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 Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]

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MessageSujet: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Mer 4 Juil - 10:52           
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La pièce était blanche mais elle restait noire, même lorsque le soleil passait au travers de la vitre. La ville était éclatante mais elle restait sombre, même lorsque l'observatrice se collait aux carreaux. Il faisait beau dehors, mais la lumière manquait, les formes étaient vagues, sans nuance, sans chaleur. Il n'y avait que la profonde solitude à l'intérieur de l'être, plus les rumeurs de la ville en joie qui s'effaçaient avec la vue. Elle entendait vaguement des cris d'enfants passer au travers des murs, des bavardages et des promenades oisives accompagnées de force bruits. Ce n'était toutefois qu'au second plan. Au premier, une vaste zone sombre, où progressaient vaguement quelques points lumineux. Une grosse tâche au centre, une petite en haut à droite, quelques pointillés sombres en bas à gauche, et tout le reste, flou. Elle ne pouvait rien y faire. Au début sa vue était normale, puis les tâches, puis le flou, puis le sombre l'empêchaient peu à peu de voir. Bientôt, elle sombrerait dans le néant. Elle ne verrait même plus du noir, elle ne verrait rien. C'est ce qu'avait tenté de lui expliquer le guérisseur qu'elle avait été consulté au début de la semaine. « Irréparable », était le terme exact qu'il avait employé.
Je suis irréparable..., murmura-t-elle, assise sur le plan de travail de sa maison de la capitale d'Équalza, Irréparable, comme une vieille machine cassée.

Elle fit une liste des choses qu'elle voulait faire à tout prix avant de perdre la vue. Un : faire un vrai tour du Continent Double, tout voir et tout connaître. Deux : lire quelques ouvrages de l'unique bibliothèque publique du Continent, celle de l'Île de la Connaissance, qui l'auraient follement passionnés. Trois : s'assurer que plus aucune malédiction ne pèserait jamais sur personne, comment mystère. Quatre : avoir quelqu'un à aimer et un enfant, et pouvoir au moins une fois les regarder vraiment. Cinq : sauter dans le vide, et demander ses ailes.
Elle savait bien qu'elle n'aurait jamais le temps de tout faire, et avoir un enfant était somme toute exclu : comment l'élèverait-elle ? quelle image aurait-il d'elle ? Quand à sauter dans le vide... et si elle n'en revenait pas ? Au fond, c'était une chance de trop pour la malédiction de l'emporter, et elle ne baisserait pas les bras.

Il fallait être réaliste de toute façon, tous ces voeux étaient irréalisables. Mais quelle joie d'y penser, rien que d'y penser. Elle eut brusquement le doux souvenir d'une nuit dans les bras de Jérôme, qui lui promettait milles choses et avec lequel elle projetait entre autres d'accomplir tous ses voeux. Ils avaient été maudits bien sûr, comme tous. Et que faire après ça ? Oublier ? À vrai dire, son don pour le Conte n'en avait été qu'accru. Des blessures étaient ressorties les lignes, les lignes pour pleurer l'amertume et la colère.
Derrière les vitres de la maison, la jeune femme au regard vide gardait ses yeux fixés sur un point invisible entre la pièce et la rue. Autour d'elle, des feuilles volaient en tous sens au gré des courants d'air. Des contes, des fables, des histoires pour enfants, des épopées, elle avait de tout sur ses papiers. Le plus souvent, elle écrivait ses brouillons grâce à des témoignages de personnes diverses, qui avaient vécu ou connu telle ou telle situation. Néanmoins, l'histoire qui faisait le plus recette était la sienne, et c'était une fois de plus celle-ci qu'elle s'apprêtait à raconter au matin levant. Ensuite, aux alentours de 10 heures, c'était l'histoire d'un héro d'Équalza, qui avait jadis accompli des prouesses contre Kerdéreth. Enfin, l'après-midi, elle raconterait l'histoire d'amour impossible entre une Esprit et un mortel, alors que celui-ci ne la voyait même pas. Les histoires étaient gravées dans sa mémoires. D'ailleurs il valait mieux, car bientôt elle ne pourrait plus les lire.

Catherine se redressa. Les rayons de soleil, qui pénétraient à présent suffisamment dans la pièce laissaient clairement percevoir leur chaleur. Elle se leva, rassembla ses affaires, repoussa une mèche de ses longs cheveux qui lui tombait souvent sur le visage. Elle pivota, se remit à regarder à travers la vitre ce qu'elle pouvait encore voir. Ces derniers temps elle commençait même à avoir peur de sortir. Elle avait peur de brusquement ne plus s'y retrouver au dehors, d'être perdue, d'avoir besoin d'aide. Sensation étrange. Son âme aventureuse l'avait-elle quitté ?
Elle souleva le sac, fit trois pas à droite, mit la main sur la poignée et ouvrit la porte. Le grand soleil était là pour l'accueillir. Il l'éblouit, et elle dut mettre une main devant ses yeux. Pendant un temps, elle n'y vit plus rien, rien qu'une toile blanche maculée de noir, puis des contours se dessinèrent. Elle compta trente six pas pour progresser dans la rue, quarante quand elle tourna, puis elle n'eut même plus besoin de repères tant elle connaissait la route.


Cathy ! Cathy ! T'es partie trop tôt ce matin on ne t'as pas croisée !
Tu aurais pu nous attendre quand même...
Cathy s'arrêta au milieu de la rue, heureusement elle était quasiment vide. Deux silhouettes coururent vers elle, et s'arrêtèrent à ses pieds.
Lim ? Mathéo ? C'est vous ?
Ben oui c'est nous, répondit Lim.
La brunette avança les mains et ce saisit de celles de Catherine, avant de les passer sur son visage. C'était bien la petite fille de cinq ans qu'elle connaissait. Elle parut aussitôt rassurée, mais prit un air sévère, pour la forme.

Vous avez traversé la ville sans prévenir les autres ?
« Les autres » faisait référence à la ribambelle d'autres enfants qui restaient toujours avec eux. Ils étaient tous orphelins et vivaient en plein coeur de la ville, à plusieurs minutes d'ici, dans une vieille bâtisse abandonnée. Lynn Éleskan avait néanmoins promis de faire construire un orphelinat, et il était d'ailleurs en cours d'achèvement. Bientôt, les enfants pourraient vivre décemment. Elle les avait rencontré à l'un de ses rendez-vous journalier près de la fontaine. Ils étaient venus écouter ce qu'elle avait à dire.
Mathéo, à son habitude, prit un air renfrogné, et croisa les bras. Il était de nature plutôt agressive, et ne laissait pas grand monde lui parler. À sept ans, ses parents l'avaient abandonnés. Il en avait maintenant un de plus.

On a rien dit à personne.
Mathéo...
Quoi ? J'ai rien fait moi ! Et puis c'est Lim qui a voulu partir.
La petite ne se formalisa pas. Catherine s'était accroupie pour arriver à sa hauteur et Lim coiffait ses cheveux. Elle jeta un coup d'oeil à ceux, en bataille, de Mathéo, et ne lui accorda pas plus d'attention. Puis, comme les enfants sont souvent brusquement absorbés par autre chose, elle détailla les habits de Catherine.
Cathy, pourquoi tu ne mets jamais des robes comme les grandes Madames ?
Mathéo se calma en voyant que la petite ne lui en voulait pas de rejeter la faute sur elle, et s'en voulut une fois de plus. Catherine se mordit la lèvres et changea de position car elle commençait à avoir mal aux jambes. Comment expliquer ça à une enfant ?
Laisse-la Lim, tu vois bien qu'on la dérange. Elle part réciter ses Contes.
Catherine se demanda quoi faire pour que Mathéo adopte enfin un caractère plus doux. Lim, elle, avait déjà lâché Catherine. Elle prit la main de Mathéo, qui sans pouvoir faire autrement, se sentait encore plus coupable, et fit quelques pas sautillants dans la rue pour repartir de là d'où ils venaient.
On a laissé ton manger dans ta maison, c'est Marine qui a été chasser aujourd'hui. On va voir les autres, on se retrouve à midi. Bisous Cathy, à tout à l'heure.

C'était une fille comme Lim qu'aurait aimé avoir Cathy. Et puis, si il n'avait pas été si rebelle, elle aurait bien pris Mathéo avec elle aussi. Mais il fallait voir les choses en face. Aveugle, il lui rendrait la vie impossible. Et elle s'inquiéterait toujours de ses sorties trop longues, de ne pas savoir ce qu'il fait dehors la nuit, quand il ne rentre pas plusieurs jours de suite...
Lim était mignonne comme tout, Cathy n'arrivait pas à comprendre pourquoi ses parents l'avaient abandonnée aussi. Elle ne voulait pas non plus comprendre le choix de ceux de Mathéo, mais tout de même. Son seul défaut était de poser beaucoup de questions, mais en était-ce vraiment un ? Tous les enfants le faisaient.
Les enfants de l'« orphelinat » étaient au courant de son histoire. Mais il y avait toujours des questions qui la mettaient mal à l'aise. « Elle est où ta maman ? », « Elle devient quoi Adèle ? », « Pourquoi tu t'habilles pas comme les autres ? ». Que leur répondre ? Je ne veux plus voir ma mère depuis que mon père est mort, je ne veux plus voir Adèle parce qu'elle me sort par les yeux, je ne mets pas de robe parce que depuis la mort de Jérôme je porte la plupart de ses affaires ?

La place était encore presque vide, quelques personnes attendaient déjà ou passaient pas là mais très peu. Elle put s'asseoir tranquillement sur le rebord de la fontaine, se refit un sourire. Du coin de son regard elle aperçut l'eau qui coulait et ne put s'empêcher d'y accorder un peu d'attention. Elle avait mal commencé sa journée. Probablement le cauchemar de cette nuit. Il fallait donc qu'elle se rattrape. Elle allait sourire à son habitude, être aimable avec tout le monde, ne pas montrer sa peur. À midi, elle mangerait avec les enfants et essaierait de parler à Mathéo, toucherait un mot de son attitude préoccupante aux jeunes qui « dirigeaient » la bâtisse abandonnée : Marine et Julien, frères et soeur de 20 et 19 ans.
Quelques minutes plus tard, quelques personnes arrivèrent. Certaines parce qu'elles connaissaient déjà la Conteuse, d'autres par curiosité. Quelques personnes âgées qui passaient souvent la voir virent lui dire bonjour et lui offrir de la nourriture. Le boucher, qui avait pignon sur rue à quelques mètres, lui proposa de venir récupérer de la viande après qu'elle ait fini. Elle échangea quelques nouvelles avec quelques personnes, appris des heureux événements ainsi que des moins heureux.
Elle reconnaissait toujours ceux qui venaient par curiosité. Ils se tenaient en général dans le fond et ne disait pas grand chose. Ils attendaient de voir. En général, ils ne savaient pas qu'elle était presque aveugle.

Lorsque la place fut suffisamment pleine elle s'éclaircit la voix. Le silence se fit alors. Histoire numéro 1 : la sienne. C'était toujours la première de la semaine qu'elle récitait. Les autres variaient mais celle-ci non.

Il était une fois les Valeureux Solitaires en leurs chemins se croisèrent.
[...]

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Mer 4 Juil - 14:36           
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Les rues étaient pleines, les commerçants vendaient fruits, étoffes, produits étrangers, bijoux, et autres objets divers, les quelques bardes enchantaient les rues avec leur airs de harpe ou de cithare et les enfants galopaient entre les étalages. L'alchimiste qui déambulait depuis le début de la journée acheta une pomme rouge qu'il mangea tout en allant de ruelle en ruelle lorsqu'il arriva à une place ou quelques personnes semblaient observer une jeune femme qui s'était assise sur le rebord d'une fontaine. Il se rapprocha, curieux, toujours en mangeant le fruit qu'il tenait entre ses doigts. Il resta un peu en retrait, sur le côté. La femme était particulière, elle avait des longs cheveux bruns bouclés et avait un visage innocent orné d'un sourire léger mais amical. Mais ce qui frappait le plus était ces yeux d'un bleu particulièrement pâle, presque blanc. Lorsqu'il y eut un peu plus de monde, elle commença :

« Il était une fois, les Valeureux Solitaires en leurs chemins se croisèrent. Ils étaient peu nombreux et avaient été rejetés par le reste du monde. Sans foi ni loi, ils vagabondaient depuis longtemps, pauvres hères, sur les sentiers de l'infortune. Lorsqu'ils se rejoignirent sans l'avoir prémédité, c'est presque sans concertation, mais plutôt grâce à des accords tacites, qu'ils formèrent un groupe dans lequel chacun évolua à son gré. Ils appréciaient à sa juste valeur toute forme d'art, certains contant milles histoires attrayantes, d'autres chantant pour ensorceler la nature de leur voix, ou alors dansant comme personne, jouant d'un instrument de musique pour envoûter les coeurs, et ainsi tout le monde trouva sa place. Les pauvres devinrent riches de leur joie, et s'ils étaient toujours coupés du monde et sans bagage, leur sort leur sembla soudain plus léger.

[...]

Des douze enfants de la malédiction, il n'en restait plus qu'une.
»

L'illusionniste resta stupéfait, son regard empli d'un respect si rare et si mérité, elle avait conté cette histoire de telle façon que Solan l'avait ressentie comme s'il avait tout vu, comme s'il l'avait vécu. La jeune femme l'avait, par de simples mots, transporté dans ce somptueux voyage qu'elle avait conté avec tant de ferveur et de beauté qu'il en devenait réel. Elle avait comme... un don, une capacité à transmettre tant d'émotions par les mots et la prose. Certaines personnes allèrent donner des pièces à la conteuse et s'en allèrent. Son histoire parlait d'un conteuse presque aveugle, or son comportement, sa façon de regarder les gens semblait indiquer d'importants défauts de vue. Il attendit un peu puis, tout en s'approchant d'elle, créa une illusion de lui même qu'il superposa sur son image réelle durant deux secondes, les illusions n'affectant pas les yeux mais l'esprit, elle put ainsi le voir pendant un très court instant. Une fois son attention attirée, il lui dit alors :

« - Vous semblez posséder un véritable don ! Vous contez cette histoire avec un réalisme époustouflant ! »


[HRP: C'est pas excellent comme post mais bon ^^]



Dernière édition par Lotheim H.Sølan le Mer 20 Fév - 9:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Mer 4 Juil - 17:34           
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Les gens vidaient la place petit à petit. Elle était satisfaite de sa prestation mais comme d'habitude, elle se sentait essoufflée et fatiguée. Elle remplie une gourde avec l'eau de la fontaine et la but en quelques gorgées. L'émotion s'emparait déjà d'elle. Comme à chaque fois, elle avait revécu le moindre événement. Et la mort de Jérôme en faisait partie. Elle ne le pleurerait pas une fois de plus, mais son souvenir n'en était que plus présent dans sa tête.
Elle prit le temps de bien saluer tout le monde. Les gens en ce pays et lui adressaient des voeux de chance pour la suite qui lui faisaient chaud au coeur. Le plus souvent pendant qu'ils discutaient, ils lui donnaient une poignée de pièce, et la Conteuse ne pouvait pas s'empêcher de penser que ce jour, malgré des débuts difficiles, pouvaient être une bonne journée. D'habitude, quand les gens étaient très généreux et qu'elle avait un surplus d'argent, elle en profitait pour rembourser le boucher ou le boulanger qui lui offraient de la nourriture presque gratuitement. Elle était obligée de mettre la bourse dans un paquet et de le laisser derrière leur porte sans qu'ils le voient sinon ils refusaient son argent. Mais aujourd'hui, elle avait envie d'aller voir les enfants de l'« orphelinat ». Elle passerait à la confiserie, et leur apporterait des bonbons. Peut-être que cela parviendrait à remonter le moral de Mathéo.

