état de grande réflexion.
-Tu t'es jamais senti hors du monde toi ?
-Hors du monde ?
-Ben oui, s'exclama-t-elle. Tout à l'heure en classe, si je t'avais pas dit qu'on sortait, il ne te serait jamais venu à l'esprit de sortir ?
-Non.
-Charly, soupira-t-elle, ne me fait pas croire que tu es l'un de ces nabots qui se fait mener à la baguette. On a une conscience nous aussi, et je vois plus grand que toutes ces conneries qu'on nous met dans la tête à l'université. Tu vois des fois... j'en ai vraiment marre de cette vie pourrie avec tous ces codes. C'est pas ça que je veux.
-Donc si j'ai bien tout compris, tu te sens hors du monde.
-Oui. Sauf que ça m'embête vraiment parce que je sais que ça va me créer des problèmes.
-Hé !
Elle se tourna vers lui avec un haussement de sourcil.
-Si t'as des ennuis je veux en avoir aussi. Tu me laisseras pas sur la touche okey ?
-Okey ! », rit-elle.
Elle l'embrassa sur la joue. Un air espiègle s'était peint sur son visage. Elle commença à lui parler de la forme des nuages. Il se jura que jamais il ne laisserait tomber Alex. Et ce à ses risques et périls.


Benjamin poussa un cri. Alex eut le stupide réflexe de se protéger de ses bras. Benjamin la vit faire tous ces efforts vains. Il ressentait presque sa peur. Cela le faisait culpabiliser plus qu'il ne l'aurait cru. Alors dans un geste qu'il ne maîtrisa pas lui même, il envoya l'arme voler au fond de la salle. Il recula d'un pas, effrayé de ne pas réussir à se contrôler.
Alex avait le vertige. Néanmoins elle se releva entièrement et s'approcha de son élève tremblant. Dans un geste qu'elle voulut rassurant, elle le prit dans ses bras et le guida à nouveau jusqu'au bureau auprès duquel ils reprirent enfin leur place.
« Hé oh ! Benjamin ? Tu es toujours là ?, cria celui qui patientait toujours derrière la porte.
-Pardon M. Sébres, lui répondit Alex. Je crois que je vais retenir M. Dutelh un peu plus longtemps que prévu.
-Tu n'as qu'à m'attendre aux vestiaires », répartit Benjamin.
Daniel Sébres accepta sans trop d'enthousiasme. Le calme revint sur la salle de classe désertée.
« Mademoiselle je peux vous poser une question ?, demanda Benjamin.
-Je t'écoute, assura Alex.
-Pourquoi vous faîtes tout ça ? Pourquoi est-ce que vous n'avez pas déjà appelé la GEA pour l'arme, puisque vous aviez l'air au courant avant même que je ne la sorte ? Pourquoi parler avec moi de nos convictions personnelles ?
-Je te l'ai dit. À une époque j'ai eu beaucoup de problèmes, maintenant je vois que tu en as aussi. Je ne sais pas si tu as des amis pour t'épauler, moi j'ai eu la chance d'avoir toujours quelqu'un sur qui compter, mais tu as besoin d'aide Benjamin. Tu ne t'en rends peut-être pas compte pour l'instant et peut-être que tu crois que tu peux à toi seul trouver une solution à ce qui t'arrive. Mais je t'assure que ce n'est qu'une illusion ! Tu ne peux pas changer ce qui est. C'est à toi de t'adapter au monde, parce que le monde ne s'adaptera jamais à toi. Tu comprends ce que je veux dire ?
-Oui. Enfin... ce n'est pas pour ça que j'approuve ce que vous dîtes. Je ne suis toujours pas d'accord.
-Je comprends tout à fait, et je sais que si tu as un projet en tête je ne pourrai pas t'empêcher de l'accomplir. Je veux juste que tu y réfléchisses. Tu dois penser aux conséquences qu'auront tes actes.
Alex se balança un moment sur sa chaise sans que son élève ne la lâche des yeux. Il attendait vraisemblablement quelque chose.
-En revanche tu comprendras bien, poursuivit Alex, que je ne peux pas te laisser reprendre ton arme.
-Qu'est-ce que vous allez en faire ?
-Je ne sais pas encore.
Benjamin acquiesça et se releva. Sa professeur le regarda faire sans bouger.
-Bon... je vais y aller. Bonne journée Mademoiselle.
Alex reprit un ton approprié avec lui, se leva, et lui serra la main.
-Bonne journée Mr Dutelh. Prenez soin de vous. »
Elle le regarda sortir avec un éclat inexplicable de nostalgie dans le regard. Elle ne se rappelait que trop bien des difficultés qu'elle avait dû surmonter et espérait plus que tout que ce jeune homme n'ait pas à faire aux mêmes. Ce fut ce à quoi elle pensa en se levant. Qu'il fasse attention à lui... Elle monta les marche de l'amphithéatre une à une et se faufila dans la 19ème rangée. Elle récupéra l'arme à feu. Elle n'avait que de faibles connaissances dans le domaine du tir, de plus il lui semblait que l'arme était ancienne, ce pourquoi elle ne réussit pas à l'identifier. Elle redescendit avec jusqu'à son bureau et la rangea dans son sac.

La classe d'année préparatoire (entre dix et onze ans) sortit de la salle à 11h passées de une minute. Alex achevait de leur faire cour durant deux heures de temps. Elle se sentait épuisée par les événements de cette matinée. Elle n'eut même pas la force de se lever de son bureau pour partir manger. Elle croisa ses bras sur son sac et y posa sa tête. Elle ferma les yeux en savourant le peu de calme qu'elle pourrait s'offrir aujourd'hui. Sans s'en rendre compte, elle commença à s'endormir.
Elle atterrit dans une rue froide et embrumée entre de larges pavillons. L'air sentait l'iode, une odeur qu'elle reconnaissait mieux que personne. L'endroit aussi lui était connu, même si elle ne le distinguait pas très bien dans la nuit. C'était la rue qu'elle habitait auparavant, avant qu'on ne lui demande d'investir la capitale. Elle apercevait sa maison d'ici. Cette découverte lui fit chaud au coeur. Elle s'avança vers le porche qui s'ouvrait à quelques mètres. Puis elle s'arrêta. Saisie d'un doute, elle se retourna. Derrière elle, le sable remontait jusqu'à un promontoire vierge qui surplombait la plage. Il lui parut étrangement vide. Cette impression se confirma au fur et à mesure qu'elle s'approchait. Elle entendait les vagues en fond sonore qui semblaient vouloir la forcer à oublier cette idée et à venir se perdre dans la contemplation des flots. Mais elle ne pouvait pas, pas tout de suite. Je suis certaine qu'il y avait quelque-chose à cet endroit... Quelque-chose a changé...
Alex atteignit le haut du promontoire. D'ici, elle voyait toute la partie de la ville qui était exposée à la mer. Elle regarda autour d'elle, chercha elle ne savait trop quoi du regard. Une chose manquait. Elle dirigea son regard vers le ciel comme si cela allait pouvoir l'aider. Les étoiles lui renvoyèrent une lumière familière. Oui ! C'était très exactement celle qu'elle avait perçut à son dernier jour dans cette ville, par la fenêtre de chez Charly lorsqu'elle lui avait rendu visite.
Charly ! Elle fit plusieurs fois le tour d'elle-même, les yeux écarquillés. Son cerveau refusait d'admettre ce qu'elle voyait. Il lui commandait de regarder toujours plus pour chercher une faille au tableau qui avait pris vie devant ses yeux. Mais la vérité était là : la maison de Charly avait disparu. Aussitôt tout un tas de pseudo-certitudes firent leur chemin dans sa tête. Charly n'était pas là. Charly avait disparu. Sa mémoire vint étayer ces observations. Depuis combien de temps ne l'avait-il pas appelée ? Il lui fallut admettre qu'elle ne savait plus. Ce devait donc être il y a longtemps. Mais si c'était le cas, pourquoi ne s'était-elle pas inquiétée plus tôt ?
« Charly !!! », hurla-t-elle, ses mains en porte-voix.
Elle continua jusqu'à se que sa gorge lui fasse mal. Elle tomba à genou au sol, la toux s'emparant d'elle. Elle n'arrivait plus à respirer. Elle n'entendait plus rien à présent que ses propres pensées. C'est ta faute si Charly a disparu. Pourquoi n'as-tu rien fait plus tôt ? Comment vas-tu faire sans Charly ?
Charly. Charly. Charly. Charly. Le prénom résonnait maintenant dans son esprit sans plus laisser en paix.
« Assez ! », tenta-t-elle de se défendre.
Elle se boucha les oreilles de ses mains, ferma les yeux. C'est alors que ses pensées se turent. Il se passe quelque chose, se rendit-elle compte. Elle releva la tête. Charly ! Il était là, juste devant elle. Ses yeux au bleu gris confondant braqués sur elle. Toutefois, sa raison lui dicta qu'il était là sans être là. Réalité qu'elle accepta sans se poser de question.
« Charly revient s'il-te-plaît... Je t'en supplie revient.
-Je ne peux plus maintenant, contredit-il. Je suis parti, je ne reviendrai pas. »
Charly...
Le téléphone vibra. Alex sursauta et faillit tomber de sa chaise. Sur l'écran, il était écrit : « vous appelle ». Alex décrocha.
« Charly ! Tu ne peux pas savoir comme ça me fait du bien de t'avoir au téléphone.
-Je suis ravi de l'entendre, se réjouit-il. Il se passe quelque chose de particulier ?
-Oh j'ai passé une matinée épouvantable. C'était horrible. Les parents d'un de mes élèves ont été arrêtés et tués par la GEA parce qu'ils se sont faits remarqués en tant que non croyants. J'avais appris ça il y a peu et John Cardo s'est mis à poser tout un tas de questions sur la religion. J'ai bien vu que ça l'avait déstabilisé alors je suis restée avec lui à la fin de l'heure. On s'est mis à en parler et c'est là que j'ai vraiment vu que ça allait mal pour lui tu comprends ? Et j'ai aussi compris... enfin tu vois j'ai fait le rapprochement avec moi.
-Oui je vois assez bien.
-Je lui est demandé d'ouvrir son sac et là tout s'est passé très vite. Il a fini par sortir son arme et m'a mise en joue. Heureusement j'ai réussi à le raisonner et après il est parti mais... C'était horrible, j'en ai encore les mains qui tremblent. Et bien sûr pour parfaire le tout j'ai rêvé de toi tout-à-l'heure.
-De moi ? Je suis flatté. Ça aurait dû te remonter le moral voyons !
-Rooh que tu es bête ! J'ai rêvé que tu disparaissais !
-Ah bon ? Ah mais tu te trompes alors ce n'était pas un rêve.
-C'est cela !
-Ben non Alex. Ça, ça s'appelle un cauchemar.
-Tu es très drôle Charly.
-Oh la la !, rit-il. Elle ne t'a pas réussi cette matinée. Je t'aurai eu à côté je t'aurai fait un bon massage pour te détendre un peu.
-Ne me fait pas râler en plus ! C'est pas vrai ça !, feignit-elle de s'indigner. Comment veux-tu que je passe une bonne journée maintenant, hein ?
-Décidément il faut te prendre avec des pincettes toi. Allez va, ça va s'arranger. Et puis réfléchi... Il ne reste que quelques jours avant que tu ne viennes me voir. Tu pourras enfin te détendre.
-Et j'aurai mon massage ?
-Hmm je ne sais pas... On verra bien si tu es sage.
Elle rit et un court silence prit place entre eux. Alex reprenait petit à petit ses esprits et se sentait de mieux en mieux.
-Au fait j'ai pu avoir quelqu'un pour ton dossier. Je ne sais pas si je t'avais déjà parlé de Sally Fox... Enfin le fait est qu'on va essayer de combiner la modification de quelques-unes de tes données personnelles.
-Okey. Préviens-moi quand ça avancera.
-Pas de problème.
-Et pour mes recherches ?
-Rien de nouveau. Désolé.
-Tant pis.
-Au fait, devines ce que j'ai retrouvé aujourd'hui.
-Euh... Aucune idée.
-Nos vieilles photos de l'université.
-Non c'est pas vrai ?! Génial ! Il faudra absolument qu'on les revoit ensemble lundi.
-Ne t'en fais pas je les ai rangées précieusement.
-Ça va alors, approuva Alex.
Elle prit quelques secondes pour décrocher le téléphone de son oreille et regarder l'heure. Il serait bientôt midi.
-Pff, et dire que je n'ai toujours pas mangé...
-Et qu'est-ce que tu attends ?
-Le déluge ?, proposa-t-elle.
-Ben voyons. Puisque c'est ça je vais raccrocher et tu vas aller manger.
-Oh non Charly tu...
-Bon appétit Alex. Je t'appelle demain soir. »
Il avait raccroché. Avec un soupir de frustration, Alex fourra le mobile dans son sac et se mit en route pour la cafétéria la plus proche.