Au bout d'un certain temps, la place était quasiment vide de ceux qui l'avaient écouté, et l'avait remercié au centuple. Elle aimait voir que ses histoires plaisaient aux gens, plus particulièrement la sienne. Néanmoins, elle se sentait toujours gênée. Elle n'avait aucun mérite, c'était les histoire qui en avaient. Sans elles, elle ne serait rien.
Il lui semblait qu'il n'y avait plus que quelques promeneurs, mais c'est alors qu'elle aperçut quelqu'un venir vers elle. Ses affaires prêtes, son sac sur le dos, elle patienta en se remémorant la prochaine histoire qu'elle devrait conter dans une vingtaine de minutes. La place était vaste et immaculée. Elle le percevait malgré les tâches dans sa vision. Elle appréciait ce paysage qui rendait l'atmosphère calme et protectrice. Elle aimait le contact avec les gens aussi, ces personnes qui passaient et qu'elle ne connaissait pas, mais qu'elle apercevait tout de même entre deux formes vagues.
Il y avait le bruit aussi, qu'elle apprenait à goûter avec avidité, car il lui était chaque jour plus utile, les cailloux qui raclent le sol, les bruits de pas, les oiseaux. Elle arrivait à reconnaître certaines personnes grâce à leur démarche, et pour les oiseaux, elle savait lequel poussait quel cri. Elle pouvait dire à partir d'un simple bruit où se trouvait sa source, ou évaluer brièvement les caractéristique de l'endroit d'où il provenait. Et elle adorait entendre la ville s'animer chaque matin, s'éteindre le soir. Elle adorait la voix de Lim lorsqu'elle la prenait par surprise, ou lorsqu'elle riait aux éclats. C'était ce qu'elle trouvait de plus vivant.

La personne qui s'approchait d'elle était un homme. Elle l'avait reconnu à sa carrure, malgré le fait qu'il soit si peu visible dans le mélange gris dans lequel il baignait. Elle resta tournée vers lui alors qu'il approchait. Un courant d'air parcourut la place, faisant voler sa mèche rebelle en travers de son visage. Elle n'aurait pas dû s'en formaliser car cela ne changeait pas grand chose à sa vue, mais elle la remit toutefois à sa place. Elle se sentait inférieure aux autres personnes lorsqu'elle les connaissait pas mais qu'elles se rendait compte qu'elle était aveugle.
Il y eut toutefois un problème. Elle craint un instant d'avoir halluciner. Alors qu'elle écartait ses cheveux, l'homme lui apparut nettement. Il marchait vers elle, comme dans un brouillard à peine distinct. Elle se leva sous la surprise. Soudain, c'était comme si elle n'avait jamais rien vu, et que tout à coup, on lui offrait la possibilité de voir quelque-chose. Elle avait l'impression de n'avoir jamais rien vu aussi nettement.
Les quelques secondes que dura l'enchantement, elle put le détailler comme elle n'avait jamais détaillé personne. Il était grand, de plusieurs centimètres de plus qu'elle, brun, avec un manteau largement ornementée. Il n'était pas comme les autres hommes qu'elle avait pu voir défiler dans les rues lorsque ses yeux le lui permettaient encore. Sa silhouette était fine, svelte. Il avait de la prestance oui, mais pas la prestance des soldats imposants par leur musculature, une prestance noble et élégante. Elle pouvait apercevoir son visage même s'il était à demi caché par une capuche. Les traits de son visage étaient bien marqués, il avait une barbe finement entretenue. Ce devait être un homme qui faisait attention à l'apparence. Il ne semblait pas pauvre, puisque sa tenue devait à elle seule coûter très cher. Il manifestait une grande assurance, comme si rien ne pouvait l'atteindre. Et en même temps, ses yeux singuliers clamaient une quelque-chose que même les voyants ne pouvaient comprendre. Il y avait quelque-chose dans ce regard gris.

Lorsque le sortilège, ou l'hallucination ou, enfin, la chose prit fin, elle replongea dans l'obscurité. Elle se sentit perdue, désarçonnée. L'homme était enfin arrivé à sa hauteur, il se tenait devant elle. Elle ne le voyait pas mais elle pouvait le deviner devant elle, elle pouvait même se rendre compte de son air dans sa tête. Secouée, elle essaya de mettre des mots sur ce qu'elle avait vécu. Un bref instant, elle avait vu... Mais elle ne trouvait plus les mots. Elle mit une main derrière elle pour pouvoir se rasseoir sans manquer le rebord de la fontaine. L'homme se mit à parler. Qui était-il ? Savait-il qu'elle venait de le voir ? Savait-il... ? Non ça n'avait aucun sens. Ses pensées menaient à un cul-de-sac, alors qu'en général elle les gardait très claires.
Le « réalisme époustouflant » s'appliquait assez bien à ce qu'elle venait de vivre. L'homme devant elle s'en rendait-il compte. Elle aurait voulu demander à cet homme qui il était, mais la question n'avait aucun sens. Elle ne demandait jamais cela aux gens qui venaient la voir. Toutefois, après encore plusieurs secondes de choc, elle n'arrivait toujours pas à ordonner les mots dans sa bouche pour trouver une phrase à dire. Elle avait la bouche ouverte d'étonnement, sans parvenir à rien dire. C'était un comble pour une Conteuse.


Je... je vous ai vu... !
Une phrase, incohérente. Elle ne se remettait toujours pas, l'image était gravée dans sa tête, si bien qu'elle ne voyait plus qu'elle. Le noir autour paraissait fade, elle n'arrivait à en démêler le moindre contraste.
Comment reprendre pied dans ses cas là ? Catherine se rendit compte qu'elle avait prononcé une phrase qui ne devait avoir aucun sens pour l'intéressé alors que celui-ci était simplement venu la complimenter. Elle tourna la tête dans tout les sens, comme si elle cherchait un repère auquel se raccrocher. Mais il n'y avait plus rien.

Euh... je... Merci beaucoup pour vos compliments.
La Conteuse avait perdu le verbe. Elle s'en voulut de passer à présent pour une idiote. Elle se mordit la lèvre. Et puis d'abord, ce n'était peut-être qu'une hallucination qu'elle avait eu, une simple hallucination. La personne devant elle pouvait ne pas être celle qu'elle avait vu ! À vrai dire, ce serait même une coïncidence folle que son esprit lui joue de tels tours.

Elle se releva, faillit tomber en se prenant les pieds dans quelque-chose. Son sac sur l'épaule, elle aurait dû partir. Mais l'image dans sa tête l'en empêchait.

Excusez-moi..., prononça-t-elle en fixant un point qui devait correspondre à l'homme de tout à l'heure, J'aimerai que vous m'accordiez une faveur.
Trop tard, elle s'était rapprochée. Elle plaça ses mains devant elle, et elles finirent par rencontrer un tissu, qui pouvait correspondre à celui d'une cape... Elle ôta ses mains, histoire de ne pas paraître mal-élevée.
Voilà... il ne s'agit que d'un instant. Vous portez une capuche ? Vous pourriez la relever une seconde ? Je voudrais détailler votre visage...
Elle désigna ses mains d'un regard incertain, parfois, les gens ne comprenait pas ce qu'une aveugle voulait dire par là.

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Mer 4 Juil - 18:40           
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L'illusion semblait avoir eu largement l'effet escompté, peut être même trop et, en voyant l'air désarçonné de la conteuse, Solan ne put s'empêcher de culpabiliser un peu. La jeune femme ne répondit pas tout de suite, d'ailleurs elle ne répondit pas vraiment, elle lui dit :

« - Je... je vous ai vu... ! »

L'alchimiste prit d'abord un air étonné, tout en gardant un sourire lorsqu'il se rendit compte que de toute façon cela n'aurait servi à rien. Il la vit regarder autour d'elle, comme pour chercher quelque chose qui lui permettrait de se raccrocher.

« - Euh... je... Merci beaucoup pour vos compliments. »

La conteuse sembla gênée de sa réponse hasardeuse, elle se leva, faillit tomber en trébuchant contre un objet. Solan n'avait vraiment pas pensé la mettre en difficulté, il tenta de l'aider.

« - Excusez-moi... J'aimerai que vous m'accordiez une faveur. »

Elle se rattrapa à la cape de l'illusionniste mais retira immédiatement ses mains comme par crainte de l'offenser. Il s'apprêta à lui tendre la main lorsqu'elle lui demanda d'abaisser sa capuche pour qu'elle puisse détailler son visage. Il hocha la tête et répondit :

« - Vous semblez bien confuse... Je m'excuse, j'ai conservé ma capuche, pensant que cela passerait inaperçu j'espère sincèrement que vous n'y avez vu aucun manque de respect. »

Et il abaissa sa capuche, dévoilant son visage.



[HRP: Désolé, que des messages courts mais le temps m'inspire pas ^^]



Dernière édition par Lotheim H.Sølan le Sam 4 Mai - 14:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Jeu 5 Juil - 20:32           
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[HRP – No problem]
La jeune femme capta un accent de culpabilité dans la voix de l'homme. Ce n'était pas à lui de culpabiliser pourtant. Catherine l'avait mis dans l'embarras. Il fallait qu'elle mette cette histoire au clair le plus rapidement possible pour éviter toute gêne excessive aux deux parties.
Oh, vous n'avez pas à vous excuser, dit-elle dans un sourire.Par les temps qui courent, il est normal de vouloir rester discret. Et puis, je n'en ai que pour une seconde, pas plus.
Alors qu'elle levait les mains, Catherine entendit un corbeau. Il était rare d'en voir en ville. Ce n'était toutefois pas impossible, et la Conteuse n'y prêta donc pas énormément d'attention. Elle finit par atteindre le visage de l'homme. Elle l'effleura de ses mains. Mal voyante, c'était presque le seul moyen qu'elle avait d'identifier les gens. L'opération ne dura pas longtemps. Ses doigts détaillèrent chacun des traits de son visage en quelques dizaines de secondes. Dans tous les cas les résultats de l'examen furent formels. Catherine avait tout de suite reconnu son visage. C'était bien lui, l'homme qu'elle avait vu, elle ne pouvait plus en douter.

La Conteuse abaissa les mains. Elle tenta de vérifier son examen par la vue. À cette distance, même faible, elle ne voyait pas l'homme distinctement. Néanmoins, avec un peu d'imagination, il était possible de retrouver ses traits. C'était bien lui ! Un très large sourire se dessina sur son visage. Elle porta une main à sa bouche pour retenir un rire de joie, et son autre mais se ficha sur ses hanches.

C'est incroyable !, fut la seule remarque qu'elle put lancer.
Cela signifiait qu'elle n'avait pas halluciné et que, l'espace d'une seconde, elle avait réellement pu le voir. Elle resta ainsi une bonne paire de minutes à se demander quelle pourrait être l'origine du phénomène. Elle n'avait vu que lui, la place ne s'était pas éclairée, c'était donc un procédé magique qui avait transformé sa vision. Recouvrant petit à petit ses esprits, et bien décidée à trouver ce qu'il s'était passé, elle reprit la parole :

Je m'excuse si je vous ai dérangé mais... c'est incroyable ! pendant un court instant, je vous ai vu ! Ça devrait être impossible pourtant. Je ne comprends pas ce qui a bien pu se passer.
La Conteuse éberluée songea à beaucoup de possibilités, néanmoins aucune n'était la bonne. De plus, elle savait qu'elle aurait été impolie de retenir l'homme devant elle, et elle n'avait donc pas toute la vie pour chercher.

* Le mieux, se dit-elle, serait qu'avant de le retenir trop longtemps, je me présente, au moins. *
La Conteuse tendit une main hasardeuse en avant, accompagnée d'un sourire amical.
Je m'appelle Catherine, oui... comme dans l'histoire..., préféra-t-elle préciser suite à de nombreuses remarques qu'on lui avait faites par le passé. Catherine Sairilyss, Conteuse, vous avez dû vous en apercevoir, voyageuse occasionnelle... et pourquoi pas fine lame accessoirement aussi, établie en Équalza depuis un certain temps. Et vous, qui êtes-vous inconnu dont j'ai eu le privilège d'apercevoir le visage ? S'il n'est pas trop indiscret de le demander bien sûr.
Pour une fois qu'elle voyait si bien quelqu'un, qu'elle avait à nouveau pu détailler toute une apparence, elle avait envie d'en apprendre un peu plus sur cette personne. Et qui sait, peut-être que cela lèverait le voile sur le mystère qui auréolait son apparition.

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Dim 2 Déc - 11:32           
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Lorsque les mains de l'inconnue furent à un centimètre de son visage, il ne put s'empêcher de tressaillir, comme si elle venait d'effleurer une cicatrice interieure. Il la laissa faire, puis, lorsqu'elle abaissa les mains, après l'examen du visage de l'alchimiste, ce dernier sentit qu'un silence venait s'insinuer entre elle et lui, le regard de la femme semblait scruter Solan, ce regard était étrange, d'une étrangeté qu'il n'aurait su décrire mais qui lui semblait être celui d'une princesse orientale, une de ces femmes qui régissaient des royaumes entiers, qui remportaient toutes les guerres et qui bénissaient par un simple sourire. Cette intensité le mettait presque mal à l'aise par cette clarté mystérieuse. Puis soudain, une exclamation fit repartir le temps qui semblait se jouer des instants présents.

« C'est incroyable !

Je m'excuse si je vous ai dérangé mais... c'est incroyable ! pendant un court instant, je vous ai vu ! Ça devrait être impossible pourtant. Je ne comprends pas ce qui a bien pu se passer.
»

Le corbeau se jeta dans le vide, deux battements d'ailes le firent planer jusqu'à ce qu'il se pose délicatement sur le bord de la fontaine. L'illusionniste dirigea lentement son regard vers le ciel dont les nuages obstruaient peu à peu la lumière stellaire. On sentait que le soleil présent quelques instants auparavant commençait à fléchir sous la force des nuages. Le temps était tout de même agréable, la chaleur ambiante semblait être parfaite.

« Je m'appelle Catherine, oui... comme dans l'histoire... Catherine Sairilyss, Conteuse, vous avez dû vous en apercevoir, voyageuse occasionnelle... et pourquoi pas fine lame accessoirement aussi, établie en Équalza depuis un certain temps. Et vous, qui êtes-vous inconnu dont j'ai eu le privilège d'apercevoir le visage ? S'il n'est pas trop indiscret de le demander bien sûr. »

En entendant cela, l’illusionniste regarda la conteuse d'un regard profond. Elle avait dit cela en tendant une main vers Solan, ce dernier ne sut que faire, devait il la saluer d'un baiser sur la main comme le font les nobles, les hommes de lettres et les savants dans les hautes sphères de la société ou plutôt lui serrer la main comme une amie ? Il ne voulait pas faire de cérémonies, il retira son gant droit et se contenta de prendre la main de la jeune femme tout en s'inclinant légèrement. Tout en saluant Catherine Sairilyss, il se présenta :

« Je suis honoré de votre attention, mademoiselle, je suis Solan, Maître Illusionniste et Alchimiste. Je sais que cela peut paraître étrange et indiscret mais, je me demandais si c'était votre vie dont vous venez de peindre la fresque par votre talent ? Etant, en quelque sorte, un homme du voyage, un illusionniste itinérant, les contes, les histoires et les témoignages me fascinent plus que la science elle même. Si c'est en effet bien votre histoire à vous, alors je me dois de tenir, à votre égard, un respect identique à celui qui est attribué aux anciens et aux vieil hommes qui ont vécu toutes les calamités de ce monde. »


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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Dim 9 Déc - 21:12           
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Il lui avait dit ce qu’elle voulait entendre, et il lui posait à présent des questions. Il lui avait serré la main et elle l’avait dans le même temps senti s’incliner. Cela l’avait troublé un court instant sans que toutefois elle n’en laisse rien paraître. Elle était loin d’être accoutumée à des manières si distinguées, et ne pensait pas les mériter outre mesure. Mais elle l’avait laissé faire.
Les questions allaient être plus encombrantes pour elle. Percée à jour, elle l'était peu souvent. En général elle partait quand les questions devenaient trop gênantes. Comme par réflexe, ses mains se mirent à chercher ses affaires dans son sac, afin de bien s'assurer que tout était présent, et de pouvoir détaler si jamais besoin il y avait. Elle ne se rendit compte de ce qu’elle faisait qu’un moment après avoir réussi à mettre la main sur tout ce qu’elle pouvait trouver dans la sacoche. Elle soupira en s’arrêtant brusquement.
Pourquoi serait-elle partie alors même qu’elle désirait en apprendre plus sur cet homme ? Voilà une idée bien stupide. Mais lui répondre risquait de la mettre dans l’embarras. Elle ne savait presque rien de lui même s’il lui avait prestement décliné son identité. Dans sa situation, ne pas faire attention à tout pouvait représenter un danger potentiel. Il était donc tout naturel qu’elle lui mente à cet instant précis sur l’histoire qu’elle venait de rapporter.

Monsieur, c’est à moi que revient l’honneur. Une conteuse de rue n’a pas pour coutume de rencontrer des gens aussi érudits que peuvent l’être les Alchimistes. Mais quelle étrange coïncidence que nous nous soyons rencontrés alors même que vous êtes Illusionniste, et que moi-même de part les troubles de ma vision je ne puisse être témoin de vos talents. Voilà pourtant chose qui m’aurait intéressé.
Point commun avec vous semblerait-il, les histoires me passionnent. Et quelque-chose me dit que quelqu’un comme vous doit en avoir à raconter.


L’oiseau que Catherine avait entendu tout à l’heure émit un nouveau bruit. Elle ne pouvait le distinguer, cela n’empêchait pas la bête de l’observer avec l’air intéressé souvent incompréhensible de certaines bêtes. Après avoir assez porté son attention sur la Conteuse, l’oiseau de mauvaise augure avait porté son regard sur l’Illusionniste. Un brin d’étonnement passa dans ses yeux à cet instant.
La bête piaffante se tut alors et recula. Le problème des Illusionniste était toujours le même. Heureusement ils étaient rares. Trop habiles à discerner les illusions. L’oiseau, ou plutôt l’apparent oiseau s’envola pour rejoindre un arbre proche. Il avait toutefois toutes les chances d’avoir été repéré bien avant son décollage. Il observa donc une dernière fois la jeune femme avant de s’en aller, peut-être pour de bons. Cependant il est rare qu’une illusion contrariée se laisse faire facilement. Après des années sans avoir eu à se soucier d’être surprise , la voici peut-être découverte. Que cette fille parte quitte rapidement cet homme. La bête ne voulait pas d’ennuis.

Catherine pour sa part n’avait perçu qu’une faible cacophonie. Elle pensait véritablement à autre chose. Après un court silence, elle avait resserré sa prise sur son sac et prit son courage à deux mains.

… Je vous en prie, vous n’avez aucun respect à montrer envers moi. Il… il est vrai que c’est bien mon histoire que j’ai conté. Toutefois elle montre surtout que je fus naguère dans l’incapacité de protéger les miens. En ce sens, je ne mérite pas vraiment le respect…
Elle esquissa un bref sourire pour lui montrer qu’elle n’avait pas voulu l’offenser par ses paroles.
Dans tous les cas, si c’est l’aventure qui vous intéresse, j’ai une collection d’expériences diverses de maintes personnes en mémoire, que je raconte souvent dans les rues, qui pourraient être de votre goût. Je me produis en ce moment devant le tout Equalza et j’ai encore quelques histoires à conter aujourd’hui. Si vous ne manquez pas de temps, peut-être viendrez-vous en écouter quelques-unes. Et puis peut-être que si nous venions à nous croiser à nouveau, voire même, si peut-être j’avais le plaisir de pouvoir en apprendre un peu plus sur vous grâce à quelques conversations de ci de là, j’aurais la chance de vous voir à nouveau, je veux dire, comme je vous ai vu tout à l’heure. Si c’est chose possible, il faudra que j’apprenne quel don de la nature a permis à mes yeux cette prouesse, alors même que je pensais ne plus jamais rien voir distinctement. C’est vraiment une expérience fabuleuse que celle-ci, que j’aurais apprécié pouvoir répéter.
Quelques minutes à peine s’étaient écoulées depuis le départ de l’oiseau. Une dizaine peut-être, tout au plus, le temps que quelques rapides paroles, de quelques silences pesés, et d’un peu de réflexion. L’illusion avait décidé de revenir. Elle s’était posée sur un toit non loin et posait à nouveau les yeux sur la scène. Elle put voir, de son point d’observation en hauteur, l’arrivée précipitée de deux enfants par une rue adjacente, qui semblaient alors pourchassés par le Reflet en personne. Ils prirent pieds dans la place avant même que la Conteuse n’ait le temps d’ajouter un mot, qu’elle pensait bien être un mot d’aurevoir afin de ne pas retenir cette personne plus longtemps. Elle ouvrait la bouche alors qu’une faible masse percutait ses jambes, la faisant sursauter. Une petite main la tira alors en arrière par la veste, dévoilant une chemise d’homme de bonne facture bien entretenue, bien que visiblement vieillie. A sa ceinture, son épée était également bien visible. Quoique peu de gens aient pu la soupçonner capable de s’en servir.

Cathy ! Cathy ! Viens vite !
Oui dépêches toi c’est urgent !
La Conteuse se détourna un instant de son interlocuteur pour poser ses mains sur les deux enfants affolés à ses pieds.
Les enfants mais qu’est-ce que vous faîtes là ? Vous étiez sensés rentrer ! …
Mathéo la coupa rapidement.
Cathy on allait rentrer juré mais maintenant viens !
Le boulanger nous a trouvé sur le chemin. Il est allé chez toi mettre le pain devant la fenêtre mais il a vu ta porte ouverte. Pourquoi tu l’as laissé ouverte ta porte Cathy ?!
Comment ça… ?
Lim elle l’a pas laissée ouverte ! Cathy quelqu’un est entré dans ton appartement ! Le boulanger a dit que tout était sans dessus dessous.

De son perchoir, le volatile jeta un dernier cri avant de prendre à nouveau son envol vers sa nouvelle destination. L’illusion changea de forme à mi-chemin.

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Mer 13 Fév - 9:46           
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Suite à sa présentation elle eut l'impression que la conteuse s'apprêtait à un danger, il la regarda d'un air à la fois étonné et désolé, il crut d'abord qu'il l’incommodait, voire même qu'il lui faisait peur, chose que Solan redoutait, certes la peur des autres était son domaine autant que leurs désirs mais jamais il n'avait inspiré de réelle crainte, du moins après s'être présenté. Elle sembla se rattraper, comme réalisant ce qu'elle faisait. Le maître alchimiste était fasciné par cette femme, elle était comme l'esprit du monde, indéchiffrable, complexe. Il n'avait qu'une envie : En savoir plus, l'entendre parler, l'entendre conter.

« Monsieur, c’est à moi que revient l’honneur. Une conteuse de rue n’a pas pour coutume de rencontrer des gens aussi érudits que peuvent l’être les Alchimistes. Mais quelle étrange coïncidence que nous nous soyons rencontrés alors même que vous êtes Illusionniste, et que moi-même de part les troubles de ma vision je ne puisse être témoin de vos talents. Voilà pourtant chose qui m’aurait intéressé.
Point commun avec vous semblerait-il, les histoires me passionnent. Et quelque-chose me dit que quelqu’un comme vous doit en avoir à raconter.
»

Solan aurait aimé lui répondre bien des choses, tout d'abord, il aurait souhaité lui dire que conteuse de rue n'était en rien synonyme d'infériorité, bien au contraire, cela lui conférait la supériorité et la prestance spirituelle de ces grands hommes et femmes qui, par leur éloquence et leur talent galvanisent les foules et conquissent les mentalités. Il lui aurait également démontré qu'il existe bien des sortes d'illusions, certaines se produisant devant la réalité, comme un écran et d'autres se produisant dans l'esprit et derrière la barrière de la vision. Mais, une chose bien différente attira son attention, cet oiseau d'ébène, il ressentait quelque chose d'étrange, ce corbeau n'était en rien un oiseau. Il eut d'abord une sensation qu'il connaissait, quelques fois il était victime d'hallucinations, découlant probablement de son pouvoir. Il y crut jusqu'à ce qu'il remarqua le comportement de l'illusion qui semblait particulier, notamment envers Catherine. Il avait comme l'impression que cette illusion ne se contentait pas d'ajouter un élément inexistant à la réalité, elle cachait également quelque chose de bien réel. Il aurait pu tenter d'en découvrir la nature avec certains efforts, mais cela lui semblait être déraisonnable, ce qu'il ressentait derrière l'illusion avait d'autres moyens de défense, que Solan ne possédait pas.

« Je vous en prie, vous n’avez aucun respect à montrer envers moi. Il… il est vrai que c’est bien mon histoire que j’ai conté. Toutefois elle montre surtout que je fus naguère dans l’incapacité de protéger les miens. En ce sens, je ne mérite pas vraiment le respect…

Dans tous les cas, si c’est l’aventure qui vous intéresse, j’ai une collection d’expériences diverses de maintes personnes en mémoire, que je raconte souvent dans les rues, qui pourraient être de votre goût. Je me produis en ce moment devant le tout Equalza et j’ai encore quelques histoires à conter aujourd’hui. Si vous ne manquez pas de temps, peut-être viendrez-vous en écouter quelques-unes. Et puis peut-être que si nous venions à nous croiser à nouveau, voire même, si peut-être j’avais le plaisir de pouvoir en apprendre un peu plus sur vous grâce à quelques conversations de ci de là, j’aurais la chance de vous voir à nouveau, je veux dire, comme je vous ai vu tout à l’heure. Si c’est chose possible, il faudra que j’apprenne quel don de la nature a permis à mes yeux cette prouesse, alors même que je pensais ne plus jamais rien voir distinctement. C’est vraiment une expérience fabuleuse que celle-ci, que j’aurais apprécié pouvoir répéter.
»

Solan fut enchanté lorsqu'il entendit ces paroles, il aurait volontiers assisté à ses représentations, il eut un large sourire et commença a répondre lorsque deux enfants arrivèrent, ils semblèrent la surprendre. Ce qu'ils dirent eut un effet encore plus marqué, également sur Solan. L'illusion émit un croassement qui voulait tout dire. L'illusionniste ne sut que faire, il aurait tant aimé avoir le temps de répondre à son interlocutrice, il se sentait particulièrement gêné en ne répondant pas à ce qu'elle lui avait dit. Il se contenta de réagir précipitamment :

« Mademoiselle Sairilyss, tout porte à croire que le serviteur de cette sombre prédiction qui vous frappe cherche à vous faire croire que l'on ne peut échapper au destin, cependant l'avenir n'est pas immuable, ce n'est un brouillon de votre légende personnelle, il est fait pour être modifié, réinventé et réimaginé. Sachez que ce n'est pas contre l'immensité du destin que vous vous battez mais contre une force maléfique qui tente de s'en emparer. »

L'illusionniste se voulut rassurant mais ne se sentait pas convaincant, Catherine semblait posséder bien plus qu'un talent, un don peut être mêlé d'un soupçon de magie, son histoire était si bien contée, si prenante qu'elle s'était insinuée dans l'esprit de Solan comme si c'était un souvenir, un feu qu'il devait maintenir en vie. Elle ne se contentait pas de conter son histoire elle l'avait gravée, intégrée dans tant d'esprits. Les entrailles de Solan tremblaient, malgré ses propos concernant l'avenir, le maître alchimiste avait tout de même peur du destin de la conteuse, s'il lui arrivait malheur c'est ce feu qui l'avait éclairé qui s'éteindrait.


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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Dim 17 Fév - 21:26           
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Allez, viens Cathy ! On a pas le temps !, s’exclamait en la tirant par la main le petit Mathéo.
Catherine ne parvenait toutefois pas à bouger, encore sous le choc. Elle se reprenait vite certes, mais là, elle avait du mal à savoir quoi faire. D’un côté il y avait les enfants qu’elle voulait à tout prix ne pas mettre en danger, de l’autre il y avait ses devoirs envers la population qui devait l’attendre de pied ferme pour ses prochains contes, et qu’elle n’avait jamais déçue, il y avait également sa maison qu’on avait apparemment ravagée, son chez elle qu’il lui avait fallu tant de temps pour trouver, et enfin, et surtout, il y avait le seul qu’elle ait jamais pu voir ces dernières années, comme un signe. Il avait fait voler le brouillard dans sa vue, et à présent, de par ses paroles il semblait vouloir ôter celui qui pesait sur son avenir. Si le Destin, auquel elle avait été forcée de faire face, lui envoyait réellement un signe, il était devant elle. Elle se raccrocha à cette conviction.
Toujours catastrophée, elle réussit néanmoins à prendre certaines décisions. Elle prit Mathéo et Lim par les épaules, et se redressa.

Les enfants, vous allez rentrer IMMEDIATEMENT à l’orphelinat. Est-ce que c’est clair ? Le plus vite possible, vous ne vous arrêtez, vous ne parlez à personne tant que vous n’êtez pas en sécurité.
Mais Cathy…
Il n’y pas de “ mais Cathy “ je suis désolée Lim, mais le temps presse. Mettez-vous à l’abri, je viendrai vous chercher quand tout sera réglé. S’il devait se passer quelque-chose ne cherchez pas à me retrouver. Mathéo, conduis-toi comme un homme, amène Lim.
Le petit avait un moment gardé les yeux sur Solan, avec un regard plein de doutes et de méfiance. Lorsque Catherine parla, il fixa sur elle des yeux profonds, comme si soudain, il avait vingt ans de trop. Pour la première fois, la Conteuse sentit qu’entre eux, quelque-chose était passé, et qu’enfin il tenait compte de ses paroles. Il prit Lim par le bras et la tira hors de la place le plus vite possible, vers l’orphelinat, sous les pleurs de cette dernière. Catherine, elle, se laissa tomber assise sur le rebord de la fontaine. Il y avait le léger bruissement de l’eau, elle n’entendait personne passer, et la respiration de Solan non loin. Elle le chercha des yeux, sans savoir quoi ajouter. Il fallait qu’elle regagne son habitation au plus vite. Mais comment faire ? Elle ne voulait pas lui demander de partir, elle voulait en savoir plus, toujours plus. Son histoire, ce don d’Illusion qu’elle appréhendait si mal, le pourquoi du Destin qui l’avait amené là ? Qui était-il ? Que faisait-il ? Où allait-il ?
Monsieur, je tiens à faire… tout ce qui est en mon pouvoir… pour que ma légende personnelle trouve une fin que nulle triste histoire, comme celles que je peux raconter parfois, ne puisse égaler. Je veux retrouver ma vie que j’ai perdu, je veux pouvoir renaître. Mais cette prédiction… je dois la chasser…
Elle se releva, face à lui. Elle voulait se mettre en route pour rentrer chez elle, trouver ce qu’elle devrait y trouver, serait-ce une sombre malédiction. Elle fit un pas et s’arrêta, alors même qu’elle débutait de succincts adieux.
La confrontation me semble inévitable, et à ce que j’ai cru comprendre, elle me cherche à ce moment même. Je dois m’occuper de ce qui m’a d’ores et déjà trop pris… Il faut que… Il faut que je…
Les pas. Se souvenir. La rue où elle habite, près du parc. Le passage du carrefour. Longer les murs toujours. A droite, puis à gauche. La boucherie au bout de l’allée, puis la place. Quinze pas, la fontaine. Mais de quel côté de la fontaine était-elle ? Il lui semblait discerner la boucherie au loin dans son regard embrumé, mais à quelle distance exactement ? Sans le vouloir, elle avait perdu ses repères. Comme la cascade d’un jeu de dominos, son itinéraire, peu à peu, se fit vague.

La Conteuse était confrontée à une situation à laquelle elle n’était pas préparée. Elle ne pouvait même plus rentrer pour s’assurer de ce qui s’était passé. Dasn sa tête, qui semblait s’atteler à la sortir de chaque situation, comme une bouée de sauvetage en pleine tempête, une voix lui souffla : l’homme, Cathy, l’homme peut te conduire.