Elle termina les cours à quatre heures. Elle rangea donc sa salle et prit le métro pour aller faire un tour en banlieue où s'installaient petit à petit toutes les nouvelles grandes surfaces et boutiques de luxe. En passant, elle retira un peu d'argent à la banque.
Elle entra dans la dernière grande surface ouverte, celle dont elle avait entendu par l'écran géant le matin même qu'on y trouverait des réductions toute la journée. La première boutique qu'elle y visita contenait exclusivement des maillots de bain. La vendeuse lui proposa immédiatement un deux pièces rouge et or qu'Alex trouva absolument fabuleux. Seul bémol, la note était un peu salée. Elle l'acheta néanmoins et réduisit son budget en se proposant de ne faire l'acquisition en fin de compte que d'une tenue supplémentaire. Elle fureta ainsi dans les deux heures qui suivit et fini par avoir accumulé : une jupe fine avec volant supérieur en dentelles, un top sans manche gris perle avec dentelles dans le dos sur lequel on pouvait lire « Attention Danger » qui suivrait bien, et une paire de spartiates à talon compensés.
Satisfaite de ses achats mais désireuse de ne pas rentrer trop tôt, elle reprit le métro pus le téléphérique pour rejoindre une boutique spécialisée où elle put faire changer la tablette qui stockait ses papiers d'identité. Ensuite, lorsqu'enfin elle rentra chez elle et eut mis en ordre toutes ses affaires et avalé ce qui lui passait sous la main, elle se sentit encore plus seule que d'habitude. Elle mit plusieurs heures avant de trouver le sommeil.

Ah ah ah ! Wink Alors ça vous a plu ?

~.~.~.~.~.~.~.~.~.~


Revenir en haut Aller en bas
 
 
Messages : 395
Date d'inscription : 12/04/2011

---------------

Voir le profil de l'utilisateur
 

 

Carnet de Voyage
Race: Humains
Classe: Mage
En général: ~Chef des Gardiens, reine de Kerdéreth~
MessageSujet: Re: Les lubies de la reine   Mer 7 Mar - 16:05           
.................................................................................................................................................................................................................................

Et voilà la suite de ma petite histoire. J'admets qu'elle a du mal à démarrer, mais ça viendra. L'histooire s'inscrit dans la durée, et le rapport au passé doit se faire petit à petit ^^ Enfin, je vous laisse lire.

Octobre, Jeudi 28


Blaise avait été inspecteur à la GEA à une certaine époque. Quelques décorations, exposées bien en vue dans le salon, pouvaient en attester. Il se rappelait de cet ancien métier comme ayant été un morceau de carrière tranquille avant de reprendre ses études pour intégrer de plus hautes sphères. Il ne regrettait aucune des décisions qu'il avait prises en ce temps-là. Il trouvait ses enquêtes toutes rondement menées et, grâce à lui, des centaines de criminels purgeaient leur peine derrière les barreaux. Certains avaient même été exilés sur l'Île, ce qui était bien sûr le châtiment suprême. À ce jour, il était encore tellement fier de sa carrière qu'il conservait en toute illégalité tous les documents relatifs à ses enquêtes sur des disques durs externes entreposés sous clé dans le compartiment secret d'une commode dans la chambre qu'il partageait avec sa femme, et y jetait un coup d'oeil de temps en temps. En fait, la seule chose qu'il regrettait profondément quand il repensait à cette époque, c'était qu'on ne lui ait pas confié l'affaire dite de la « ligne rouge ». Ceci, il ne le digérerait sans doute jamais, d'autant plus que les inspecteurs en charge du dossier n'avaient jamais résolu l'énigme que représentait le meurtre.
Lorsque l'affaire était encore d'actualité, Blaise avait récolté de son côté tout un tas d'éléments, quoiqu'aucun ne l'ait aidé à trouver l'assassin. La chronologie qu'il avait reconstituée des événements était encore très vive dans sa mémoire.

Blaise avait fait de multiples recherches, peut-être même plus que tous les inspecteurs n'avaient pu en faire. Il avait recueilli le témoignage de centaines de personnes qui passaient dans la rue à ce moment-là, avait fait ses propres recherches ADN sur tout ce qu'il avait pu trouver dans la cuisine à ses frais... en vain. L'assassin n'avait pas pénétré dans la cuisine, et c'était la seule pièce intacte.
De ce côté-là donc, il avait fini par admettre qu'il n'y aurait rien à trouver. Il s'était donc lancé sur une nouvelle piste : celle du hacker, qui avait forcément un lien avec le meurtre. Il avait embauché un détective privé, demandé à des informaticiens... en vain. Il semblait que Blaise avait à faire au crime parfait.


Le ciel était toujours gris. Sauf que ce matin, il pleuvait. Alex avait sorti son parapluie de son sac. Le temps exécrable la mettait d'encore plus mauvaise humeur que de coutume. Elle marcha d'un bon pas sur le trottoir. Et lorsqu'une veille grand-mère refusa de lui céder le passage pour entrer dans le téléphérique, elle n'hésita pas à la bousculer vivement. Les gens la regardaient avec des yeux méfiants et elle leur rendait un regard emprunt de colère. Ce jour-là ne serait pas le sien.
Installée en proie aux yeux des passagers, Alex put soudain entendre résonner une voix familière.
« Bonjour la Nouvelle Île de France. Nous sommes jeudi 28 octobre et il fait actuellement 15°C. Nous vous informons qu'un accident coupe la circulation près des immeubles de l'Hopital Central. Une déviation est entrain de se mettre en place du temps que la route soit dégagée. Passons maintenant aux gros titres de la journée.»
Rien d'intéressant bien sûr. Alex observa la ville par la fenêtre. Les immeubles donnaient l'impression de dégouliner. La ville ressemblait à une vaste toile dont la peinture cherchait à s'échapper. Ce spectacle lui donnait envie de se jeter par la fenêtre pour ne plus avoir à le supporter. Elle se retint néanmoins, ce serait trop facile.
En sortant sur l'esplanade, elle reconnut l'une de ses élèves Maria Angelica Malécie. Elle se pressait sur le trottoir et cherchait à héler un taxi. La pluie battante la trempait jusqu'aux os au bord de la route, et cette même pluie réduisait la visibilité des conducteurs qui ne la prenaient pas au passage, où alors se pressaient vers d'autres horizons. Alex rejoignit le trottoir, son attention vissée sur son élève de 8ème année. Elle repéra un taxi qui arrivait vers elles. Dans les yeux du conducteur il lui sembla lire qu'il ne s'arrêterait pas. Il s'accrochait à son volant, une pointe de contentement de se savoir à l'abri alors que les autres étaient dehors. Alex n'hésita pas une seconde et se précipita sur la chaussée. Un masque d'étonnement se peint sur le visage du chauffeur qui pila dans la seconde. Sous la grisaille qui embrumait la ville, la jeune femme ouvrit la porte du taxi avec force avant de laisser son sac sur le siège.
« Attendez-moi une seconde.
-Non mais oh ! Vous vous croyez où ? Vous m'arrêtez au milieu de la route et..., lança-til alors qu'Alex ressortait du taxi.
Elle s'avança entre les petits matinaux pressés qu'un peu d'eau n'effrayait pas. Devant elle Maria Angelica désespérait. Elle passa une main dans ses longs cheveux roux trempés. Son maquillage commençait à couler.
-Mlle Malécie ?, risqua Alex.
L'interpellée ouvrit de grands yeux surpris.
-Mlle Devy ?
Elle hocha la tête avec un sourire. Néanmoins la pluie se rappela à elle et elle poursuivit.
-J'ai arrêté un taxi. Comme nous allons au même endroit...
-Merci beaucoup, s'exclama-t-elle avec joie.
Elles revinrent ensemble vers le véhicule où le taxiste commençait à perdre patience.
-Eh ben ça y est ça se décide ! Merci de me faire attendre. Vous me le paierez, et c'est rien de le dire.
-Mais oui c'est ça, conduisez-nous plutôt à l'Université Johan Rêve.
-Ouais. »
Alex se retourna vers son élève qui avait l'air plutôt gênée. Elle avait baissé la tête et tentait discrètement d'essorer ses cheveux. Elle n'obtint toutefois que peu de succès et s'enfonça dans son siège avec une moue défaite. La professeur décida de trouver un sujet de conversation.
« Alors, comment se passent les études ?, fut la première chose qui lui passa par la tête.
-Oh bien je suppose.
Maria était l'une de ses meilleurs élèves. En fait, elle la trouvait brillante, car si elle n'avait pas toujours de bonnes notes, elle se maintenait tout de même à un excellent niveau dans toutes les matières sans exception, et savait faire preuve de sagacité.
-Déprimée on dirait.
-Un peu, acquiesça la jeune fille avec un sourire en coin.
-Et Éric comment va-t-il ? Ça va faire une semaine que je ne l'ai pas vu en classe.
-Il a dû suivre son père qui est parti faire la tournée des départements. Les élections vous savez...
-Oui oui je comprends.
Voilà donc d'où venait le problème. Les deux adolescents sortaient ensemble depuis 5 ans maintenant. Elle ne les avait jamais vu séparés. Se trouver loin de son petit ami devait être difficile à vivre quand on a encore que 18 ans et tous ses rêves dans les poches.
-Il ne devrait pas tarder à rentrer maintenant, la rassura Alex.
-Et bien en fait non. Après ça, le père d'Éric veut l'amener voir tous les grands du gouvernement, histoire qu'il se forge quelques idéaux. Ça devrait prendre un certain paquet de temps.
-Je vois... Et ses études ?
-Je lui envoie les cours par mail.
-Tu fais bien.
-Merci.
Maria se tourna vers la fenêtre et jeta un regard déprimé sur l'étendue aqueuse.
-Bien..., souffla Alex avec malice. J'espère que ça ne te démobilisera pas. L'évaluation approche.
-Oh je crois que c'est déjà plutôt mal parti. Je n'ai pas encore ouvert un seul cahier.
-Non, c'est vrai ?, s'étonna Alex en ouvrant de grands yeux.
Elle ouvrit son sac dont elle sortit un stylo et un carnet papier et en déchira une page. Elle gribouilla quelques chiffres.
-Tiens, mon numéro de téléphone. À ne communiquer à personne bien entendu. Au moindre problème n'hésite pas à appeler. Je suis toujours disponible.
-Merci beaucoup.
-Il n'y a pas de quoi.
-Bon, coupa le chauffeur avec un brin de méchanceté dans la voix. Maintenant qu'on arrive faîtes chauffer la carte de crédit. Parce qu'on me la fait pas celle-là à moi. »

Alex actionna le tableau numérique et rassembla ses idées en même temps que les feuilles sur son bureau.
« Nous l'avons vu, cette leçon était un panorama du changement de République. Le passage de la Vème à la VIème fut, vous l'aurez compris, on ne peut plus mouvementé. Maintenant, il est demandé aux professeurs dans le programme d'approfondir une partie des cours de leur choix et je crois que zoomer un peu sur quelques éléments ici ne vous ferez pas de mal. D'après moi, vous allez donc avoir une tonne de travail en perspective pour toute la semaine. Vous préparerez ce morceau de programme supplémentaire à partir de vos connaissances personnelles et me rendrez chacun ou en groupe des exposés. Les meilleurs passeront devant la classe pour pouvoir exposer leurs connaissances.
Les soupirs se répercutèrent d'un bout à l'autre de la salle en échos.
-Et pas la peine de souffler. Vous êtes normalement briffés comme tout un chacun depuis votre plus jeune âge, et vous avez fait une leçon là-dessus en cours d'apprentissage. Ça devrait aller tout seul.
-Mais Mademoiselle, objecta un élève du premier rang, on a déjà l'évaluation sur l'évolution des réseaux de communications français au XXIème siècle pour la semaine prochaine !
-On ne rechigne jamais devant un peu de travail, répartit Alex.
Et c'est moi qui dit ça...
-Mademoiselle ça va vraiment être beaucoup trop. Cette semaine c'est tout bonnement impossible.
-On a une dissertation de 20 pages à finir en littérature.
-Le club de natation lance les recrutements pour l'équipe de l'université, on a besoin d'entraînement.
-La classe d'art a un travail de reprise d'un tableau de Monnet.
-Ça va stop j'ai compris, arrêta Alex.
Elle avisa au fond de la salle un groupe d'élève qui n'écoutait rien depuis le début de l'heure mais bavardait tranquilement d'elle ne savait trop quoi.
-Je vais vous donner une base de travail pour faciliter le fil de vos recherches. Vous n'aurez plus qu'à compléter par-ci par-là. Bon, par contre il va falloir se dépêcher.
Elle fit afficher une page internet sur le tableau.
-Donc dépêchez-vous nous avons dix minutes. Milieu du XXIème siècle ?
-La crise de l'éconnomie provoque l'effondrement de la monnaie, répondit Maria.
-Bien et donc ?
-Et donc le monde entier est en crise ce qui provoque les Révolutions de Feu dans les pays auparavant à fort potentiel économique, lança un autre élève.
-Nous y voilà. Les révolutions donnent naissance à la disparition de la Vème République en France et à la naissance un gouvernement provisoire. Quel événement majeur modifiera le tracé destructeur que prenaient les révolutions au fil des vingt années qui suivirent?
-Le début des tornades à répétition sur les États-Unis en 2086. Qui se poursuivent d'ailleurs encore aujourd'hui.
-Résultat de trop nombreux morts et une immigration massive sur les continents européen et asiatiques. Un monde unipolaire est entrain de se reformer autour d'un même État qui englobe tout les autres. C'est ainsi que le monde commence à renaître de ses cendres dès le tout début du XXIIème siècle. Quelqu'un pour poursuivre ?
-Les ingénieurs se mettent au service de la société pour les innovations massives qui donneront lieu à un recul de la crise et à l'installation d'une monnaie mondiale..
-Et c'est ainsi qu'arrive la VIème République en France avec à sa tête ?
-Johan Rêve.
-Et ben..., ironisa Alex. vous aviez vraiment besoin de moi ou c'était pour passer le temps ? Bon, Johan Rêve assassiné en ?
-2157, cria Maria pour couvrir le brouhaha naissant.
-Bon. Vous pouvez sortir. Je vous attends au tournant. »


Sally Fox était assise sur le canapé. Son ordinateur sur les genoux, elle tapait, retapait et reretapait sans qu'on put voir une fin à son travail effréné. Chercher les informations, retranscrire, trouver une coordination. Elle était entrain de refaire une vie. Elle ne comprenait pas exactement pourquoi elle faisait ça mais elle supposait que chacun avait ses raisons de modifier son passé.
« Si j'ai bien compris tu veux qu'elle soit ailleurs à ce moment-là ?
À l'autre bout de la pièce, près de la baie vitrée qui offrait tant de lumière à sa maison, Charly releva la tête de sa tablette électronique. Il sembla être face à un dilemme intérieur.
-Non... Ce qu'il faut c'est que tu modifies le cercle de ses fréquentations à ce moment-là.
-Toi par exemple.
-C'est ça.
-Je ne vois pas bien pourquoi..., songea Sally à voix haute.
Sans qu'elle ne puisse dire ce qui la poussait à penser cela, elle sentait qu'il y avait anguille sous roche. Elle connaissait Charly depuis un certain temps maintenant. En fait, cela faisait trois ans qu'ils bossaient plus ou moins ensemble. C'était un collègue agréable, qui avait toujours une plaisanterie pour mobiliser les troupes, même s'il était aussi parfois d'humeur taciturne lorsqu'en général il pensait qu'on ne lui prêtait pas attention. Elle en avait toujours eu une très haute estime, d'autant plus qu'il excellait dans son métier. C'était un programmateur hors pair, et il fallait bien avouer qu'il était beau garçon. En outre, ses yeux étaient à tomber par terre. Elle se demandait souvent pour quelle raison étrange elle ne le voyait jamais accompagné.
Enfin, derrière ces petits détails, ce qu'elle trouvait particulièrement bizarre, c'était cette fille dont il lui avait parlé, et le fait qu'il lui ait demandé de l'aide pour des modifications illégales sur sa personne. Il avait assuré que ce n'était pas grand chose mais elle en doutait de plus en plus. Elle ne voyait pas comment modifier un dossier de la GEA pouvait être anodin. Et puis... Qu'est-ce que ça pouvait faire qu'il apparaisse dessus, si d'ailleurs ce n'était que pour mentionner qu'ils avaient été dans la même université ?
-Tu es sûr de vouloir faire ça ?, s'assura-t-elle.
-Oui. Et vérifie bien les fréquentations affichées par rapport à la liste.
-Oui... je fais ça oui.
Charly sentit bien que Sally avait des doutes sur quelque-chose. Il ne fallait pas que ça s'envenime.
-Sinon, tu sais quoi ?, proposa-t-il. Laisse-moi faire ça. Toi jettes un coup d'oeil à la programmation.
-Ça roule. »
Ils échangèrent de place dans la salle. Cela faisait toujours bizarre à la jeune spécialiste en informatique de la GEA de pouvoir travailler sur les bases de celui qu'elle prenait bien souvent pour modèle.