Non, non c’est impossible…
La Conteuse fit volte-face en direction de Solan. Il l’avait éclairé, elle ne pouvait pas risquer de le condamner. Elle devait trouver une autre issue… ou alors lui demander simplement de la guider dans la bonne direction, jusqu’au carrefour, pas jusqu’à chez elle. Alors elle pourrait se retrouver seule. Le dilemme, encore un, était grand et lourd. S’il refusait, ne pas insister. Elle avait toujours réussi à se débrouiller parfaitement seule.
Pardonnez-moi, j’aurais préféré ne pas vous mêler à cela je… l’itinéraire jusqu’à chez moi, je l’ai appris par cœur, des bruits, un nombre de pas précis, des images, fugaces… Je ne sais pas de quel côté de la place je me trouve, je ne sais pas comment rentrer chez moi. S’il-vous-plaît… oh je ne veux surtout pas vous créer d’ennuis… Connaissez-vous le parc qui se dresse à quelques rues d’ici, où tous les ans, pour l’anniversaire de la reine d’Equalza, se tient un grand spectacle. J’habite dans la rue qui, partant d’ici, y mène. Juste avant, il y un carrefour, deux grandes allées s’y croise, et une petite rue, celle où je vis, s’y ouvre. S’il vous était possible de me mener jusqu’à ce carrefour, je pourrais retrouver mon chemin je pense. Pourriez-vous m’y conduire ? N’hésitez pas à refuser, je ne veux pas vous incommoder, veuillez m’excuser…
Déplorant sa situation, la Conteuse baissa la tête. Quelques mots alors, décideraient de nouveau à sa place.

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Mer 6 Mar - 16:54           
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L'alchimiste se sentit perdre pied. Un cri retentit, comme résonnant indéfiniment dans les rues, du sang semblait couler des fenêtres des maisons. Il faisait nuit noire, un froid abyssal s'installa. Solan faillit tomber, se ressaisit, il ouvrit les yeux, sa vision était trouble, le soleil l'éblouissait, il les referma. Il entendait ce qui se passait, les enfants, cathrine sairilyss, il sentait la sueur couler sur sa tempe, il frissonna. Il se ressaisit, s'appuya sur le rebord de la fontaine. En retrouvant peu à peu ses esprits, il remarqua que le jeune garçon dénommé Matheo le fixait d'un air méfiant.Le maître illusionniste releva la tête, respira profondément, au loin, de l'autre côté de la place, un vieil homme lui tournait le dos. Il était là. Solan détourna le regard. Non, non ce n'était ni plus ni moins qu'une projection de l'imaginaire. Il se reconcentra, plongea sa main dans une poche intérieure de sa cape, en sortit une petite fiole de verre opaque dont il vida le contenu en une gorgée. Il y eut un silence. Seuls perçaient les clapotements de l'eau de la fontaine et la respiration haletante de Solan.

« Monsieur, je tiens à faire… tout ce qui est en mon pouvoir… pour que ma légende personnelle trouve une fin que nulle triste histoire, comme celles que je peux raconter parfois, ne puisse égaler. Je veux retrouver ma vie que j’ai perdu, je veux pouvoir renaître. Mais cette prédiction… je dois la chasser…

La confrontation me semble inévitable, et à ce que j’ai cru comprendre, elle me cherche à ce moment même. Je dois m’occuper de ce qui m’a d’ores et déjà trop pris… Il faut que… Il faut que je…
»

Le maître illusionniste, pour se réconforter, fit semblant d'oublier ce vieil homme un peu plus loin qui désormais le fixait avec un sourire indéchiffrable qui, malgré la distance qui les séparait, frappait Solan de plein fouet. Il s'apprêta à parler mais finalement, voyant que la conteuse était en pleine réflexion, il se ravisa. Il se sentait déjà mieux, plus rationnel, le vieil homme lui tourna le dos et s'en alla lentement dans une autre ruelle d'Ilistil. Solan savait que depuis que Hindel, le jeune acolyte malhabile avait été exécuté par Daora Wolfanger, par moment il était victime de son propre pouvoir, perdait le contrôle, il lui arrivait de croire à ses propres illusions ou d'en créer inconsciemment, il sentait bien que quelque chose n'allait pas, qu'un jour il dépasserait le point de non retour. Mais il se voilait la face, non, non, il était en pleine possession de ses moyens.

« Pardonnez-moi, j’aurais préféré ne pas vous mêler à cela je… l’itinéraire jusqu’à chez moi, je l’ai appris par cœur, des bruits, un nombre de pas précis, des images, fugaces… Je ne sais pas de quel côté de la place je me trouve, je ne sais pas comment rentrer chez moi. S’il-vous-plaît… oh je ne veux surtout pas vous créer d’ennuis… Connaissez-vous le parc qui se dresse à quelques rues d’ici, où tous les ans, pour l’anniversaire de la reine d’Equalza, se tient un grand spectacle. J’habite dans la rue qui, partant d’ici, y mène. Juste avant, il y un carrefour, deux grandes allées s’y croise, et une petite rue, celle où je vis, s’y ouvre. S’il vous était possible de me mener jusqu’à ce carrefour, je pourrais retrouver mon chemin je pense. Pourriez-vous m’y conduire ? N’hésitez pas à refuser, je ne veux pas vous incommoder, veuillez m’excuser… »

Il revint à la réalité, écouta puis resta un instant muet. Catherine Sairilyss semblait tenir les problèmes de Solan à l'écart comme une torche dissipant le brouillard. Il ne tarda pas à répondre :

« Je vous conduirai, comme vous me l'avez demandé, et ce n'est point par pitié mais bien par admiration et respect profond. Je ne peux que me ravir de pouvoir vous aider. Prenez ma main, si cela ne vous incommode pas. »

Le maître illusionniste prit délicatement la main de la conteuse et commença à courir. Tout en avançant il fit apparaître brièvement une illusion représentant la rue, les bâtiments et tous les éléments qui les entouraient dans l'esprit de la conteuse, il ne pouvait le faire plus longtemps car il se sentait tourmenté, affaibli par ses hallucinations. Ce n'est qu'après l'avoir projeté dans l'esprit de la conteuse qu'il réalisa qu'une malformation s'était immiscée dans cette bribe d'illusion, son subconscient avait altéré l'illusion, y faisant apparaître une éclipse solaire. Il ne dit rien et continua à courir jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'endroit voulu.

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Dim 7 Avr - 19:39           
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La Conteuse ferma un court instant les yeux qui ne lui servaient que pour un arbitraire repérage. Lorsqu’elle les rouvrit, Solan parla. Son accord succinct si aimablement accordé ramena un semblant de sourire sur ses lèvres. Toutefois, elle avait noté quelque-chose d’étrange dans sa voix, quelque-chose qu’elle n’aurait pu saisir que si elle avait été capable de le voir normalement. Aussi tut-elle son impression et accepta-elle la main qu’il lui proposait. Si elle ne discernait que vaguement sa silhouette, elle avait cependant pu diriger son bras dans la bonne direction. Il saisit sa main et commença à courir. Catherine perdit encore plus le fil du chemin aux premiers pas qu’ils firent. Les pas de course et les pas de marche ne comptant pas la même distance, elle avait du mal à trouver sa position dans la place. C’était sans compter une nouvelle intervention qui lui offrit de nouveau la vue.
Elle manqua trébucher, continua d’avancer, et brusquement, comprit. Ce qu’elle avait pu être idiote ! Bien sûr ! Cet homme était Illusionniste ! Son pouvoir ne s’exerçait pas sur la vue mais sur l’esprit. Elle l’avait vu grâce à son don et à présent, il lui permettait de voir la rue. Elle voulut le remercier mais s’abstint. L’image si nette, d’un champ d’horizon tout entier, la laissa muette. D’abord les murs de pierre blanche et luisante noyés dans une pénombre presque artificielle. Puis les gens, qui marchaient, leurs vêtements ternes ou colorés se mêlant avec douceur alors que leur marche les portait ailleurs, les visages, tous qui lui apparaissaient si clairs, et pourtant si sombres. Elle reconnut la rue, la place et la boucherie, soudain après quelques autres pas elle se souvint de tout, et réadapta son comptage inconsciemment pour pouvoir à nouveau se repérer, même avec un rythme soutenu. Solan qu’elle reconnaissait à présent distinctement, était devant elle, et l’impression qu’elle avait eu un peu plus tôt se trouva confirmée. L’Illusionniste paraissait troublé. Une éclipse maintenait une aura étrange dans l’allée. Alors que son regard se portait vers le ciel, la Conteuse eu le réflexe de protéger ses yeux de la lueur du soleil d’un mouvement de bras. Alors qu’elle le laissait retomber, la vision avait déjà disparu. Subjuguée, alors que ses yeux se réadaptaient au flou habituel, et à la vrai lumière du soleil, la Conteuse ne trouva pas le temps de poser des questions. Alors que l’illusion avait quitté son esprit, l’empreinte de l’éclipse était restée marquée sur sa rétine.

Ils ne mirent que peu de temps à rejoindre le carrefour. Catherine, loin d’être essoufflée se mit aussitôt en quête de sa porte du regard. Dans le brouillard, elle n’avait aucun mal à voir les contours un peu plus loin d’un groupe de personnes attroupées dans la ruelle. Elle ne peina pas à les entendre s’exclamer :

Mais enfin c’est un quartier paisible ! Qui aurait fait une chose pareille ?
A une aveugle en plus ! Ca ne manque pas de toupet. Si je trouve celui qui a fait cela il va goûter le pavé de la capitale, car je lui ferai bien avaler la poussière !
Et la pauvre Catherine, où pensez-vous qu’elle soit passée ?
Le malotru ne l’aurait pas enlevée ?!! Quelle horreur, pauvre femme !
Mais non voyons elle devait partir réciter ses textes !
Ah oui ? Et qu’est-ce que vous en savez ?
Il a raison c’est évident ! S’il faut bien se réconforter d’une chose c’est qu’elle doit être par ici, bien vivante !
Regardez ! C’est Catherine ! Elle est là !
L’intéressée ne put constater qu’une dizaine de têtes s’étaient tournées dans sa direction. Alors qu’elle était prête, avant d’entendre ces voix, à donner les remerciements qui lui étaient dues à son guide, son esprit fit une embardée. Elle songea que ses affaires seraient certainement sans dessus dessous, s’il restait quelque chose de ses affaires. Qu’il n’y avait quasiment aucune chance pour que celui qui avait provoqué cela soit encore dans les parages. Pourtant, et ce sans réfléchir, elle avança vers la porte qui menait à son logement. Sans s’en rendre compte, elle était passée devant Solan, et sans lui lâcher la main, elle l’avait mené jusqu’à la porte. Sans pour autant savoir ce qu’il s’était passé ici, la Conteuse se rendit compte que le battant était ouvert, et pendait même misérablement sur un seul de ses gonds.
Les piaillements n’en finissaient pas aux alentours. Une femme humaine à l’âge honorable de soixante-cinq ans, maigrelette, mais certainement pas fragile, s’approcha de la scène et posa sa main sur l’épaule de la Conteuse.

Je suis navrée Catherine. Nous n’avons rien pu faire. Tout était déjà comme cela lorsque nous sommes arrivés.
Une autre s’approcha. Elles étaient les deux voisines, de droite et de gauche, de la Conteuse. Leur mari respectif discutaient plus loin à voix basse.
Si tu n’as nulle part où aller et que rester ici te deviens inconfortable, n’hésite pas à venir toquer c’est nous, nous t’accueillerons avec plaisir.
Mais laissez-là donc respirer enfin, vous ne voyez pas qu’elle se sent mal ?
Catherine, le visage figé, avait la main sur la porte. Elle comprit au toucher qu’elle avait été éraflée, elle n’aurait su dire par quoi. Désemparée, elle avait du mal à comprendre ce qu’il se passait dans sa tête.
Mais enfin… que c’est-il passé ? Bon sang ! Je n’y vois absolument rien, je ne peux même pas me rendre compte des dégâts ! Dîtes-moi ! Dîtes-moi ce qu’il s’est passé … !
Impuissante, Catherine sentit soudain la main de Solan toujours dans la sienne. Elle le libéra de sa prise aussitôt, consciente qu’elle le mêlait à des ennuis qui n’étaient pas les siens.
Monsieur je vous remercie vraiment de m’avoir ramenée jusqu’ici, sans vous je n’y serais certainement pas parvenue aussi vite. Je sais que vous devez avoir d’autres occupations aussi si vous devez partir à présent, faîtes-le. Merci encore pour votre aide, mais je ne pourrais décemment vous mêler contre votre gré à mes problèmes.
Un frisson parcourut la Conteuse, qui ne savait toujours que faire, elle laissa sa main courir sur le mur discernant d’autres traces d’éraflures, comme un guide vers l’intérieur.

Au bout de la rue, un chat apparut soudain. Dans sa marche il fut surpris par l’attroupement qui troublait la quiétude de la rue. Il s’approcha, oreilles droit vers le bruit pour capter l’agitation, attentif. De sa démarche furtive de félin, il gagna le cœur du groupe et observa. Mais quelque-chose d’autre retint brusquement son attention. Plus loin sur le mur, une araignée de la taille d’un point semblait attendre sa venue comme un jambon dans une gamelle. Rapide et sourd, il incurva sa trajectoire, et gagna el pied du mur. Il ne lui manquait plus que quelques centimètres lorsque son instinct d’animal le mit en garde. C’est alors que l’araignée descendit, et avança dans la ruelle de ces grandes pattes fines. Le chat se pressa, mais la bête trop rapide s’était hissée sur lui. Elle lui laissa une douloureuse piqure que le pauvre animal n’était pas prêt d’oublier avant de regagner terre. Comme brûlé, et dans un miaulement effarouché, le chat s’en fut sans demander son reste.
L’araignée elle, se faufila dans la foule. Les réflexions continuaient de fuser.

Nous ne savons pas ce qu’il s’est passé Catherine !
Tes affaires sont en vrac, tu sais je crois qu’il vaudrait mieux que tu t’abstiennes de rentrer pour l’instant !
C’est vrai Catherine ça risque d’être difficile.
Elle fera comme elle voudra… enfin tu sais que si tu as besoin, nous sommes là.
Après s’être intéressé à la Conteuse, le groupe s’était tourné vers Solan. S’ils ignoraient son identité, ils n’eurent pas l’impolitesse de lui demander qui il était. L’araignée, elle, avait dépassé l’Alchimiste, et s’était faufilée à l’intérieur, brusquement disparaissant sous une feuille de papier.
En effet le sol en était jonché de toute part. Un meuble dans le couloir, avait été retourné. Le mur droit était griffé d’une lame inconnue. Plus loin dans la première pièce au bout, le mobilier avait été vidé, et sur le mur, une phrase très claire rejoignait le trait de la lame :
« Des douze enfants de la malédiction, il n’en restait plus qu’une ».
Des mots qui invisibles pour l’intéressée, criaient déjà une mortelle menace.


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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Ven 19 Avr - 23:28           
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Ils y étaient. Un peu plus loin, un attroupement, des voix. Aucun doute n'était possible c'était bien la maison de Catherine, ce qu'il en restait du moins. Sans qu'il ne s'y attende, Solan fût entraîné par la conteuse, la main de cette dernière fermement refermée sur celle de l'illusionniste. Ils passèrent au travers de la foule. Des voix de partout, scandalisées, un peu effrayées, se voulant salvatrices et serviables. Cela créait un brouillard sonore qui submergeait Solan. Ils s'étaient arrêté devant la porte grand ouverte, retenue par un seul de ses gonds, gémissant légèrement au gré de la brise.

« Mais enfin… que c’est-il passé ? Bon sang ! Je n’y vois absolument rien, je ne peux même pas me rendre compte des dégâts ! Dîtes-moi ! Dîtes-moi ce qu’il s’est passé … ! »

Solan voulut lui répondre, l'aider, mais elle se rendit soudain compte qu'elle n'avait toujours pas lâche la main de l'alchimiste. Elle desserra soudainement les doigts, Solan ne dit finalement rien. Ses yeux finirent par parcourir la foule de curieux et de soucieux, Oh non, il était là, encore... Il voulut lui crier « Vas-t'en ! », sa voix se perdit dans sa gorge. Le visage victorieux, le vieil homme le toisait comme un adversaire de longue date. Solan lui tourna le dos, avala sa salive. Catherine reprit la parole, Solan l'écouta attentivement.

« Monsieur je vous remercie vraiment de m’avoir ramenée jusqu’ici, sans vous je n’y serais certainement pas parvenue aussi vite. Je sais que vous devez avoir d’autres occupations aussi si vous devez partir à présent, faîtes-le. Merci encore pour votre aide, mais je ne pourrais décemment vous
mêler contre votre gré à mes problèmes. »

Non, l'illusionniste n'avait pas d'occupations plus importantes que celle ci. De plus, il ressentait une peur, une peur viscérale, instinctive. Ne pas s'éloigner de la conteuse, il était à un carrefour, derrière, un passé complexe, perdu dans les abysses, puis d'un côté ce dénommé Sindbad, ce vieil homme qui se cache tel une ombre pour enfin surgir devant Solan . Et pour finir, de l'autre côté, Catherine et son destin à elle. Non, il n'avait pas envie de suivre son destin à lui, Catherine s'engouffra dans la maison sa main effleurant le mur. Les observateurs, pour ne pas dire spectateurs fixaient Solan, il soutenait leurs regards, silencieusement. Finalement, il la suivit, d'un pas lent. Le temps s'écoulait plus lentement, comme la neige glissant du ciel vers la terre. Les murs portaient des cicatrices étranges, comme tracées par une lame acérée, mais pour laisser ce genre de traces ce n'est point une arme banale qui ferait l'affaire. Peut être une lame chauffée à blanc, si ce n'est même enchantée... Rien de bon.... L'illusionniste tentait de marcher sans empirer les dégâts qu'avaient subi les affaires de Catherine. Il se pencha, sur le sol, d'innombrables feuilles de papier, des objets divers et variés. Comment allait elle faire ? Il continua à suivre la conteuse puis s'arrêta dans une pièce. Il resta figé. Un des murs portait l'inscription, glaciale, terrifiante :

« Des douze enfants de la malédiction, il n’en restait plus qu’une »

L'illusionniste resta pétrifié, d'une voix inquiète il appela :

« Catherine ! »

Puis il se mit en mouvement, la retrouva dans une autre pièce, la prit par l'épaule. C'est alors qu'il réalisa qu'il n'était pas censé être là, elle l'avait congédié, lui avait proposé de retourner à ses occupations. Elle ne s'attendait probablement pas à ce que Solan surgisse. Quoi au'il en soit, il lui murmura :

« Ce n'est pas une simple effraction, ils vous cherchaient vous... C'est la malédiction dont vous parliez, ils ont laissé une inscription sur le mur, quoi qu'ils soient, ils vont revenir, s'ils ne vous attendent pas déjà ! Des douze enfant... Il... Il n'en restait qu'une. Ils savent où vous habitez, ils savent donc qui vous êtes devenue, votre conte n'est malheureusement pas achevé... Comptez sur moi pour vous aider, pour vous éclairer le chemin lorsqu'il sera trop sombre, et assombrir celui de ceux qui vous cherchent lorsqu'ils seront trop près. Maintenant il faut partir, vous reviendrez, mais aujourd'hui il faut vous enfuir, y a-t il une porte dérobée, une deuxième sortie par laquelle nous pourrions sortir discrètement ? »

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Dim 28 Avr - 13:49           
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« Les jours passent, sans fin, sans but. Un au revoir sans doute. Les larmes versées sur les mots du passé n’en seront que plus éternelles.
Il emporte les voix des enfants… le temps.
Il passe tel un insolent… le temps.
Les souvenirs indélébiles dans la mémoire comme autant de morceaux de verre brisés. Et pourtant au loin un éclat de lumière prêt à me guider. Tous ces malheurs je les garderai en moi, amers. Mais un jour je me relèverai. »
Penchée, la Conteuse se releva, morceau de feuille à la main. A chaque histoire elle accrochait un cachet de cire de taille et de forme variable. Ainsi au toucher elle reconnaissait chaque histoire. Son bloc de cire qu’elle gardait en réserve avait été fondu plus loin et avait coulé sur les feuilles, dont celle-ci. Catherine, dans ses pensées resta un instant immobile, comme si la perte de toutes ces histoires la frappait soudain de plein fouet. Elle devrait tout réécrire pour les transmettre, et ce ne serait pas chose aisée.

Par terre l’araignée dérangée suit le chemin des feuilles qu’il reste à terre. La chambre de la Conteuse est non loin et la porte est entre ouverte. Elle se glisse discrètement, à l’affut. Tel un prédateur elle tend à refermer le piège.

Alors que Catherine s’appuyait contre un mur, abattue, elle sentit contre sa main le trait de la lame qui se poursuivait à cet endroit. De nouveau aux aguets elle passa sa main dans l’entaille, et comme absorbée par une force inconnue, la suivit. Elle perçut à ce moment, comme dans un songe, la voix de Solan, qu’il l’appelait d’elle ne savait quel lieu aux alentours. Elle perçut sa crainte sans pour autant la saisir. Elle fit un pas de plus. Un courant d’air filait dans la pièce. Plus loin une fenêtre était ouverte, alors que la porte de sa chambre claquait non loin dans le vent. Elle fit un pas de plus. Elle voyait déjà ses dernières affaires retournées, le mobilier massacré, et pourtant dans un écho de passé, un murmure de brise à travers la porte la menait vers la pièce suivante. C’est alors qu’elle fut saisie par les épaules.
La Conteuse sursauta et hurla. Elle eut le réflexe de sortir une lame en se retournant vers celui qui l’avait ainsi surprise. Mais elle reconnut aussitôt un parfum déjà rencontré, une silhouette particulière. La lame regagna sa ceinture alors qu’elle prenait appui contre le mur pour reprendre son souffle.

Navrée, je ne pensais pas que c’était vous.
L’Alchimiste ne sembla pas lui en tenir rigueur. Une nouvelle fois elle fut frappée par la tension qui émanait de lui. Il lui parla alors, dans un murmure. Ses mots la glacèrent alors qu’elle apprenait l’existence du message laissé par les malfaiteurs sur le mur. Son sang ne fit qu’un tour. Elle prit la main de Solan, comme lorsqu’ils étaient venus. Suspectant dès à présent qu’il restait peut-être âme qui vive, masquée en sa demeure, elle prit les décisions qui s’imposaient. Elle se rapprocha de l’Illusionniste et chuchota a son oreille.
Je ne saurais vous exprimer ma gratitude. Vos paroles ont trouvé en moi un écho que je n’aurais su percevoir seule. Néanmoins j’aurai tout le temps pour cela à l’extérieur. Quand toutes les issues sont sombres, la lumière n’est jamais de trop. Suivez-moi, pour l’instant c’est moi qui vous introduirai le chemin.
D’abord l’entrée, la pièce écourtée qu’ils avaient traversée. Puis la pièce à vivre qui portait la mystérieuse inscription. La chambre attenante. Catherine se mit en route. Non loin des mots gravés au mur, sur une bibliothèque dévastée, elle chercha quelque-chose du bout des doigts. Quelques chandelles renversées témoignaient de l’emplacement d’un précédent stock. Les voyants pouvaient ainsi trouver, au pied de l’étagère, les bougies brisées et la boite qui les avaient abritées. La Conteuse tira une planche au fond de l’étagère. Le bois craqua et le son résonna dans toute la demeure. Quelques « vous allez bien ? », fusèrent de l’extérieur. Catherine ne répondit pas. Derrière la planche, pas de mur, mais un escalier qui montait vers les toits en terrasse. La Conteuse hotta une seconde planche plus basse qui craqua de nouveau sinistrement. Les morceaux de bois étaient larges et avaient ouvert un passage au pied du mur.
Allons-y !

Masquée par l’ombre, elle attendait. L’araignée qui un instant plus tôt s’était glissée dans la chambre disparut brusquement. Une très vieille femme, le teint grisâtre, ses longs cheveux ternes tombant sur son visage comme un voile. En hayons, elle portait néanmoins un arc de chasse dans le dos, ainsi qu’un poignard à la ceinture. Par l’entrebâillement, elle vit les deux personnes qui se tenaient au fond de la pièce d’en face. Elle savait à présent qu’elle n’aurait pas sa dernière prise aujourd’hui. Mais elle patientait tout de même pour une opportunité. Il fallait que ces deux-là se séparent, et elle serait à sa merci. Dans l’entre-bâillement de la porte, alors qu’elle faisait un pas de côté, elle fit chuter la dernière pile d’affaires intacte. Les vêtements se répandirent sur le sol dans un bruit de froissement de tissu. Elle se décala prestement, ses hayons flottant derrière elle comme une aura de malédiction. Si elle était repérée cela importait peu, tout ce à quoi aspiraient ses cibles c’était à la fuite. Elle ne comptait toutefois pas disparaître sans une ultime menace.

La Conteuse s’était faufilée la première. Dans le noir des escaliers, elle était comme aveugle et se dirigeait en appuyant ses mains au mur. Elle buta deux fois sur les marches puis finalement parvint à monter. C’est ainsi qu’elle atteint la lumière. Sur les toits de la capitale, éblouie par le soleil, elle ne discernait que la vaste forme de la ville, et des éclats épars ponctués de note de couleurs. Le vent caressa son visage, et les rayons réchauffèrent sa peau. Mais elle n’était pas sortie d’affaire. Solan avait raison, peut-être la cherchait-on de nouveau. Peut-être quelqu’un allait-il vouloir terminer le travail commencé. Elle se retourna, se rappelant qu’elle n’avait pas fait particulièrement attention au fait que l’Alchimiste la suivait. C’était décidément une personne bien particulière que cet homme, et son aide lui serait précieuse.

Solan ?, appela-t-elle.
Sa voix se perdit dans les marches, et sur la terrasse au-dessus de la rue. Les curieux parlaient toujours devant sa porte. A quelques mètres, de nouvelles marches rejoignaient furtivement une place en hauteur où à cette heure ne passaient que quelques badauds désintéressés. L’escalier s’arrêtait derrière une vaste fontaine, masqué du reste de la place par un lilas qui couvrait le mur. La Conteuse n’était jamais passée par ici. Elle devrait encore compter sur l’Illusionniste.



Dernière édition par Catherine Sairilyss le Mar 4 Juin - 10:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Sam 1 Juin - 16:42           
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- Je ne saurais vous exprimer ma gratitude. Vos paroles ont trouvé en moi un écho que je n’aurais su percevoir seule. Néanmoins j’aurai tout le temps pour cela à l’extérieur. Quand toutes les issues sont sombres, la lumière n’est jamais de trop. Suivez-moi, pour l’instant c’est moi qui vous introduirai le chemin.


Elle avait dit cela en s'approchant de Solan, le lui murmurant à l'oreille. Il tressaillit. Il esquissa un sourire, elle se mit en marche, connaissant son chemin sur le bout des doigts. L'illusionniste la suivait, lorsqu'il aperçut, dans l’entrebâillement d'une porte, le visage d'un homme, non pas le vieil homme mais un ivrogne, brute épaisse, innocent. Il fixait Solan d'un regard de pierre, à la fois triste et vide. Il le connaissait. Ils s'étaient reconnus. Que faire ? S'il l'avait pu, si Catherine n'était pas entré dans sa vie, il aurait brûlé les lieux, détruit une fois de plus cette empreinte morbide qui le suivait comme une blessure infectée, une gangrène qui remontait peu à peu vers le cœur de Solan. Mais cela n'aurait servi à rien. Dans un courant d'air la porte se referma soudainement. L'alchimiste continua à suivre la conteuse, elle s'était arrêtée devant une étagère, avait commencé à retirer les planches qui en constituaient le fond, dévoilant ainsi un passage, des escaliers. Il n'eut pas le temps de l'aider, le passage était désormais ouvert. Les escaliers étaient sombres, à peine éclairés par la lumière du soleil en amont. Catherine s'y engouffra, les escalada. Solan la suivit. Il faisait sombre, il faillit tomber, une fiole glissa de sa poche et se brisa sur le sol. Au contact de la pierre, le liquide prit une couleur rouge vivace,produisant un sifflement étrange et une fumée blanche parsemée d'éclats de pierre rougeâtres, très fortement odorante. Il s'empressa de se couvrir le visage de sa cape et retint sa respiration.

- Solan ?

Catherine était déjà à l'air libre, l'alchimiste courut, les yeux irrités, à bout de souffle. Il sortit soudain du couloir, se retrouvant sur le toit, à l'air frais dont il s'empressa de se remplir les poumons. La fumée finit par cesser d'être produite en bas des escaliers, le liquide était entièrement consumé cependant les vapeurs, produisant un arrêt cardiaque moins d'une heure après inhalation prolongée, continuaient à stagner dans l'espace réduit des escaliers. L'alchimiste garda son calme, il n'en avait que très peu inhalé. Ils étaient donc sur le toit, la vue était étonnante, autour d'eux, les toits d'Ilistil mêlés à ce ciel uniforme.

- Je suis ici...

Visiblement, Catherine ne semblait jamais avoir emprunté ce chemin. Faire marche arrière était impossible, les escaliers mettraient plusieurs heures à s'aérer complètement. Il regarda rapidement autour d'eux. D'autres escaliers descendaient derrière la maison. Il ne voyait pas où cela menait.

- On ne peut plus faire marche arrière, une de mes fioles s'est brisée, l'escalier est enfumé, ce serait du suicide. Espérons que ce qui vous poursuit n'est pas insensible à ce genre de poisons même si cela me semblerait bien trop facile. Il y a un escalier qui descend derrière la maison, je ne sais pas où il mène mais c'est la meilleure option. C'est d’ailleurs la seule. Il ne faut pas tarder.

Inconsciemment, l'illusionniste suivait Catherine pour échapper à ses propres démons, échapper à lui même. Il avait de moins en moins confiance en son pouvoir d'illusionniste, s'il permettait à Catherine de voir, que lui montrerait-il ? Il était capable de créer des illusions spectaculaires, immenses et complexes, il avait travaillé intensément cette capacité toute sa vie, durant plusieurs centaines d'années mais il sentait qu'il en perdait peu à peu le contrôle. Il avait déjà immergé des personnes dans un monde irréel entier, mélange des rêves de la cible et des idées de l'illusionniste. Qu'arrivera-t il le jour où lui même se perdra dans une illusion, le jour où il n'en trouvera pas la sortie ? Que sera ce monde que son subconscient aura crée, que Sindbad aura imaginé ? Il avait peur, peur de mourir dans une illusion, d'y rester une éternité, jusqu'à en trouver la sortie, sortie qui mènerait à la mort puisque dans la réalité il ne serait déjà plus parmi les vivants. Son maître lui avait expliqué que mourir dans la réalité pendant qu'on est immergé dans une illusion nous coupe définitivement du monde réel, nous laisse dans cette illusion dont la sortie s'ouvre sur la mort.

Après tout, Hindel était décédé, il ne savait pas où était Sagitarii, elle était partie sans rien dire d'autre que :

*Toute quête débute par la chance du débutant et s'achève par l'épreuve du conquérant.*

Reviendrait-elle ?... Ses anciens amis, alchimistes réputés étaient disparus depuis longtemps, son père... Il ne le connaissait pas, il aurait aimé savoir qui il est, il était probablement toujours en vie mais il se sentait incapable de lui expliquer la mort de sa mère. Un jour peut-être solan allait-il enfin le rechercher, s'excuser, partager la douleur de la retrouvaille. Un autre jour.

Il était seul. En fait non. Il était là pour Catherine, mais après cela, quand cette histoire sera achevée ? Qui restera, excepté Sindbad ? L'illusionniste pouvait en finir, choisir l'illusion dans laquelle il restera le restant de ses jours, mais il fallait qu'il aide Catherine, il s'y raccrochait. Elle était l'éclair de lumière qui le guidait jusqu'à la sortie du tunnel.

Il tendit la main à Catherine, créa une illusion illustrant la scène, Solan, les toits d'Ilistil, les escaliers qu'ils allaient prendre. L'illusion était fidèle à la réalité, il put la maintenir quelques secondes avant qu'il n’aperçoive le visage maculé de sang et sans vie de l'ivrogne. Il réagit instantanément, faisant disparaître l'illusion. Sindbad faisait remonter les souvenirs enfouis. Son maître l'avait déjà averti.