Les modifications prirent plusieurs heures, mais le plus dur était à venir. Il fallait maintenant remplacer le dossier du serveur de la GEA par celui qu'ils avaient sur leur ordinateur. Sally assura qu'elle s'en occuperait. Elle était d'ailleurs certaine que si Charly lui avait confié ce petit boulot c'était parce qu'elle avait accès au serveur. Toutefois elle n'en dit rien et se garda de toute remarque. Il fallait qu'elle efface de sa tête tout ce qui pourrait assimiler Charly à une affaire louche. D'ailleurs elle ne pourrait pas travailler avec lui si elle n'avait pas confiance.
Elle quitta la maison à midi moins dix. Juste assez de temps pour le jeune homme pour se préparer et se rendre sur son lieu de travail valider ses heures. Il n'était pas obligé d'y rester tout le temps. En fait, il avait la chance de pouvoir tout faire à domicile puisqu'étant tout équipé. Ingénieur en informatique était ainsi pour lui une profession aussi prestigieuse que confortable, et il en était fier.
Dans un coin de la pièce, un carton attira inexorablement son regard. Il n'avait pas encore eu le temps de revoir toutes les photos qu'il contenait mais se promit de le fouiller entièrement dès qu'il serait rentré chez lui, après avoir accompli tous ses devoirs envers son entreprise.


Alex avait déjà presque fini sa matinée de travail, et déjà elle en avait marre. John Cardo n'avait pas dit un mot de la séance. Il avait passé son temps à gribouiller sans l'écouter. Elle convenait très bien que la Renaissance ne passionnait pas tout le monde, même pas elle mais là il foutait sciemment son année en l'air. Peut-être que ça l'amusait beaucoup, et bien pas elle. Elle pensait pourtant au début du cour que le voir s'occuper à autre chose qu'à l'énerver lui procurerait un peu de détente mais non. C'était pire que d'habitude. Décidément, ce type avait un don réel pour l'agacer, et elle n'allait pas le laisser passer.
« Vous pouvez sortir. Sauf M. Cardo qui va se faire un plaisir de venir s'asseoir en face de moi.
L'élève eut l'air surpris et ses camarades ne pipèrent pas mot. Ils avaient pourtant pensé que le cour s'était pour une fois déroulé sans anicroche. John Cardo ramena son visage arrogant jusqu'au bureau.
-Ça vous manque que je parle en cour, hein Mademoiselle ?
-Très drôle M. Cardo j'adore votre sens de l'humour. Et si, au lieu de déblatérer, vous me montriez plutôt les cours que vous avez pris aujourd'hui ?
Le sourire se métamorphosa en grimace.
-Désolé je ne suis plus en école d'apprentissage, je ne suis pas tenu de vous montrer ce que je note.
-Tu vois je serais de toi, insista Alex, je ne serais pas si sûr de ça. Un professeur peut demander à un élève de lui montrer ce qu'il a fait pendant l'heure. Vide ton sac sur le bureau.
John Cardo lui jeta un regard de défit mais savait bien qu'il n'avait pas d'autre solution que d'obtenpérer. Il ouvrit donc son sac et en sortit les affaires sous le nez de la prof de plus en plus intéressée.
-Tiens tiens tiens, c'est presque vide, c'est étrange ça, railla Alex avec un plaisir non dissimulé. »
Elle retourna les cahiers et classeurs dont les feuilles s'échappaient par endroit et ouvrit celui qui lui était réservé. L'écriture soignée de l'élève apparaissait bien pour quelques notes quotidiennes. Les contrôles se succédaient et se ressemblaient. Il avait un peu plus que la moyenne mais rien que l'on puisse juger excellent. Un laisser-aller étonnant comparément à la prétention dont il faisait preuve. Elle lui offrit un sourire satisfait en découvrant quelques gribouillis de droite et de gauche, rien qui ne puisse toutefois le faire passer dans la catégorie des je-suis-dispensé-de-cours. Elle feuilleta jusqu'à la fin et c'est là en fait qu'elle trouva ce qui pouvait se révéler le plus intéressant. Alex avait alors en main une feuille noircie au crayon qui aurait dû servir à la prise de cours. Il n'y avait encore rien sur la Renaissance dans son classeur.
Sur la feuille on la reconnaissait très nettement, assise sur son bureau entrain de faire cours. Le tableau numérique montrait la leçon du jour à travers une oeuvre d'époque. Le dessin n'était pas sarcastique, encore moins vulgaire. C'était tout simplement une représentation parfaite de la salle de cour, avec une ambiance que rien dans la pièce n'aurait laissé soupçonner. C'était un mélange de lumière et d'oppression. Elle se rendit compte que naissait en elle un sentiment enfantin de claustrophobie devant le dessin, et qu'il représentait une échappatoire invisible dans un ailleurs baigné de lumière sans pour autant montrer autre chose que la pièce. Elle se trouva un éclat dans les yeux sur l'image qui la dérouta elle-même.
« Je vous inspire M. Cardo ?, demanda-t-elle pour quitter ses pensées.
Bien entendu, il ne répondit pas. Alex se trouvait en face d'un phénomène qu'elle pensait ne jamais avoir à affronter.
-Il y en a beaucoup des comme ça ?
-Quelques-uns, biaisa-t-il.
-Vous dessinez depuis longtemps ?
-Un peu.
-Montrez-vous un peu plus coopératif ou c'est deux heures de colle tout de suite. Vous prenez des cours de dessin ?
-Non.
Alex était de plus en plus étonnée. Elle se demandait ce qu'elle avait de mieux à faire. Punir Cardo pour ne pas écouter en cours ? Non, ça n'aurait pas été la première fois. Faire comme si de rien était et le laisser sortir ? Non, son petit doigt lui disait que ce n'était pas la bonne solution. Il faisait de moins en moins attention à ses études et dans le même temps dessinait comme un artiste... En corrélant les deux informations, la décision à prendre devenait claire.
-Pourquoi ne pas avoir intégré une classe d'art ?
-L'art ne sert à rien, se braqua-t-il.
-Évidemment !, s'exclama Alex avec sarcasme. C'est pour ça que vous dessinez d'ailleurs, parce que ça ne sert à rien !
-Vous allez me laisser tranquille à la fin ? Qu'est-ce que vous voulez ? Que j'aille en colle ? Vous n'avez qu'à envoyer un mot au proviseur !
-Non. Moi je veux voir vos parents.
-Ah ouais... ?! Et... pourquoi ?
-Pour la simple et bonne raison que vous n'avez rien à faire ici ! Si un jour vous voulez percer quelque part, ce ne sera pas dans le cercle 5, ça ne pourra être que dans l'art.
-Mais qu'est-ce que vous en savez ? De quoi est-ce que vous vous mêlez ? Je vais dans la classe que je veux c'est compris ? Et vous ne verrez pas mes parents !
John Cardo mit ses affaires dans son sac et s'éloigna avec colère. Il allait sortir sous la pluie lorsqu'Alex lui cria :
-Je ne suis pas sure que vous désiriez de tout coeur intégrer le cercle 5. »
Il claqua la porte derrière lui.


Le bureau de Charly se trouvait au sommet d'une tour de centre ville, un peu trop loin de la mer à son goût. Il n'y avait pas grand chose d'intérêt à l'intérieur et n'importe qui aurait pu le trouver affreusement impersonnel. Pas de cadre photo pour parents, femme et enfants, pas de petit bibelot au coin des meubles, ni même un cadre où aurait trôné un chef d'oeuvre d'art abstrait que tout membre d'une bonne entreprise s'arracherait. Sur le bureau ne traînait aucun papier qui aurait pu donner une ambiance bordellique bienvenue dans le vide environnent et toute la pièce était d'ailleurs soigneuse rangée. Ses collègues voyaient là un « manque d'originalité certain » et ses amis lorsqu'ils entraient pour la première fois disaient « t'as l'air de t'amuser au travail toi ! ». De plus, quand on lui demandait : « dis Charly tu voudrais pas... ben je sais pas moi... te l'approprier un peu ce bureau ? » il répondait immanquablement « et comment ? » ce qui signait en général le début d'un long débat sur sa vie privée.
Charly Morgan avait perdu son père des suites d'un infarctus à 49 ans. C'était jeune, quoique familial d'après ce qu'il avait attendu. En clair, il s'attendait, lui aussi, à mourir d'une déficience cardiaque dans la cinquantaine (soyons optimistes). Il ne s'était jamais entendu avec sa mère qu'il trouvait complètement cinglée et qui vivait pourtant à deux pas de chez lui. Il n'était ni marié, ni fiancé et n'avait pas non plus de petite copine en ce moment. Il ne s'attachait d'ailleurs jamais assez à une fille pour que leur relation dure plus d'un mois. À chaque fois, il lui trouvait un minuscule défaut qui suffisait selon lui pour rompre avec la personne. Inutile de le préciser, mais Charly n'avait pas de fils non plus.
Concernant les amis il n'en avait aucun qu'il aurait aimé voir exposé sur son lieu de travail, même Alex (ou peut-être surtout Alex). Il n'aimait pas les bibelots poussiéreux et encore moins l'art abstrait. Bref, Charly n'avait jamais rien trouvé à intégrer à son bureau. Et ce n'était pas près de changer.