*Un jour elles te rattraperont, tes illusions, tu rencontreras les projections involontaires de ton subconscient. Prends bien garde, la limite du réel s'estompera avec le temps. Tu feras la rencontre de ton esprit personnifié, il te fera peur, tu finiras par le connaître, lui donner un nom. Il te connaîtra mieux que toi ne le connais, il saura te manipuler.*

Les paroles d'Adaön, le défunt maître illusionniste avaient résonné dans l'esprit de Solan, à l'époque, il n'avait pas pris cet avertissement au sérieux, l'avait presque oublié. Maintenant, il le comprenait, le vivait. Adaön avait-il également rencontré son propre subconscient ? Quel nom lui avait-il donné ? Le maître, dans sa vieillesse avait commencé à montrer des signes de folie, y avait-il un lien ? Et Sindbad, que voulait-il, quelles étaient ses intentions ?
Un très court instant s'était écoulé avant que Solan ne revienne à la réalité. Il se tourna vers Catherine, esquissa un sourire et dit :

- Allons y, nous verrons bien où cet escalier mène, ce sera toujours mieux que de rester ici. Prenez ma main.


Ils descendirent les escaliers d'un pas rapide mais attentif. Ils arrivèrent enfin en bas, la première chose que Solan fit, c'est projeter une illusion de ce qu'il voyait afin de permettre à Catherine de visualiser les environs.

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Mar 4 Juin - 10:19           
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Solan était finalement arrivé. Catherine qui se sentait jusqu’alors mal-à-l’aise, se trouva rassurée de voir sa silhouette entrer dans son champ de vision. Aussitôt, il lui expliqua la situation plus bas. La Conteuse regrettait de ne rien pouvoir récupérer de ses affaires. Les vêtements qu’elle gardait de l’homme qu’elle avait aimé, dont il ne lui resterait plus que la chemise qu’elle portait sur elle, toutes les histoires qu’elle avait pris tant de temps à dénicher dans tout le Continent avant son arrivée ici. Et puis il y avait les affaires qui ne lui appartenaient pas : les meubles que lui avaient gracieusement donnés ses voisins lors de son installation, les affaires des enfants qu’elle gardait pour les rares fois où ils passaient chez elle. Tout ceci était à présent perdu, comme la petite vie tranquille qu’elle avait si longtemps cherchée, avant de s’en être lassée, sans pour autant se résoudre à la quitter. Elle serait bientôt aveugle, et même si elle avait appris à se battre malgré cet handicap, survivre ailleurs que dans un endroit établi, seule, s’avérait impossible si elle n’y voyait rien. Un peu plus, et elle savait ce qu’il allait advenir d’elle : la pauvre fille qu’on renverrait dans son village d’origine où elle passerait la fin de ses jours à attendre que la terrible malédiction qui s’acharnait sur elle ne revienne.
De ce que j’en sais, ce qui me poursuit est mortel. J’espère que ça l’affectera. Et vous avez raison, il faut avancer.
Oui mais pour aller où… ? C’était la phrase que lui soufflait lentement son esprit. Il était à peu près certain que passés les quelques pas, et une fois hors de danger, Solan et elle partiraient dans deux directions différentes, comme cela avait été le cas une demie heure auparavant. Alors, il n’y aurait plus d’illusions pour lui dicter le chemin à suivre. De nouveau, elle serait ce qu’elle avait toujours été : seule, face à la menace. D’ailleurs soudain le paysage s’illumina, pour la deuxième fois de cette journée. Non encore habituée, et ce malgré la situation, la Conteuse se laissa émerveiller par la beauté de la capitale vue de haut. Elle fit en sorte de graver la scène dans sa tête. Elle vit que Solan lui tendait la main et de nouveau, elle ne put s’empêcher de se cramponner à lui. Elle avait l’impression d’être l’un de ces cerfs-volants malmené par le vent, et l’Illusionniste était la corde qui la maintenait arrimée au sol.

L’Illusion ne dura que quelques secondes. Toutefois, Catherine eut le temps de voir se dessiner le visage tourmenté de Solan avant qu’il ne disparaisse dans le brouillard de sa vision. Quel douloureux secret pouvait donc cacher cet homme ? Elle n’eut pas longtemps pour réfléchir à cette question. Il l’entraînait déjà vers les escaliers et, comme il l’avait laissée les visualiser, elle put les descendre sans mal. L’odeur du lilas derrière lequel ils arrivèrent une fois sur la place emplit l’espace autour de la Conteuse. Elle s’orienta grâce à sa main libre et au reste de sa vision. Et se retrouva à côté de la fontaine. Elle ne se rendit compte qu’à ce moment que son cœur s’était calmé.
Sans qu’elle ait le temps de la voir venir, une nouvelle illusion naquit. Catherine eut alors une parfaite vision du paysage alentour, de la rue et des passants. Elle ne put s’empêcher de noter que l’eclipse solaire de tout-à-l’heure ne s’était pas reproduite. Elle reconnut ainsi les environs et mena Solan au milieu de la place. Elle ne savait pas combien de temps le paysage resterait perceptible à sa rétine aussi elle se pressa d’enregistrer tout ce qu’elle pouvait sur leur position. Alors, elle se retourna vers Solan :

Attendez. J’hésite sur la conduite à tenir, mais je pense que nous sommes hors de danger, sinon ce qui me poursuit serait déjà à nos trousses. Peut-être finalement que votre fiole l’a découragé. Cela parait un peu fantaisiste, mais je ne vois pas d’autre explication au fait que rien ne nous suive… Aussi je vous propose de faire le point. J’ai besoin de m’arrêter un moment ou je vais perdre pied, c’est… trop à la fois. Et… j’ai de toute façon des questions à vous poser. Accepteriez-vous de faire une étape en taverne ? Au milieu de la population je serai moins inquiète que si nous nous arrêtions ici ou dans une simple ruelle.

Les deux silhouettes disparurent dans un escalier dérobé. La vieille femme attendit un court instant et ouvrit grand la porte pour se lancer à leur poursuite. C’est alors qu’elle sentit l’odeur forte qui se dégageait des marches. Elle vit distinctement une étrange fumée envahir petit à petit tout l’appartement. La vieille femme se mit à tousser mais réagit vite. Elle prit la forme d’une guêpe aux étranges couleurs fauves et quitta la demeure pour s’envoler vers les toits. Elle se posa sur le rebord, mirant la scène qui se déroulait au-devant.
Cet homme lui plaisait de moins en moins. Qu’avait-il donc à aider cette petite sotte ? Ne voyait-il pas qu’il se mettait lui-même en danger ? Tant pis pour lui. A partir de maintenant, elle le prendrait également en chasse, c’était certain. Une fois qu’ils seraient séparés, elle aurait une chance de s’en prendre à eux. Mais elle devrait faire très, très attention. La fille poserait problème à sa manière, elle ne devait pas la reconnaître et la laisser l’approcher d’assez près. Quant à l’autre, la tâche serait plus ardue. Son pouvoir lui poserait problème, car il risquait de s’en prendre à elle en réponse. Mais quoi qu’il en coûte, elle lui ferait payer le fait de s’être mis en travers de sa route.
Elle vit sa cible et l’homme descendre un escalier et s’arrêter sur une place. Alors elle décida de les suivre.

Catherine ne savait pas si Solan adhérerait à sa proposition, elle décida néanmoins d’avancer. Elle se sentait mal à cet endroit. Du temps qu’il réfléchissait à l’éventuel morceau de chemin qu’ils allaient encore faire ensemble, elle décida de s’éloigner, tout en sachant bien que Solan mettrait un terme à son illusion.

Je vous laisse réfléchir un moment à ma proposition. J’ai besoin de marcher un peu. Je reviens dans une seconde…
Elle lâcha la main de l’Illusionniste en le cherchant des yeux. Elle ne discerna que sa silhouette, l’ombre d’une cape. Alors elle s’éloigna à petits pas.
Elle n’alla pas loin, juste quelques mètres. Un mur entre eux, et encore, ce n’était l’histoire que de quelques pierres. Cependant cela apporta à Catherine l’isolement dont elle avait besoin. En état de choc, elle s’appuya contre le mur et inspira, ferma les yeux. Elle tenta de se remémorer comment tout cela avait pu se produire, sans trouver d’explication. Mais qu’allait-elle faire à présent ? Qu’allait-elle faire ? Elle se sentait prise au piège. Pas de voie de secours, simplement ce qui attend inéluctablement au bout du chemin. Et Solan qui avait été là à ce moment précis… Un hasard ? Jamais. Le hasard n’existait pas, il n’y avait que le destin. Elle devrait en parler avec lui une fois qu’ils se trouveraient au calme. Elle n’arrivait cependant pas à se résoudre à rejoindre l’Illusionniste. Elle était prise au piège.

La guêpe vit l’enfant de la malédiction faire quelque mètre vers une autre rue. L’endroit était quasi désert. Une dernière menace… C’était le moment. Devenant corbeau, elle s’élança vers la ruelle, ne se préoccupant en rien de traverser la place. Elle se posa face à Catherine. Elle remarqua qu’elle l’avait vu, car le mouvement était beaucoup plus facilement perceptible qu’une chose immobile… Alors elle prit une nouvelle forme, celle de Catherine.

La Conteuse avait eu un mauvais pressentiment, mais voir, réellement, la silhouette de l’oiseau prendre une forme humaine lui glaça le sang. Dans la seconde, elle sut qu’elle n’aurait pas dû être ici. Elle se mit à crier, pur réflexe. Celle qu’elle ne pouvait même pas discerner comme son double, mis à part du point de vue vestimentaire, l’attaqua, tirant un couteau de sa ceinture. Catherine sortit son épée. Elle détecta son ennemi au son, et para le coup qui arrivait vers sa taille. Mais la Mage ne s’était pas attendue à ce que celle qui lui faisait face réplique si vite. Catherine dévia l’arme de son adversaire, et son épée remonta dans une trajectoire qui aurait été parfaitement contrôlée si elle n’avait pas été malvoyante. Au lieu de tuer celle qui avait causé son malheur, la lame de la Conteuse ne fit que tracer une marque sur sa joue.
La Mage recula, peut-être surprise, peut-être choquée d’être passée si près de la mort. Il y eut un moment de flottement où les deux femmes se dévisagèrent, la Conteuse sans s’en rendre compte. Dans le regard de l’assassin, un éclair de terreur qui laissa place à la haine. Dans les yeux vides de la Conteuse, une détermination que nulle cécité n’aurait su effacer, la profondeur d’un regard bleu. La Mage, fit un pas en arrière, un deuxième, rangea son arme. Puis la forme humaine redevint silhouette volatile, et la vieille femme s’envola vers un ailleurs inconnu.
Comme si tout venait brusquement de s’écrouler autour d’elle, éclatant toute les barrières qu’elle avait construites pour son bien-être, Catherine se laissa tomber à terre, dos au mur, et se mit à pleurer.

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Mer 5 Juin - 9:01           
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Un place, au cœur de celle ci, une fontaine. partout autour, des rues se dispersaient. Catherine s'était dirigée vers la fontaine. L'illusionniste fit un tour sur lui même, rien ne semblait suspect, cette fuite, à première vue semblait être un succès. Il respira un grand coup puis regarda Catherine.

-Attendez. J’hésite sur la conduite à tenir, mais je pense que nous sommes hors de danger, sinon ce qui me poursuit serait déjà à nos trousses. Peut-être finalement que votre fiole l’a découragé. Cela parait un peu fantaisiste, mais je ne vois pas d’autre explication au fait que rien ne nous suive… Aussi je vous propose de faire le point. J’ai besoin de m’arrêter un moment ou je vais perdre pied, c’est… trop à la fois. Et… j’ai de toute façon des questions à vous poser. Accepteriez-vous de faire une étape en taverne ? Au milieu de la population je serai moins inquiète que si nous nous arrêtions ici ou dans une simple ruelle.

Sølan esquissa un sourire, faire le point, il en avait tellement besoin. Se poser et éclaircir la situation. Lorsqu'elle alla marcher un peu, il ne dit rien, la regarda s'éloigner. Il s'était assis sur le rebord de la fontaine, mains jointes, coudes sur les genoux. La conteuse finit alors par disparaître au coin d'une rue. Il était prêt à lui dire de ne pas trop s'éloigner, mais elle était adulte. Il était plongé dans ses pensées lorsque, au coin de son oreille, une voix masculine, à la fois jeune et rugueuse, un tantinet malicieuse le fit sursauter :

- Elle est étonnante hein ?

L'illusionniste se retourna, il fut bien peu surpris du visage de son interlocuteur.

- Sindbad, tu te décides enfin à me parler ?

Le subconscient de Sølan eut un léger ricanement certes un peu insolent mais amical. Faisant quelques pas vers la direction qu'avait prise Catherine, les mains dans les poches il répondit :

- Oh, mais je te parle plus souvent que tu ne le crois, mais c'est toi qui refuses de répondre. Tu sais, je ne suis pas ton ennemi, je ne te mènerai pas à ta perte, je la rendrai simplement plus douce. Catherine est une femme puissante, un esprit insaisissable. Elle est une chance pour toi, sa lumière t'éloigne des tourments dont tu m'accuses à tort, dont tu es le seul et l'unique auteur. Dis moi, pourquoi tout cela ? J'entends par là, quel est le sens du destin que tu te forges à cet instant, que fais tu ici ?

- Ce que je fais ici ? Tu dois le savoir mieux que moi, après tout, c'est de toi que mes actes découlent, c'est donc à moi de poser des questions.

- C'est une réponse bien juste il faut l'admettre. Je cherchais simplement à te faire réfléchir par toi même... pour une fois. Alors, puisque tu y tiens, quelles sont ces questions ?

Le maître illusionniste eut alors un moment de silence, quelles questions avait-il à poser ? Il en avait tant, pourtant, il n'arrivait à en saisir aucune. Sindbad reprit alors la parole :

- Tu n'es même plus capable d'ordonner tes pensées. Heureusement, je suis là pour le faire à ta place. Première réponse : Je suis une illusion, c'est toi qui me crées tel que tout le monde me voit, mais je n'en suis pas moins réel. Je suis et j'existe, je vis au plus profond de toi, je suis ton esprit et ton cœur, tu essaies de te débarrasser de moi, je t'en empêcherais car sans moi tu n'es plus qu'un cerveau sans esprit. Je suis ici pour t'aider, je ne suis pas la cause de la dérive de ton pouvoir, j'en suis le remède. Quoi qu'il en soit, j'aurai bien continué cette enrichissante discussion avec toi mon cher Sølan mais ne crois tu pas que Catherine est restée suffisamment seule ?

Sindbad esquissa un clin d’œil. Sølan ne répondit pas, il comprit, il partit en courant sur les pas de Catherine, laissant l'illusion s'éteindre derrière lui, il n'avait pas entendu le cri de la conteuse, peut-être Sindbad n'avait-il pas voulu qu'il l'entende à temps... Lorsqu'il trouva Catherine, elle était accroupie au sol, en larmes. Le cœur de l'alchimiste se serra, qu'avait-il fait ? Il aurait du rester près d'elle, ou au moins assurer ses arrières. Il vit quelques perles de sang sur le fil de la lame de Catherine. Comment était-ce possible ? Elle avait été capable de se battre, et même de repousser son agresseur. Il se mit à genoux près de la conteuse. Était-ce cela l'épreuve du conquérant dont avait parlé Sagitarii, Catherine, ce destin impitoyable ? La sphinx avait-elle insinué que Sølan arrivait à la fin de sa quête ? Il posa la main sur l'épaule de Catherine, il murmura :

- Milles excuses, j'aurai du me tenir prêt... prêt à intervenir.

Sagitarii se trompait. L'illusionniste ne savait pas quoi dire restant immobile à genoux, cette image de cette femme si forte, conquérante, accroupie, en larmes. La gorge de l'illusionniste s'enroua. Le monde était impitoyable, pourquoi le destin se montrait-il si fourbe ? Sindbad murmura, au travers des lèvres de l'illusionniste :

- Catherine, personne ne pourra nouer une corde à votre cou. Personne ne pourra taire les histoires que vous faites naître dans les esprits de ceux qui daignent les écouter. Vous êtes bien plus forte que vous ne semblez vouloir l'admettre.

C'était la première fois que Sindbad prenait directement la parole au travers de Sølan. Ce dernier ferma les yeux, respira profondément. Il ne savait plus comment aider Catherine, il se releva en prenant appui sur le mur humide. Solan chercha Sindbad des yeux, il était parti. L'illusionniste aurait tant aimé lui parler pus longtemps. Il aida finalement Catherine à se lever, ramassa son épée tachée de sang. A ce moment, il marqua un temps d'arrêt, du sang, cela faisait plusieurs jours que sa flasque de substitut était vide, du sang, plus de deux siècles qu'il n'y avait pas goutté. Il se ressaisit, un souvenir brûlant, douloureux refit surface, non, c'était inhumain, or il était un humain ! Il détourna le regard de la lame et l'essuya du revers de sa manche. Il rendit finalement à la conteuse en murmurant :

- Vous semblez être plus habile au combat direct que moi.

Il esquissa un sourire, fit lentement quelques pas vers la place, regarda dans la direction du soleil, dans le ciel, quelques oiseaux voletaient ça et là. La main dans sa poche, manipulant nerveusement une fiole vide, il reprit, d'un ton qui se voulait amical et réconfortant :

- Je crois, en effet, qu'il est plus que temps de s'arrêter dans une taverne, histoire de pouvoir faire le point sur les événements, la situation.

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Jeu 6 Juin - 9:26           
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Le mur se liquéfia et un flot grisâtre arriva jusqu’à ses pied. L’eau, tâchée de noire, pleuvait du ciel et des façades. Le chaos se trouvait néanmoins à l’intérieur de son être. Si formes il y avait eut, elles étaient emportées par un tumulte ravageur. La fontaine de la place déborda, envahit les rues. Près du lilas, l’espace avait pris la couleur violette qui avait déteint aux alentours. Dans ses yeux, plus rien n’allait plus.
Qu’existait-il pour tout à coup redresser tout un monde ? Elle se noyait dans un océan salé dont elle ignorait le nom. A peine décidait-elle de respirer qu’elle se sentait submergée par un flot de désespoir qui la paralysait toute entière. Alors un nouveau sanglot, alors une nouvelle partie d’elle qui s’évaporait. Ses souvenirs se mêlèrent à la vie réelle, et il lui sembla entendre une voix depuis longtemps disparue qui tentait de l’aider à se reprendre dans sa tête. Cela faisait longtemps que Catherine ne s’était pas laissée aller ainsi. Pour son bien-être, elle se devait de se contrôler. Sauf qu’une fois le contrôle perdu, il était difficile de reprendre les commandes.
Elle sentit alors une présence et enfouit sa tête dans ses genoux. Elle ne pouvait se montrer si fragile aux yeux du monde. Son ennemi reviendrait, profiterait d’un rien. Alors il ne ferait qu’une bouchée d’elle, et mettrait un terme à cette satanée légende. Elle perçut alors la voix de Solan, l’entendit s’excuser. Ses pleurs redoublèrent, et c’est un visage sillonné de larmes qu’elle leva vers l’Alchimiste.

Ne vous en veillez pas… C’est de ma faute, tout est de ma faute…
Elle nota qu’il tentait de la réconforter, qu’il avait sa main sur son épaule. Autant de gestes qui la touchèrent, et qui firent qu’elle s’en voulait un peu plus à chaque seconde. Si seulement les gens qui l’entouraient pouvaient arrêter de s’en faire, comme si elle ne causait pas assez de problèmes... Au fil des paroles de Solan, elle se calma, peut-être à cause de ses mots, peut-être parce qu’elle n’avait plus de larmes pour pleurer.
J’aimerais être aussi forte que vous semblez le penser. Je ne voudrais pas que vous vous fassiez de fausses idées.
Les gouttes d’eau salée se firent rares sur la peau de la Conteuse. Elle ne se rendit pas bien compte des événements qui avaient suivis. Comment elle s’était retrouvée debout, sa lame qui avait disparu, Solan qui lui parlait. L’océan avait tout emporté de cette ruelle.
Par chance je n’ai pas encore eu à vous voir vous battre. J’ai eu un bon professeur pour ma part.
Elle avait de nouveau son épée en main, qu’elle rangea à sa ceinture. L’Illusionniste était face à elle, elle le discernait au milieu d’une sorte de nuage humide, mais comme il se trouvait près, ses traits lui étaient presque entièrement visibles. Elle devina notamment son sourire, à moins qu’elle ne l’imagina, et sourit à son tour. Mais Solan s’éloignait déjà un peu plus loin. Se retrouver de nouveau loin de lui en vint à lui rappeler le moment qu’elle venait de vivre, et sa gorge se serra en un sanglot qu’elle retint. Pendant qu’il lui parlait, elle tira de sa poche un mouchoir immaculé avec lequel elle sécha son visage. Reprenant peu à peu contenance, elle se sentait déjà plus en paix avec elle-même, et quelque part soulagée d’avoir versé ces larmes. Elle suivit l’Illusionniste qui avait adhéré à son idée de rejoindre une taverne.
Je connais dans ce cas un endroit où nous seront au calme. Suivez-moi…
Comme elle avait retrouvé tous ses moyens et qu’elle savait exactement où ils se trouvaient, elle pourrait les conduire à l’endroit indiqué. Elle passa avec détermination devant le semi, et comme elle allait continuer son chemin, lui accorda un sourire pour lui montrer sa gratitude envers lui. Ils ne marchèrent pas longtemps. Au fur et à mesure qu’ils avançaient, sa vue redevenait « normale » et son esprit s’éclaircissait, c’est comme si l’incident de la matinée disparaissait petit à petit de ses pensées. Restait simplement quelques traces des larmes qui avaient coulé.

Ils ne mirent pas longtemps à arriver dans « L’Antre du Passeur ». C’était l’une des plus vieilles tavernes d’Equalza. On racontait qu’elle avait été construite lors d’une bataille qui opposa Jasdéràn et Equalza, il y a fort longtemps. Les Mercenaires ayant atteint la capitale, on avait divisé la ville en deux, et sur la ligne de séparation s’était trouvée la taverne. Faisant communiquer deux rues parallèles, elle avait servi aux passages des habitants de la capitale entre les deux nouvelles parties de la ville, et avait participé au succès de la reconquête de la ville. Catherine avait découvert l’endroit quelques temps après son installation. Le tenancier était un homme agréable, et la serveuse était sa voisine, ainsi c’était toujours avec plaisir qu’elle venait prendre un peu de repos en ce lieu. Le seul inconvénient était qu’on pouvait croiser ici le tout Equalza et qu’elle avait appris à connaître les habitués. Avec lesquels elle pouvait s’entendre, ou pas.
Dès que les clients attablés en terrasse la virent arriver, ils vinrent la saluer, chope de bière à la main, et s’empressèrent de lui ouvrir la porte. Ils pénétrèrent donc à l’intérieur. La taverne avait une ambiance claire dont la serveuse pouvait être la cause. Elle avait tenu à ce que les vieux murs décrépis d’Alfred, le tenancier, soient remplacés par des tentures plus colorés. « C’est », avait-elle dit, « pour attirer la clientèle. » Et en effet, peut-être grâce au nouveau décor, ou éventuellement à cause de la nouvelle serveuse rousse à la toilette toujours impeccable, la clientèle avait brusquement augmenté.
Dès qu’ils furent à l’intérieur, la serveuse, qui s’occupait de deux hommes au bar pendant que le patron préparait une commande, les aperçut. Elle s’empressa alors de faire sortir ceux avec qui elle discutait, à grand renfort d’insultes exotiques. En passant près des deux nouveaux venus, les deux hommes s’arrêtèrent un ainsi, dévisageant Catherine.

B’jour Cath’ !, s’exclama le premier.
Catherine, corrigea-t-elle. Bonjour Mathieu.
Ca suffit vous deux ! J’ai dit dehors !, les congédia la serveuse. Allez oust ! Vous savez bien que quand elle arrive, vous, c’est dehors !
Elle acheva de les pousser à l’extérieur. La Conteuse avait à présent repris contenance, elle remercia sa voisine et amie qui connaissait bien son avis sur certains de ces clients.
C’est toi ma priorité tu sais bien. C’est deux crétins peuvent bien trouver une autre taverne. Je vous trouve une table ? Là-bas ce sera parfait, suivez-moi.
La serveuse désigna la table à Solan pendant qu’elle s’attelait à diriger Catherine entre les tables. Elles en profitèrent pour bavarder un brin.
Alors cet homme ?
Elle lui fit un clin d’œil en désignant Solan.
Sam’ que tu es bête…, souffla la Conteuse, néanmoins avec le sourire. Je lui doit beaucoup, et je l’ai rencontré il y a peine une heure, tout au plus.
Cathy, je sais que tu as des problèmes … Alors attention hein…
Je sais, merci.
Elles finirent par atteindre la table, et Catherine s’installa en face de l’Illusionniste. Elle demanda à son amie de les laisser décider ce qu’ils prendraient à boire et elle retourna derrière le bar. Lorsqu’ils se retrouvèrent de nouveau seuls, la Conteuse s’éclaircit la gorge.
Ce n’est pas un endroit très chic, introduisit-elle, mais on s’y sent bien. Et j’ai appris à connaître ces gens-là. Nous serons au calme pour une discussion, et j’ai grand besoin de vous parler.
Elle s’installa plus confortablement.
Vous m’avez réellement été d’un grand secours, et vos mots m’ont beaucoup touché, je vous en remercie. C’est pour cela que j’aimerais en savoir plus sur vous, sans indiscrétion aucune, et sans jugement. Que faîtes-vous de votre vie ? Où allez-vous ? Mais surtout… j’ai noté chez vous… une légère inquiétude. Je sens que quelque-chose ne va pas. J’ai l’habitude de Conter des histoires, mais pour cela il faut d’abord les entendre. Accepteriez-vous de m’énoncer la votre ?

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Dim 15 Sep - 23:07           
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Solan ne fut pas surpris de voir Catherine reprendre ses esprits, la tête droite et le regard de celle qui sait se relever. La conteuse le dépassa, honorant l'illusionniste d'un sourire de gratitude auquel il s'empressa de répondre par un même sourire reconnaissant. Elle lui proposa de la suivre, il s’exécuta en silence, plongé dans ses pensées. Il marchait environ un mètre derrière elle. Sa main droite, glissée dans sa poche, jouait nerveusement avec une petite fiole vide. Ils finirent par arriver là où la Catherine les menait : L'antre du passeur. C'était une taverne désuète, malgré sa réputation plutôt fameuse elle était simple et sans fioritures. Catherine semblait être bien connue, on la salua, lui ouvrit la porte puis une serveuse les accueillit. Cette dernière semblait bien connaître la conteuse. A l'ouïe de la discussion, Solan déduit que la serveuse se faisait surnommer Sam'. Elle les mena à une table tranquille où ils s'assirent. Lorsque Catherine congédia amicalement la dénommée Sam', l'illusionniste jeta un regard aux alentours.

«Ce n’est pas un endroit très chic, introduisit-elle, mais on s’y sent bien. Et j’ai appris à connaître ces gens-là. Nous serons au calme pour une discussion, et j’ai grand besoin de vous parler.»

L’illusionniste eut un grand sourire, les yeux brillants.

«Ah mademoiselle, les endroits chics n'ont pas cette vie et cette âme qu'ont les lieux authentiques. Cette taverne est superbe.»

Ils s'installèrent. Solan retira sa cape, dévoilant une veste blanche soignée avec des ornements rouge sang au col et aux manches. Il sortit alors une longue et fine pipe au bout étroit et discret. Il l'alluma et en prit une bouffée. La fumée était très discrète, légère, voluptueuse et étant plus dense que l'air, retombait lentement. Dans cette étrange fumée qui dansait au sol en se dissipant rapidement on semblait apercevoir des formes, des visages, des silhouettes dansantes, images éphémères nées de l'imagination de chacun. Ce n'était point du tabac, en fait, il était dur de dire ce que l'illusionniste fumait. L'odeur que générait cette fumée mysterieuse était aussi étrange que douce, comme un souffle mêlé de roses et d'épines. Aucun effet n'était réellement prouvé mais cependant la mixture que fumait notre cher illusionniste semblait être une substance étrange. On pourrait aisément croire qu'elle agissait tel un catalyseur d'imagination, une espèce de psychotrope extrêmement léger qui se contentait de sublimer légèrement et étrangement les capacités imaginatives des sujets, en doses considérablement plus élevées ce pouvait être un hallucinogène. Solan en fumait régulièrement, et notamment lorsqu'il faisait des démonstrations de ses pouvoirs car cela lui permettait d'être dans les meilleures conditions, auprès de lui même comme auprès de son "public". Même si à ce moment il n’en avait pas particulièrement besoin, cela lui permettait de se consacrer pleinement à son récit. La fumée se dissipait rapidement, ainsi la taverne restait tout à fait respirable. Autour de lui, les clients se demandaient tous qui pouvait bien être cet individu digne d'un conte, personnage imaginaire, avec l'extravagance des artistes et l'élégance de la haute société. Tous regardaient Solan comme une illusion, un spectre, comme s'il n'était pas vraiment réel. Lorsque ce dernier les regardait à son tour, ils détournaient le regard, car il n'est jamais bon d'être mêlé à ces gens là. Ce qui est inconnu inspire invariablement la méfiance.

«Vous m’avez réellement été d’un grand secours, et vos mots m’ont beaucoup touché, je vous en remercie. C’est pour cela que j’aimerais en savoir plus sur vous, sans indiscrétion aucune, et sans jugement. Que faîtes-vous de votre vie ? Où allez-vous ? Mais surtout… j’ai noté chez vous… une légère inquiétude. Je sens que quelque-chose ne va pas. J’ai l’habitude de Conter des histoires, mais pour cela il faut d’abord les entendre. Accepteriez-vous de m’énoncer la votre ?»


«Mon histoire, si histoire j'ai, je vous l'énoncerai. Peut-être certains détails devront-ils rester miens, mais vous m'avez donné plus que vous ne le pensez, je vous dois bien mon histoire.»

Et, comme entraîné par un instinct primal, les mains jointes posées sur la tables et les yeux fixant le visage de la conteuse.

 «Je suis Solan Lotheim, enfin c'est ainsi que je me connais. Car Solan n'est que mon deuxième prénom, le premier, je ne le connais pas, mais chaque chose en son temps. Je suis né heureux, issu d'une union plus qu’improbable. Ma mère était une femme magnifique, telle une de ces déesses qui peuplent les cieux et les astres, elle était malgré tout une humaine. Mon père, lui, était un homme humble, solennel. Et, à son plus grand désarroi, il était un vampire. Mais le destin décida que tout était possible cra, ma mère était immunisée, son sang était buvable mais elle était insensible aux morsures de vampires. Ils découvrirent ce miracle lorsque mon père, impuissant face à ses pulsions finit par mordre ma mère et que celle ci demeura vivante et humaine. Vous l'aurez compris, ils vécurent heureux et eurent un enfant. Leurs prières furent exaucées car à la naissance on ne trouva aucun signe disant que j'étais un vampire, ni dents bestiales ni peau pâle. Mon enfance fut donc heureuse, ma vie débuta de façon rayonnante. Mais, car il y a toujours un "mais",  à l'âge de treize ans je dus faire face à quelque chose d'inconnu, de nouveau. Je ressentis mes premières pulsions, cette soif, cette faim, ce besoin : Le sang. C’était pourtant impossible, je n'avais pourtant rien d'un vampire ! Je combattis secrètement cet appel viscéral. Mais le combat était perdu d'avance, une nuit je succombai, guidé par un instinct aveugle. Mais il est techniquement plus dur pour un humain de boire le sang d'une victime, la scène fut donc horrible.»