Sally se trouvait dans le bureau lorsque son ami arriva. Elle furetait entre les meubles, les yeux ailleurs. Elle attendait quelque-chose, peut-être Charly lui-même, aussi il s'avança lentement avant de s'annoncer en toquant à sa propre porte.
Sally sursauta et porta la main à sa poitrine. Elle dévisagea Charly avec un sourire.
« Mais qui voilà ?, s'exclama-t-elle. Celui que je voulais voir !
-Tu... voulais me voir ?
-Oui parce que j'ai une bonne nouvelle à t'annoncer.
Plus que surpris, Charly ferma la porte de son bureau et s'assit dans son siège. Il se demandait déjà ce que Sally avait bien pu comploter.
-Tu sais ton amie Alex...
-Oui...
-Quand j'ai rentré son dossier sur le serveur, je me suis aperçue qu'un avis de l'accadémie de répartition avait été posté.
-Et... ?
-Et bien l'avis mentionnait qu'elle allait devenir GEA.
C'était donc simplement cela ? Soit, Charly acquiesça de la tête sans trop de conviction, ce qui fit sourire Sally qui poursuivit :
-Et qu'elle allait changer de région.
Charly ouvrit de grands yeux. Qu'est-ce que c'était que cette histoire. Il médita l'information, sur la défensive, avant de demander simplement :
-Où est-ce qu'ils l'envoient ?
-Côte méditerranéenne, exactement là où elle était avant ! Étrange la coïncidence, hein ? Ah ! Je savais que ça te ferais plaisir ! ... Mais qu'est-ce que tu fais ?, s'alarma-t-elle en le voyant sortir son téléphone. Oh oh oh, doucement, d'accord ? Tu n'es pas censé être au courant et elle ne l'est certainement pas encore. Il faut que tu fasses comme si je ne t'avais rien dit.
-Quoi !? Comment veux-tu que je fasse ça ? Je ne peux pas lui cacher !
-Si tu es obligé sinon j'enlève le dossier à la GEA. Tu vois que tu m'écoutes quand tu veux. De toute façon j'ai vu que son conseil de répartition était dimanche. Tu n'auras pas à attendre longtemps avant qu'elle l'apprenne.
-Mouais, grimaça-t-il.
-Et ne fait pas la tête maintenant ! J'ai entendu dire que tu avais du boulot, alors mets-toi plutôt au travail. Moi je vais rentrer au poste et te laisser en paix. Ne t'avises pas de profiter de mon départ pour appeler Alex. N'oublies pas que je travaille à la GEA. Si tu lui passes un appel, je le saurai !
Ben voyons...
Elle recula jusqu'à la porte, fière de son petit numéro. Charly le lui laissa savourer avec un faux air offensé.
-Allez, files de là vas, lui ordonna-t-il en plaisantant. Tu vas être en retard à ton poste.
Elle lui fit un clin d'oeil avant de passer la porte. Cette fille alors, songea-t-il rieur, toujours à fourrer son nez partout. Un jour je vais avoir des ennuis à cause d'elle si ça continue. Enfin, voyons un peu ce qu'on me réserve... Il ouvrit son ordinateur sur la session de l'entreprise et aussitôt, une fenêtre lui apprit qu'une information importante venait d'arriver sur sa messagerie interne. Qu'est-ce que ça va être encore ? Il cliqua sur l'icône indiquée et se retrouva sur la page de l'entreprise. En gros au sommet de la page s'étalaient les lettres « TTP » suivies de leur explication : « The Twin Projects », mots inaccessibles au commun des mortels. En effet depuis l'effondrement des États-Unis en 2086 l'anglais avait été faire un petit tour du côté des langues les moins parlées du monde, seulement encore adoptée par une petite partie des habitants des Royaumes-Unis qui n'avaient pas encore intégré le chinois, le japonais ou le français, les trois nouvelles langues mondiales. Charly, pour sa part, dans le besoin, l'avait très rapidement intégré, tout comme Alex l'avait fait. C'était toujours utile lorsqu'on ne voulait pas être entendus...
Il parcourut la page des yeux et s'arrêta vers le milieu d'un article publié dans la toute confidentialité des membres de la grande entreprise. « dilemme concernant le remplacement du directeur et propriétaire Keneth Dawson » ... hop hop hop. Charly revint en arrière et reprit l'article depuis le début :

Avis de crise de l'entreprise.
Mdme la co-directrice Rachelle Cols.
Mercredi 27 Octobre.

Des suites d'une affaire de rumeurs dont la GEA est entrain de revoir les détails, notre directeur : Keneth Dawson, a été mis en examen. Il est évident que l'affaire s'étouffera sous peu suite à un manque d'information puisque M. Dawson n'est coupable d'aucune escroquerie. Néanmoins les médias sont à l'affût du moindre détail croustillant et cherchent déjà à questionner, en ce moment même, plusieurs membres de l'entreprise. Nous vous invitons donc à ne répondre sous aucun prétexte. Pour la survie de l'entreprise et des emplois.

Cordialement.

Ça se voit que je n'étais pas passé au bureau depuis une semaine... Charly n'en revenait pas d'avoir manqué une telle information. De plus, ça ne s'arrêtait pas là. Un nouveau communiqué suivait le précédent.

Avis de crise de l'entreprise (suite).
Mdme la co-directice Rachelle Cols
Jeudi 28 Octobre.

Les informations suivantes n'ont pas encore paru dans les médias et ne doivent être communiquées sous aucun prétexte. M. Dawson a été placé en détention provisoire. Des éléments nouveaux sont apparus dans l'enquête qui révèlent sa probable implication dans une escroquerie. La source de tout ceci est encore inconnue bien qu'elle soit en contact constant avec la GEA pour l'avancée de l'enquête. Tout ceci nous pousse à penser, moi même et l'ensemble de la direction, que des modifications vont voir le jour bientôt. Le dilemme concernant le remplacement du directeur et propriétaire Keneth Dawson a été posé et est toujours en cours d'étude. Il faudra également revoir les collaborations de l'entreprise et peut-être que plusieurs de nos membres devront être expatriés ailleurs dans le domaine informatique. Que personne ne panique : aucune mise au chômage ne sera à déplorer dans l'entreprise si de telles mesures viennent à être prises.
De nouvelles informations seront bientôt publiées sur les suites de l'enquête et/ou les suites du remaniement interne. Jusque là nous vous prions de garder le silence.

Cordialement.

Charly se précipita aussitôt sur son téléphone et composa le numéro de son supérieur qui ne tarda pas à décrocher.
« Cabinet de programmation TTP.
-Je voudrais parler à M. Blanc, c'est Charly Morgan.
-Une seconde je vous pris.
Il y eut quelques « bips » sonores.
-Bonjour M. Morgan que puis-je pour vous ?
-Je viens de lire les annonces sur la page privée de TTP.
-C'est vrai que vous n'étiez pas là de la semaine...
-Oui. Je suppose que vous n'étez pas beaucoup plus au courant que moi mais par hasard sauriez-vous si les postes à la programmation font partie des postes qui risquent d'être « remaniés » ?
-C'est la cinquantième fois que j'entends cette question cette semaine M.Morgan. Et pour la cinquantième fois je répondrai que tous les postes seront touchés. Si l'affaire est aussi sérieuse que les silences ambiguës des médias le laissent, penser de nombreux postes seront supprimés d'ici l'annonce de la condamnation du directeur. Je ne sais pas dans quelle branche nous allons tous atterrir. Cela dépendra certainement des CVs.
-Si c'est pour me retrouver dans une agence téléphonique je m'éviterais bien le détour.
-Je comprends parfaitement M. Morgan mais nous sommes tous dans le même cas. Sur ce si vous n'avez pas d'autres questions...
-Oui bien sûr. Merci beaucoup Monsieur.
-Bonne journée M. Morgan. J'attends votre dossier. »


La salle était encore vide, Alex venait de rentrer. Elle avait avalé à toute vitesse un hamburger dans un snack du coin avant de rejoindre son lieu de travail. Même pas le temps de s'asseoir, déjà on toquait à la porte.
« Entrez !
Le directeur pénétra à l'intérieur. Il lui adressa un signe pour qu'elle n'ait pas à se déplacer et la rejoignit après avoir fermé la porte. Il scruta les alentours avec attention.
-Comment allez-vous Mlle Devy ?
-Très bien merci. Et vous ?
-Relativement bien. Quelques soucis du moment mais je ne viens pas vous parler à propos de cela.
-De quoi s'agit-il ?
-Je n'étais pas censé vous prévenir. J'étais tenu au secret jusque-là, mais tant pis. Les élèves ont appris pour votre départ imminent.
-Ah. Et que se passe-t-il ?
-Rien de grave, seulement il semblerait que vous allez manquer à certains. Les 8° années qui vous ont eu deux ans de suite souhaitent organiser quelque-chose le jour de votre départ. À vrai dire lorsqu'ils ont connu le nom de votre remplaçant, la nouvelle n'avait pas l'air de les réjouir. Bref ! Je souhaite absolument vous voir le vendredi soir de votre départ dans l'établissement. C'est pour ça que je vous préviens. J'ai peur que vous ne prévoyez des vacances le plus vite possible et que vous ne quittiez l'université trop tôt. Je veux que vous sachiez que ce fut un honneur de vous avoir dans nos rangs ces deux dernières années. De nombreuses personnes se sont brusquement senties très intéressées par l'histoire.
Alex ne savait pas quoi répondre. Elle était tout bonnement abasourdie, positivement très étonnée. Elle n'avait pas encore réellement pris la mesure du fait que bientôt elle quitterait l'université pour de bon, abandonnant ses élèves. Certains lui manqueraient beaucoup car il fallait bien qu'elle avoue qu'elle avait développé un certain attachement par rapport à eux. Les larmes lui montèrent soudain aux yeux tant ce qu'elle ressentait la submergea. Le fait que ces élèves souhaitent lui témoigner une dernière fois leur gratitude avant son départ la chamboulait plus qu'elle ne l'aurait cru. Elle était très heureuse de ce témoignage.
Elle tenta tout de même de refouler ses larmes devant son patron, quoiqu'un sanglot la trahit. Aussitôt, il prit les devants :
-Ah non je ne voulais pas vous faire pleurer. Reprenez-vous voyons ce n'est pas grand-chose après tout. Reprenez-vous vous dis-je...
Elle esquissa un rire et se mit en quête d'un mouchoir dans son sac.
-C'est que ça me réjouit tellement... et puis c'est tellement soudain. Dire que ça fait déjà deux ans que je les côtoie.
-Ça vous passera va. Vous ne devriez pas...
On toqua une nouvelle fois à la porte. Le visage enfoui dans son mouchoir, Alex put néanmoins discerner John Cardo qui les observait par l'entrebâillement. Aussitôt, le directeur indiqua avec bonhomie :
-Vous pouvez rentrer M. Cardo, j'allais m'en aller justement. Bonne fin de journée Mlle Devy.
-Merci... vous aussi.
Alex se moucha bruyamment et tenta d'essuyer rapidement ses larmes. Malgré le fait que le directeur soit déjà sorti, John hésitait à franchir le seuil. Le voir avait tout de suite refroidi la joie d'Alex qui se sentait pleine de rancoeur à chaque fois qu'elle apercevait le garçon.
-Eh bien qu'est-ce que vous attendez ?, l'interrogea-t-elle, sans animosité toutefois.
Il regarda tout autour de lui comme pour y chercher une échappatoire. C'étaient pourtant ses propres pas qui l'avaient conduit ici, sa seule volonté. À présent il devait assumer sa décision. Avec circonspection il s'approcha donc du bureau métallique, mettant tout le temps possible entre son arrivée et le moment où il aurait à s'asseoir. Cette attitude si effacée surpris Alex qui avait l'habitude de le voir bien plus suffisant. Son manque de démonstration de supériorité l'inquiétait. Complotait-il quelque-chose, ou une chose plus personnel, plus sombre, se tramait-elle ?
-Allez-vous vous décider à me dire ce qui vous amène ici, M. Cardo ?
Il prit d'abord le temps de s'asseoir. Un regard insondable se ficha dans le sien. Tous deux face à face, la confrontation prenait son vrai visage. Alex poussa tout ce qui, sur le bureau, pouvait se trouver entre elle et Cardo. Surface dépouillée entre les de camps. Serait-elle un champ de bataille ?
-Je ne veux pas que vous voyez mes parents.
Il y avait dans ces paroles un changement infime, à peine notable, à côté duquel la professeur n'était pas passée. Il ne voulait pas.
-Je croyais pourtant que l'incident était clos M. Cardo. Je verrai vos parents. Que vous le vouliez... ou non.
-Je vous demande de ne pas voir mes parents.
Nouveau changement, encore plus voyant. Alex se rencogna dans son siège.
-Demandez, demandez, railla-t-elle.
John Cardo eut un bref instant d'hésitation. Il changea de position sur son siège. Les rôles étaient pour une fois inversés. L'élève calculateur demandait la rémission pendant que la professeur exaspérée profitait de la situation.
-Je ne veux pas intégrer la classe d'art.
-Peut-être, mais vous n'avez rien à faire dans cette classe, et vous n'atteindrez jamais, je dis bien jamais, le cercle 5.
John Cardo demeura silencieux.
-Vous ne souhaitez pas intégrer le cercle 5 M. Cardo.
-Ça changerait quoi si je vous disais que non ?
-Cela changerait votre avenir. À vous de décider si vous désirez moisir dans un fauteuil grand luxe de chef d'entreprise mondiale qui ne vous sied pas, ou si vous choisissez plutôt de suivre la voie qui semble toute tracée pour vous.
-Vous ne pouvez pas faire ce choix à ma place. Et parfois le prestige importe plus que le talent.
-Ou que la pression parentale.
Cardo fit la grimace.
-Je ne subis aucune pression.
-Ben voyons, laissa mollement tomber Alex. Sinon pourquoi alors viseriez-vous des « hauteurs » pour vous inaccessibles ?
-Parce qu'elles me sont accessibles.
-Qui croyez-vous leurrer ? Vous ou moi ?
-Je vous retourne la question.
Les deux adversaires s'affrontèrent du regard.
-Qui croyez-vous leurrer en vous attribuant soudain un statut décisionnel que vous ne possédez pas ? Vous ou moi ?
Un à un. Le match s'annonçait serré.
-Vous manquez donc tant d'argument que vous vous amusez à reprendre les miens ?
-Vous manquez donc tant d'argument que vous amusez à faire comme si vous en aviez ?
Alex sourit. John Cardo restait impassible.
-Vous savez très bien que malgré tout ce que vous venez de me dire je parlerai tout de même à vos parents. La question est donc, qu'est-ce qui vous a poussé à venir M. Cardo ?
-Vous pouvez voir mes parents, vous ne pouvez pas me changer de classe.
-C'est ce que nous verrons lorsque... vous en aurez changé. Maintenant, ce n'est pas que cette conversation m'ennuie mais nous en avons déjà tenu une de semblable et de plus mes élèves de troisième année arrivent. Je vais donc vous demander de quitter cette salle.
Cardo répugnait à suivre les ordres, mais il n'avait d'autre choix que d'obéir. Il se leva donc de son siège. Alors qu'Alex pensait qu'il allait partir, il ouvrit son sac dont il sortit une feuille où des coups de crayons étaient visibles par transparence. Il la considéra en quelques secondes avant de la déposer sur le bureau.
-Vous avez raison, c'est pour ça que je dessine, c'est parce que ça ne sert à rien. »

Elle n'avait pas regardé tout de suite le dessin. Anxieuse, elle avait voulu s'en saisir dès qu'il avait été posé, face contre la plaque métallique, mais son groupe d'élève turbulent se faisait déjà une place dans l'encadrement de la porte. Elle avait donc résolu d'attendre la fin du cours sur la géographie de la Nouvelle Île de France.
« Vous m'apprendrez par coeur le plan de la disposition des centres et des périphéries pour demain. Vous aurez une carte à compléter, notée cela va de soit. Bon, et puisque ça n'a pas l'air de vous enchanter plus que ça je vais être gentille et vous laisser sortir en avance. Bonne journée !
-Merci ! »
Les 3° années quittèrent la salle avec enthousiasme. Ils échangèrent quelques rires puis la porte se ferma et le silence revint. Alex se permit de souffler un peu, commanda l'ouverture des fenêtres pour profiter de la fraîcheur de l'après-midi tant que la pluie avait cessé de battre les vitres. Elle éteignit le tableau numérique, ainsi que son ordinateur portable qui sembla émettre un soupir de soulagement. Ensuite, elle s'assit, calmement. Elle respira à fond et retourna la feuille.
C'était ce qui pouvait s'apparenter à un simple portrait. Elle se regardait de ses yeux noirs au travers de la feuille. Le maquillage smoking eye mettait en relief son regard énigmatique. Une nouvelle fois, elle fut surprise par le rapport lumière et ombre du dessin et par son propre visage si... mystérieux. Comment se faisait-il qu'elle même n'arrive pas à plonger dans les propres pensées qui l'animaient sur cette image ? Comment se faisait-il que... et soudain, elle se souvint.


Ca avait été pour ainsi dire une longue journée de travail. Quatre longues heures à parler à des collègues pour peaufiner la programmation. Charly ouvrit la porte de sa maison avec un soupir de contentement. L'intérieur accueillant le rasséréna quelque peu et il se laissa tomber sur son canapé. Et ferma les yeux. Vivement qu'Alex soit là pour qu'ils puissent à nouveau parler en toute tranquillité, loin des écoutes téléphoniques, et qu'elle ait appris pour son déménagement pour qu'ils puissent se réjouir ensemble. Il lui tardait qu'ils puissent à nouveau partager des bons moments comme ils le faisaient auparavant. Il irait peut-être chez elle pour l'occasion, histoire de l'aider à faire ses cartons.
Tout à ses pensées, son regard erra sur la pièce environnante pour finalement tomber sur le carton à souvenirs qu'il avait ressorti quelques jours plus tôt. Il se rappela qu'il s'était promis d'y jeter à nouveau un coup d'oeil. Il se leva et s'avança, se pencha pour ramasser une photo au hasard. Un regard profond et triste lui répondit.


Il se souvenaient tous deux de cette fameuse nuit. Charly avait passé sa journée à chercher Alex sans la trouver. Elle ne s'était pas rendu à son travail (elle avait alors un poste de surveillance maritime), son collègue : David Laisange, le lui avait confirmé. Il ne doutait pas qu'il ait été le premier à savoir qu'elle ne s'était pas présenté à son travail puisque Charly le savait constamment entrain de draguer Alex, qui se laissait d'ailleurs souvent faire avec plaisir.
Charly s'était aussi rendu chez elle, avait longé la côte en voiture, sans jamais la trouver. Il avait pour cela raté une journée d'étude, mais selon lui la recherche de son amie valait bien toute les journées du monde, études ou pas études. Finalement, il était rentré chez lui désespéré, après avoir laissé 57 messages sur son répondeur. Il s'était mis à pleuvoir.
Il avait eu le temps de patienter 1 heure et demie sans rien faire à part se rendre compte qu'on avait pénétré chez lui (ça ne pouvait être qu'Alex, avant qu'elle ne disparaisse mystérieusement), et se ronger les sangs avant qu'on ne sonne à la porte. Il avait accouru aussitôt. C'était Alex, les cheveux dégoulinant de pluie, en larmes, les habits trempés. Son maquillage avait coulé tout le long de son visage. Elle semblait se trouver dans une grande détresse.
Ni une ni deux, Charly l'avait faite rentrer et l'avait menée jusqu'à la salle de bain où il lui avait apporté des affaires sèches, trop grandes pour elle, et l'avait laissée se laver et se changer. Cela lui permettrait aussi de se remettre les idées en place et de se reposer avant qu'il ne la presse de questions.
Alex, à peine entrée dans la salle de bain, s'y était enfermée. Charly avait entendu le déclic de la serrure.
« Alex ?, avait-il appelé. Est-ce que tout va bien ?
Des pleurs puis :
-Laisses-moi. »
Il avait compris que quelque-chose n'allait pas, il lui avait demandé d'ouvrir. Elle n'avait pas répondu. Charly avait frappé, encore frappé. Il entendait toujours les pleurs à l'intérieur, ainsi que les bruits d'une agitation fébrile. Il avait alors couru jusqu'au garage où il s'était emparé d'un pied de biche, et était revenu tout aussi rapidement vers la salle de bain, dans l'intention de forcer la porte. Les bruits s'étaient intensifiés, des affaires devaient être répandues sur le sol. Charly avait senti son coeur s'emballer, il s'était mis à crier à Alex d'ouvrir cette porte, mais devant le manque évident de réponse, il avait dû employer les grands moyens. Les portes modernes et leurs attaches étaient bien plus résistantes. Néanmoins ce genre de portes n'étaient pas utilisées pour toutes les pièces, et heureusement pour Charly il n'avait pas trouvé bon de faire renforcer celle de la salle de bain. En y mettant toute sa force, il réussi à ouvrir la porte.
Alex était pétrifiée au sol et pleurait. La pièce était sans dessus dessous. Elle aait retourné tous les tiroirs. Au sol à ses côtés, une boîte de lames de rasoirs éventrée. Alex en tenait une à la main. Elle jeta un regard implorant à Charly qui laissa tomber le pied de biche sur le seuil. Il était sous le choc de la voir dans un état d'abattement si total. Néanmoins il ne se laissa dépasser par l'émotion et prit les choses en main. Il se pencha vers elle et jeta au loin la lame qu'elle avait à la main, puis la releva. Il l'assit sur le rebord de la baignoire et s'employa dans les cinq minutes qui suivirent à remettre de l'ordre pour que tous les objets soient inaccessibles depuis leur lieu de rangement. Enfin, il s'assit près d'Alex dont les yeux fixaient un vide perdu entre le carrelage en ardoise et son visage. Il passa un bras autour de ses épaules.
« Tu vas prendre une douche et te changer, ensuite nous parlerons.
Alex hocha la tête.
-Je reste dans la pièce. Je n'ai pas envie de te retrouver morte si je te laisse toute seule. »
Nouveau hochement de tête. Il alla se caler contre une commode, dos à elle. Alex se dévêtit et passa près d'une heure sous le jet avant de sortir de la douche et de prendre les affaires de Charly. Si elle flottait à l'intérieur elle aimait l'odeur rassurante qui s'en dégageait, l'odeur d'un parfum si souvent senti, l'odeur de Charly. Elle s'avança vers lui avec une nouvelle détermination dans le regard, même si elle ne valait toujours pas celle qui y brillait d'habitude.
Sur un mot de Charly ils gagnèrent le salon où ils s'assirent sur le canapé. La pluie frappait toujours fort contre les fenêtres et les volets claquaient sous un vent violent. Alex se serra contre son ami. Elle était toujours absorbée par le sol.
« Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?, demanda Charly, de plus en plus inquiet.
Alex ne le regardait toujours pas. Il semblait que la voix vacillante s'adressait à un homme invisible allongé par terre.
-Je l'ai retrouvé Charly...
Il chercha à capter son regard, mais il restait toujours inaccessible.
-Tu l'as retrouvé ?
-Oui.
-Racontes-moi.
Elle ne marqua qu'un bref instant d'hésitation.
-Il m'a fait rentrer dans son bureau. Il m'a reçu comme si de rien n'était. Et puis nous avons parlé... Il... il a commencé à me dire... je ne sais plus trop quoi. Il... il disait qu'il savait. Qu'il savait quelque-chose que je ne savais pas. Je lui ai demandé quoi et il... il a avoué Charly... Il...
Elle se tourna vers lui. Ses iris étaient des puits de tristesse sans fond. Charly ferma les yeux, contenant tant bien que mal la colère qui menaçait d'exploser. Il serra les poings mais finit par prendre Alex dans ses bras. Elle avait recommencé à pleurer.
-Chuut... ça va aller. Tu as besoin de repos. Tu dors là ce soir, d'accord ? Ne pleures plus. Ça va aller. Je suis là ça va aller...
Elle se dégagea au bout de plusieurs secondes, le dévisagea. Elle partit dans un éclat de rire plus triste que joyeux.
-Quoi ?, s'enquit-il.
-Je suis si bête...
Il fronça les sourcils, se redressa.
-Pourquoi dis-tu ça ?
-Parce que je n'aurais jamais dû te mêler à ça.
Charly la saisit par les épaules.
-Alex, tu as des ennuis. Quoiqu'il t'arrive, quoiqu'il se passe, je serai toujours là pour toi. Tu entends ? Je m'en fous de ce qui peut bien me retomber dessus.
-Merci Charly.
Elle esquissa un faible sourire et essuya une larme.
-Mais tu sais ce qui est encore plus bête ?
-Non.
Elle se campa devant lui et saisit l'appareil photo dont la place habituelle était la table en verre devant le canapé. Elle prit Charly en photo avant d'annoncer :
-Aujourd'hui ça fait 10 ans qu'on se connaît. Et tout ce que je trouve à faire c'est ramener mes problèmes.
Le retour de cette déconcertante envie de vivre. Ce masque qui cachait à tous à sa nature fragile. Sauf pour Charly. Il lui prit l'appareil photo des mains et la prit en photo. Puis il le reposa.
-Ce sont les problèmes qui se ramènent. Et ce n'est pas grave. Ce soir on oublie tout et on fête les dix ans de notre rencontre. On remet tout le reste à demain. »
Ils se sourirent. Charly partit chercher deux verres et une bouteille de vin.


« Salut Alex, ça va ?
-J'ai eu pire et toi ?
-Quelques problèmes dans l'entreprise. Je crois que je vais être licencié.
-Toi licencié ? Arrêtes ! Tu as apporté plus à TTP que n'importe qui !
-Et bien ce n'est pas vraiment lié à cela mais... Keneth Dawson, le patron de TTP, est compromis par des affaires d'escroquerie.
-Ah... c'est vrai que j'en avais entendu parler.
-Je suis aussi tombé sur d'autres photos de nous d'ailleurs. Il faudra que tu les vois.
-Dans le carton dont tu m'avais parlé ?
-Oui.
-Et sinon à part ça tes journées se passent bien ?
-Oui oui. Rien à déplorer de mauvais. Je travaille, je me ballade, la routine en quelque sorte. Et pour toi ?
-Le travail est... éprouvant. Je me rends compte que je vais bientôt me séparer de mes élèves, et puis quelques-uns me posent des soucis aussi. Et il y a les souvenirs... ils ne cessent de me hanter depuis cet après-midi. Tu sais quand...
-Oui je sais, moi aussi j'y ai repensé toute la soirée.
-Tu me manques Charly.
C'était la première fois qu'elle le lui avouait. D'habitude elle préférait garder cela pour elle mais aujourd'hui elle n'en pouvait plus. Le dessin de John Cardo à ses côtés, elle ne pouvait empêcher les souvenirs de cette terrible journée d'affluer.
-À moi aussi tu me manques Alex. On se verra bientôt va. Ne déprimes pas trop.
Une pointe d'ironie revigorante. Pas assez néanmoins pour Alex qui esquissa à peine un sourire.
-Et pour mes recherches ?
-Pas vraiment eu le temps aujourd'hui. Je me suis chargé de modifier ton dossier à la GEA en revanche. Tu n'as plus à t'inquiéter. J'ai fait un peu le ménage dans tes connaissances.
-D'accord.
-Alex, est-ce que tu te sens bien ?
-Tu veux vraiment que je te dises ? Non. Ça ne va pas du tout. Enfin, je suppose que ça ira mieux quand on se verra.
-Bien sûr tiens ! Qu'est-ce que tu crois ? Je vais te remonter le moral moi !
Cette fois Alex rit de bon coeur. Elle résolut également de ne plus parler de ses ennuis pour l'instant pour aborder un autre sujet. Mais lequel ?
-Et ta vie amoureuse comment ça se passe ?
-On parle de ça maintenant ?
-Ben pourquoi pas ?
-Bien... Alors... Ma dernière copine remonte à un mois, elle aura tenu une semaine.
-Un véritable miracle.
-Comme tu dis oui.
-Et qu'est-ce qu'elle avait celle-là ?
-Elle m'appelait « poussin ».
-Oooooooh c'est grave ça, hein ! Tu aurais dû la dénoncer à la GEA tant qu'à y être.
-Non mais pour qui tu te prends ?, s'indigna-t-il entre deux éclats de rire. Et toi ? Tu collectionnes les succès peut-être ?
-À vrai dire j'essaie de ne pas trop m'intéresser. Je n'ai pas très envie qu'on se mêle de mes affaires... « poussin », ajouta-t-elle après réflexion.
-Très très amusant, répartit Charly. Très très très amusant. Et sinon, tu sais qu'il est possible de concilier amour et secrets ?
-Ça ne m'intéresse pas quand même. Si un jour je veux avoir une relation avec quelqu'un, j'aimerais qu'elle soit stable, tu comprends ? J'ai besoin de quelqu'un sur qui m'appuyer.
-Oui je comprends. Mais un jours peut-être tes problèmes se résoudront-ils, et tu pourras alors songer à autre chose. Et puis... En attendant tu m'as toujours moi.
-C'est vrai ça. Que ferais-je sans toi ?
-Aucune idée.
-Prétentieux !
-C'est toi qui as demandé !
Ils partirent dans un grand éclat de rire et échangèrent encore deux ou trois banalités avant que Charly n'intervienne.
-On se rappelle demain ?
-Oui.
-Je vais essayer de poursuivre tes recherches.
-Merci Charly.
-À demain.
-À demain... « poussin ». »


Alex rangea le dessin de John Cardo dans le tiroir de sa table de chevet, juste à côté de l'arme à feu confisquée quelques jours plus tôt. Ses affaires en ordre, elle fit quelques pas vers la cuisine.


Charly reposa la photo dans le carton après l'avoir fixée un cour instant. Alla cuisiner quelque-chose avant de prendre une douche.


Alex s'assit dans son lit en fixant le flacon. Quelques somnifères et les dernières gouttes de sa bouteille de whisky achevaient de l'envoyer dans les vapes.


Charly s'allongea, son ordinateur sur les genoux. Il se rendit sur internet et tapa les mots clés dans le moteur de recherche : « affaire ligne rouge ».

~.~.~.~.~.~.~.~.~.~


Revenir en haut Aller en bas
 
 
Messages : 395
Date d'inscription : 12/04/2011

---------------

Voir le profil de l'utilisateur
 

 

Carnet de Voyage
Race: Humains
Classe: Mage
En général: ~Chef des Gardiens, reine de Kerdéreth~
MessageSujet: Re: Les lubies de la reine   Mer 9 Mai - 16:19           
.................................................................................................................................................................................................................................

Et non, ceci n'est pas un nouveau chapitre de ma fic. Je ne sais pas s'il y en a beaucoup qui la suive d'ailleurs mais je m'excuse pour ne pas avoir posté depuis longtemps. Pourtant, j'ai une bonne partie du chapitre suivant de rédigée.
Bref, je ne sais pas si vous avez lu les archives de la CB mais j'y ai laissé un monologue conséquent. Et oui, quand il n'y a personne faut bien trouver comment s'occuper xD Bref, si vous avez lu les archives vous savez déjà ce que je vais poster, pour les autres, j'explique. J'hésite à créer un troisième compte. J'ai écrit une histoire qui me satisfait plutôt pas mal de 15 pages et le personnage me plaît bien et j'aimerai bien l'incarner avec vous. Mais voilà le problème, y aura-t-il quelqu'un que le personnage intéresse jusqu'à RP avec. J'ai donc résolu de poster ici un extrait de l'histoire pour vous placer dans le contexte. Je ne poste pas tout, je réserve la suite pour plus tard.
Je sais, tout ça à l'air complétement bizarre. Si je veux créer un compte, pourquoi je ne le créerai pas ? Ben zut, vous n'avez rien compris. D'abord, je veux voir si l'histoire est susceptible de vous plaire. Si elle vous plaît, très bien, je crée le compte et je poste une demande de RP. Si ça n'intéresse personne, je poste dans les légendes. Voili. Voilou.
Sur ceux, voilà un court extrait pour mettre en appétit ceux qui auront l'extrême patience de lire l'ensemble de mes divagations (si vous l'avez fait vraiment vous avez du mérite et je vous félicite... enfin vous en aurez encore plus si vous laissez aussi votre avis à la suite ! Wink Non je ne force la main de personne) :

"« Il était une fois, les Valeureux Solitaires en leurs chemins se croisèrent. Ils étaient peu nombreux et avaient été rejetés par le reste du monde. Sans foi ni loi, ils vagabondaient depuis longtemps, pauvres hères, sur les sentiers de l'infortune. Lorsqu'ils se rejoignirent sans l'avoir prémédité, c'est presque sans concertation, mais plutôt grâce à des accords tacites, qu'ils formèrent un groupe dans lequel chacun évolua à son gré. Ils appréciaient à sa juste valeur toute forme d'art, certains contant milles histoires attrayantes, d'autres chantant pour ensorceler la nature de leur voix, ou alors dansant comme personne, jouant d'un instrument de musique pour envoûter les coeurs, et ainsi tout le monde trouva sa place. Les pauvres devinrent riches de leur joie, et s'ils étaient toujours coupés du monde et sans bagage, leur sort leur sembla soudain plus léger.
[...]
« Damnés, damnés soyez-vous gens stupides et arrogants ! Que vos petites vies peuvent être futiles ! Vous vous complaisez dans vos arts, vous vous en enorgueillissait comme du plus précieux trésor. Mais qu'êtes-vous au fond ? Rien ! Des hères, des nomades, des gitans, des va-nus-pieds ! Vous ne méritez rien de ce que vous possédez. Pourquoi ne pourrai-je pas l'avoir moi aussi ? Bande d'égoïstes hypocrites, je vais vous apprendre moi, que vos pauvres petits arts ne valent rien ! Je vous hais ! Je vous maudis ! Soyez tous maudits ! Oui, je déclare en ce jour que dans douze mois, douze enfants naîtront. Douze naîtront et les douze mourront ! Ils mourront tous jusqu'au dernier, et dans leur mort ils entraîneront la votre ! Car vous êtes idiots, plus qu'idiots, de vous opposer à moi. Parce que vous allez apprendre que vous ne valez rien ! »
[...]
Un an plus tard très précisément, douze femmes se trouvèrent sur le point d'accoucher, le même jour. Ce fut le désespoir le plus total parmi la troupe, alors même que ce regain de vie aurait dû marquer le tournant d'espoir tant attendu dans la vie des parents. Depuis un an les arts avaient presque disparu, la Mage avait réussi son coup, et ils savaient que sa malédiction serait effective. Dans la peur grandissante, alors que le douzième enfant voyait le jour, les Valeureux commirent un acte désespéré. Si les douze enfants ne naissaient pas alors peut-être que la malédiction s'envolerait, peut-être que les arts reviendraient enfin ! Alors les Valeureux tuèrent l'enfant avant qu'il ne vienne au monde. C'était le premier des douze à mourir.
Parmi les onze survivants, trois moururent de maladie dans les prochains mois.
[...]
Il ne restait plus que huit enfants.

Ceux-ci avaient pour nom : Florient, Aurélie, Mathieu, Jérôme, Catherine, Mickaël, Camélia, et Élodie."

Ce sera tout pour la mise en bouche ^^ Alors, dubitatifs ? Wink

~.~.~.~.~.~.~.~.~.~


Revenir en haut Aller en bas
 
 
Messages : 395
Date d'inscription : 12/04/2011

---------------

Voir le profil de l'utilisateur
 

 

Carnet de Voyage
Race: Humains
Classe: Mage
En général: ~Chef des Gardiens, reine de Kerdéreth~
MessageSujet: Re: Les lubies de la reine   Sam 3 Oct - 14:53           
.................................................................................................................................................................................................................................

La vie d’une ligne
 
La ligne est le reflet d’une vie, comme le reflet du ciel dans un verre d’eau. A sa surface on peut regarder les nuages et les oiseaux passer. Ainsi, dans une ligne peut-on voir tout ce que l’auteur nous permet.
Quelle est l’essence même d’une ligne ? Un peu d’encre, une plume, du papier, de la passion. La ligne est le reflet d’une vie.
 
La plume légère file au travers des bourrasques. Elle écrit, qu’importe les tumultes par lesquels elle peut bien passer. Elle est silencieuse la plume, elle est aussi agile. Ces qualités font d’elle un bon ouvrier, qui avance sans poser de question. Mais parfois la plume fatigue. La ligne s’arrête. La page blanche se languit, l’encre se dessèche quand la passion se termine. Le ciel est vide sans la plume qui voltige au travers de l’air. Que serait le vent sans rien à porter dans sa course ? La plume est libre seulement quand elle peut suivre le vent.
Aride le désert sans encre. Quand elle revient noyer le papier, c’est toute une vie qui reprend. Sur la ligne, elle donne la vie, elle est son humble dessin, fin est immobile, mais toujours changeant. Que serait la ligne si toujours les mêmes formes s'y mélangeaient ? Il faut de la vie parmi les mots, il faut qu’ils se métamorphosent au fil de la ligne. Les hauts et les bas sur la ligne sont comme les vagues, elles avancent inexorablement jusqu’à se heurter avec fureur au flanc de la page.
Le papier repose au sol. Sa surface est fertile, elle attend que la passion anime la plume, qui viendra appliquer son encre. Sans vie, le papier sans encre. Il est celui sur lequel la vie repose. Les mots vont et viennent, se dessinent, jusqu’à la fin d’une ligne. Ils s’épanouissent quand la plume s’agite sur sa surface encore vierge. Son tracé modifie à jamais son étendue immaculée. Il ne peut en aller autrement. Que serait la vie sans son tracé toujours changeant ?
La passion est l’âme de l’existence. Sur elle repose l’architecture la ligne. Son ardeur volte et vire au fil des mots. Elle dicte quoi faire à la plume docile. Parfois, elle s’enflamme, noircit le papier à toute vitesse. Elle s’emporte, toujours plus loin sur la ligne. Mais plus la vie s’écrit, plus elle s’efface. Alors la passion se fait moins vive. Elle passe comme une caresse. Et s’arrête. Le papier est vide, froid, sec, calme. La passion se languit. Longtemps ? Jamais. La vie reviendra sur le papier.
 
Il n’y a pas de soleil sans ombre. Celle des mots où survit la vie. Et quand les mots se tarissent ? La lumière s’en va. Effacé le dessin sur la page, perdue l’histoire que jadis la passion dessina. Le jour où le feu de la vie s’éteint, plus rien ne peut raviver la ligne. Elle sombre doucement.
Néanmoins parfois, il arrive que la lumière se rallume. Les dessins qui habitaient la page en seront à jamais modifiés. Impossible de retrouver le tracé d’antan. L’encre abritera de nouveaux mots. La vie reprendra, suivra une ligne différente. Leur tracé diverge. Qu’importe. Les lignes changent.
 
L’existence n’est la même pour personne. Certains sont plus prolixes de d’autres. Chez quelques-uns, les mots s’agitent avec vigueur. Ils sont plus paisibles chez ceux que la passion n’a pas encore emportés. Il y a ceux chez qui la vie s’écrit au format paysage, ceux chez qui elle s’écrit au format portrait. Ceux qui ne vivent pour rien de tout cela, les anticonformistes qui dessinent en rond ou en travers. Ceux pour qui les lignes ne sont pas une suite de mots, mais une suite d’images.
 

La vie formée de ses quatre éléments s'anime dans la ligne. Comme la ligne et ses quatre éléments s'animent dans la vie. D’un côté ou de l’autre du miroir, le reflet reste le même.

~.~.~.~.~.~.~.~.~.~


Revenir en haut Aller en bas
 
Contenu sponsorisé,

 

---------------

 

 
MessageSujet: Re: Les lubies de la reine              
.................................................................................................................................................................................................................................


Revenir en haut Aller en bas
 

Les lubies de la reine

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» La Reine est arrivée. Prosternez-vous. (Dante)
» «La Reine Nègre» Victor-Lévy Beaulieu s'explique
» Amy of Leeds : Reine de Coeur, à vous l'honneur !
» La Reine du Rock se présente !
» Un petit mot sur la reine...Haitienne du Canada

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Lost Heaven ::  :: Les Talents :: Les Galeries-