L'illusionniste marqua une pause, les yeux évitant le regard de Catherine. Il soupira, ferma un instant les yeux pour tenter de contenir les larmes. Après un soupir, il reprit :

«C'est à ce moment qu'est arrivée ma mère... J'ai senti son regard me perforer de part en part, quelle était cette expression sur son visage figé ? De la peur, de la déception ? Peut-être simplement de l'amour ? Elle mourut à cet instant, poignardée par un assassin. Les raison de son assassinat ? Je ne les connut que bien plus tard. Après ces évènement, je n'osai pas rentrer chez moi, submergé par le mélange cruel de la honte et de la douleur. Incapable d'assumer le regard de mon père j'ai finalement fui, me réfugiant dans l'académie de magie. Un homme décida alors de me recueillir, il était professeur. Adaön, c'était ainsi qu'il se faisait appeler, était maître alchimiste et maître illusionniste, il m'enseigna tout son savoir. N’ayant que cela dans ma vie, je me révélait talentueux, notamment en illusionnisme. Je fus d’abord élève puis apprenti, acolyte ensuite pour devenir maître plus tard. Je fus à ces côtés pendant une trentaine d'années, jusqu'à sa mort. C’était le temps qu’il m’avait fallu pour atteindre son niveau et une fois sa mission accomplie, il avait pu quitter notre monde. Durant toutes ces années, je n'avais bu que du sang provenant du marché noir, ainsi le sale boulot était fait à m a place par des criminels ou d’autres vampires, cela me permettait de me sentir plus humain et moins coupable.»

«Mais, mes «études» étant achevées, désoeuvré,  j'entrepris finalement de développer un élixir qui me servirait de substitut au sang. Après des années de travail je finis par y réussir. C’est à ce moment que commence la partie de ma vie la plus sombre. Ayant hérité de la longévité des vampires, je peux vivre quelques siècles, or, 100 ans plus tard je me réveillai, sans aucun souvenir de ce que j'avais vécu pendant ce siècle. Ce n'est que plus tard que des bribes de souvenirs me revinrent et je pus reconstituer une partie de ma mémoire. C’est souvent sous forme de rêves que je retrouvais des souvenirs, des sensations, je découvris certains actes qui ne pouvaient être miens, pourtant ils l'étaient, j'avais commis des actes indignes d'un illusionniste, indignes d'un alchimiste ou d'un homme de sciences. Parmi eux, une vengeance, trop tardive pour être honorable. Aujourd’hui, ma théorie est que le substitut altérait la conscience et influait sombrement sur la capacité de prise de décision et le comportement. Pendant cette période, j'avais fortement développé mes talents, souvent par des moyens malsains. Bien que ce passage de ma vie soit une plaie infectée refusant de cicatriser, ces 100 ans m'ont beaucoup apporté, sagesse et savoir découlent parfois de pratiques et d'actions mauvaises. C'est après avoir réussi à modifier l'élixir que je revins à moi. Les années passèrent ensuite. Je vivais tel un maître illusionniste et alchimiste : Je cherchais toujours plus de connaissances, d’expérience.»

«C’est quelques décennies plus tard j'ai fait une rencontre unique et magnifique : Je me liai d'amitié avec une sphinx qui devint mon compagnon de voyage. Elle s'appelait Sagitarii. Les sphinx sont des êtres extrêmement sages et méconnus et je suis l'une des rares personnes a bien les connaître et à pouvoir leur parler dans leur langue naturelle. J'explorai donc les terres suspendues pendant un ou deux lustres aux côtés de Sagitarii puis j’ai par la suite trouvé un apprenti dénommé Hindel. Nous étions les 3 disciples. Nous voyageâmes sans cesse, découvrant, moi reléguant mon savoir, Hindel enrichissant ses connaissances. Ma vie était telle que je l’aimais, une vie de découverte, de recherche, de science et d'art. C'était une vie comme je pouvais en rêver, malgré les obstacles et les épreuves de mon passé, le futur semblait vouloir enfin me gratifier d’un bonheur salvateur.»

Sølan s’arrêta, éteignit sa fine pipe et la rangea, les vapeurs presque invisibles continuant de glisser doucement aux alentours. Il mit un temps avant de reprendre son monologue, si seulement c’était là que l’histoire s’arrêtait... Il reprit la parole.

Vous vous demandez surement de quoi je vis ? Je vends certaines de mes potions, élixirs variés et produits d'alchimie. Quelque fois, des personnes de la haute société ont vent de ma réputation et me convient à des réceptions et des soirées privées où ils me payent des sommes importantes pour emmener les rares invités au nirvana, les plonger dans des états de rêve, les immergeant dans des illusions diverses ou en leur faisant boire des potions aux propriétés psychotropes et hallucinogènes. Cela m'offre un bref aperçu des coutumes de la société mondaine qui, il faut l'avouer, sont assez troublants. Mais cela me permet de vivre et de perfectionner mes capacités en toute tranquillité. De plus j’ai ainsi des connaissances et des relations haut placées.

Solan fit l’impasse sur ses inquiétudes, sur la suite de son histoire. Catherine allait surement remarquer qu’il n’avait pas réellement achevé son histoire, mais il décida qu’il avait suffisamment monopolisé la discussion. Il sentait qu’il avait besoin d’en parler mais il en avait également peur, comme cela allait le faire passer pour un fou. Peut-être l’était-il, mais il ne devait pas le laisser paraître. Il réalisa alors qu’il n’avait pas dit son age. Il dit avec un léger rire :

«Je n’ai pas mentionné mon age... J’ai environ trois siècles. En général les gens sont étonnés et me répondent que j’ai l’aire de n’en avoir que deux.»

L’illusionniste eut un sourire puis ajouta :

«Je suis désolé, je vous ai obligée à patienter tout ce long récit sans vous offrir à boire, étourdi que je suis !»

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Sam 21 Sep - 19:05           
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L’Illusionniste approuva son choix concernant la taverne. Au moins avaient-ils les mêmes opinions. Elle le laissa s’installer avant qu’il ne réponde à sa question. Comme toutes les fois où elle demandait un récit, elle savait à quel point il était long et compliqué de le formuler. Elle-même étant Conteuse. Il ne s’agissait pas seulement de souvenirs. Il y avait les mots tout d’abord, leur choix et leur signification. Qu’est-ce qui poussait notre esprit à en choisir un plutôt qu’un autre ? Il y avait également la forme, tantôt élégante, tantôt plus sobre. Elle était si spécifique de l’orateur, et du type de discours qu’il avait à formuler, que Catherine doutait qu’on puisse un jour compter de combien de façon on pouvait le raconter. Et surtout, l’émotion. Celle qu’elle sentait vibrer dans les paroles de Solan, mieux que si elle avait pu les lire sur son visage. C’était l’émotion qui faisait le texte, et de laquelle découlaient les deux principes précédemment énoncés.
Alors qu’elle réfléchissait à ce propos, perdue dans les méandres de son esprit mis à vif par les événements de la journée, elle surprit une odeur étrange et agréable à la fois. Comme qui dirait suspecte. Elle avait ce goût acre de la fumée, et se parfum si voluptueux… Elle n’aurait su dire d’où cela pouvait provenir. Puis elle laissa son regard dériver sur son voisin, et elle comprit. Malgré les défauts de son regard, elle discerna la pipe. Elle se surprit à observer l’Alchimiste. Ce qu’elle distinguait de lui ne devait pas représenter grand-chose pour quelconque voyant qui lui aurait volé ses yeux. Mais elle regardait aujourd’hui d’un regard neuf. Solan, par ses illusions, lui avait permis de redécouvrir une vision depuis si longtemps égarée. Ses sens s’en trouvaient subjugués, et son imagination tournait à plein régime pour tenter de compenser ce manque qui avait cessé d’être une fatalité.
Elle avait vu l’Illusionniste à travers les images qu’il lui avait envoyées. Elle avait lu son visage de ses mains. Elle tentait de le recomposer à travers les tâches, comme un nuage de fumée qui soudain prenait vie, devenant dans son esprit comme une évidence, et s’effaçait, lui échappait inexorablement, dès qu’elle touchait au but. Son imagination prenait le relais. Rajoutait des traits là où il n’y en avait pas, des expressions infimes qu’elle devinait plus qu’elle ne connaissait. Elle le voyait une seconde d’une façon et la seconde d’après d’une autre. C’était un puzzle dans lequel elle devait retrouver les bonnes pièces pour terminer.
Il entama son récit alors qu’elle était toujours fixée sur lui, pour impoli que cela puisse paraître de dévisager quelqu’un. Elle, ne pouvait que faire des suggestions, elle ne « dévisageait pas vraiment ». Et puis son regard était bien trop aléatoire sans doute pour que cela puisse paraître intentionnel. Les mots de l’Illusionniste captèrent son attention dès qu’elle sentit cette sensation à présent familière qui en émanait. Dans le trouble de sa vue, le tumulte de son esprit, le brouhaha à peine étouffé des conversations, et la fumée qui formait un halo blanchâtre au sol, tel un lit de nuage, perception fugace qui se mélangea au flou et à la cendre de ses yeux, elle voyait défiler des émotions imaginaires sur un visage connu et imperceptible. Fascinant.
Son histoire devint sienne dans la minute, comme elle se les appropriait parfois. Elle sentit comme si elle les vivait les sentiments qu’aurait pu éprouver son interlocuteur. C’en était troublant. D’autant plus qu’elle ne pouvait avérer si ce qu’elle ressentait était réel ou non. Elle ne voyait pas. Et peut-être les dons de son voisin lui jouaient-ils encore des tours. Personne n’était en mesure d’avérer les deux hypothèses à la fois. Elle se laissa donc submerger, comme elle l’aimait, par les mots d’une vie anonyme.
Elle perçut la lutte de cet homme contre sa propre nature, retraça son parcours dans les longues études qui furent siennes, se laissa troubler par sa perte de mémoire, suivit le fil de ses voyages et de ses compagnies. Son métier l’intrigua mais elle se tut. Elle venait de découvrir une facette de la haute société qu’elle ignorait jusqu’alors, pour ne l’avoir jamais fréquentée. Mais ce qui la surprit le plus, ce ne fut, ni le fait qu’il soit à demi vampire, ni le talent qu’il semblait détenir aussi bien pour l’Alchimie que pour l’Illusion. Aussi bête que cela puisse paraître, elle n’en était pas moins (à demie) humaine, ce fut son âge qui manqua la faire sursauter. Solan, en énonçant « trois siècles » aurait tout aussi bien pu s’en inventer mille. L’effet était le même sur la Conteuse. Un instant, sa vision de lui fut remplacée par celle de ce qui devait être sa représentation d’un triple centenaire. Son esprit fit un crochet par son propre sang mêlé à celui des fées, et se demanda à quoi elle ressemblerait, elle, dans trois siècles. Et si elle ne demandait pas ses ailes, en serait-il de même ?
Et elle réalisa à quel point l’apparence de l’Illusionniste, n’était justement qu’Illusion. Non pas qu’il la créa lui-même. Mais elle le couvrait mieux que n’importe laquelle de ses inventions. Ses airs jeunes, élégants, n’étaient qu’un mur contre lequel se brisait l’attention. La vraie perception qu’il fallait en avoir, c’était celle de pertes douloureuses, c’était la compréhension de ses manières raffinées qui étaient loin d’avoir la futilité de la société qui avait coutume de les employer.
Quand ses paroles cessèrent, elle se perdit dans le silence. Son esprit susurra : encore ? Mais rien ne vint. Elle était hébétée par les mots, par la marge entre ce qui était compréhensible, ce qu’elle avait compris, et ce qu’elle aurait dû comprendre. Les Illusions n’existaient que pour ceux qui les voyaient. Ainsi la perception qu’elle avait à ce moment de cet homme était peut-être unique et erronée, mais elle était sienne. Elle sortit lentement de sa contemplation attentive comme d’une transe. Son esprit peut-être trop éveillé par sa journée réfléchissait peut-être trop fort. Elle ne reprit véritablement conscience que lorsqu’il proposa de lui offrir à boire. Cela eut l’effet sur elle d’une décharge électrique.
Elle ne se souvenait pas qu’on le lui ait déjà proposé. Elle songeait à détourner la conversation, méditait des questions sur ce qu’elle venait d’entendre. Cependant, plus le temps passait, plus elle s’embrouillait, plus elle s’empourprait. Elle finit par se sentir tellement idiote de ne pas trouver de réponse à donner alors que les mots étaient passe-temps favori qu’elle lâcha la première qui lui passa par la tête quand sa bouche se décida à s’ouvrir.

Ne vous donnez pas cette peine. Je ne voudrais pas que vous vous en sentiez obligé. Nous sommes je crois assez loin des coutumes qui font le monde autour de nous.
Elle se repentit immédiatement de sa réponse. Et si cela équivalait à un refus ? Son offre était pourtant généreuse… Au fond, de toute façon, quoiqu’elle dise, elle savait qu’elle répondrait toujours à côté de ce qu’elle aurait dû dire.
Enfin, je vous remercie. Et votre récit ne m’a en rien « obligée à patienter ». Après tout c’est moi qui vous l’ai demandé.
Son regard fit un tour de la salle, comme si elle ne pouvait plus soutenir tout à coup les yeux de celui qu’un instant auparavant elle avait pris tant de soin à imaginer. Les sons de la salle l’envahirent, à la manière du récit qui à la seconde s’était tu. Elle distinguait les conversations plus ou moins animées, et les voix des habitués.
Il n’empêche que je dois reconnaître que, plus j’en apprends sur vous, plus vous m’intriguez. Je jugerais que le fait que nous nous soyons croisés ne soit en rien le fruit du hasard.
Le destin, de retour. Toujours aux petits soins pour elle. Dans le bon, comme le mauvais, ce n’était jamais à moitié. Et elle songea que, là encore, le destin avait réussi à l’étonner.
Vous m’avez là, je crois, presque tout dit de vous. Je dis presque bien sûr car il manque quelque-chose qui me paraît essentiel. Nous vivons de notre passé mais nous ne sommes rien sans avenir. Que comptez-vous faire à présent ? De quoi son faites vos aspirations ? Savez-vous ce qu’il vous reste à découvrir quelque part, après votre vie déjà bien menée ? Je veux dire… dans quelques instants, ou peut-être quelques heures suivant la longueur de ce que nous aurons à nous dire, nous franchirons tous deux la porte de cette taverne. Que ferez-vous ensuite ?
La Conteuse écarta de ses pensées les excuses qu’elle s’apprêtait à formuler à propos de son indiscrétion. Après tout, pouvait-on encore parler d’indiscrétion après l’intrusion qu’ils avaient fait chacun dans la vie de l’autre. Si elle ne connaissait pas vraiment Solan, et s’il en allait de même de son côté avec elle, ils connaissaient tout de même leurs vies respectives, si bien qu’ils auraient pu aisément la raconter à n’importe qui d’autre en sortant de la taverne.
Alors qu’elle songeait à cela, ses pensées firent une nouvelle embardée. Il y avait quelqu’un qui l’attendait dehors, quelque part. Quelqu’un qui l’avait vue avec cet homme. Ne lui avait-elle pas attiré des ennuis en l’ayant conduit en ce lieu ? Non, certainement qu’une fois qu’ils se sépareraient, celle qui la poursuivait verrait bien qu’elle n’avait aucune raison de s’en prendre à lui. Son cœur se serra toutefois à cette éventualité. Mettre les gens dans l’embarras était sans doute ce qu’elle détestait le plus.
Il fallait qu’elle change ses idées. L’Illusionniste repartirait certainement, le plus normalement du monde, dans un endroit qui devait être chez lui après cette entrevue. Elle se refusa à songer au fait qu’elle-même n’avait plus nulle part où aller, elle trouverait bien de toute manière, comme d’habitude. Il était peut-être temps pour elle de quitter la ville, c’était là l’occasion. Son esprit revint à Solan. Il avait mentionné un apprenti et une sphinx. Elle avait compris à travers son récit qu’ils ne se séparaient jamais. Du moins était-ce là simplement ce qu’elle avait compris.

Excusez-moi mais, où sont Hindel et Sagitarii ? Il m’avait semblé comprendre que vous ne vous quittiez jamais. Mais vous n’étiez pas avec eux quand je vous ai vu sur la place si ?
Avec toutes les questions qu’elle avait posées, la Conteuse était au moins certaine d’une chose. Elle avait forcément commis une gaffe quelque part. Elle n’eut pas le temps de s’en inquiéter cependant. Sam’ était déjà revenue, et s’était penchée vers eux, coudes sur la table.
Alors madame, monsieur, vous avez choisi ?

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Mer 27 Nov - 23:57           
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Solan prenait un air calme et assuré, comme à son habitude, cependant il sentait qu'en lui, tout son corps était tétanisé, d'angoisse probablement. Il attendait la réponse, la réaction de Catherine comme il aurait tremblé devant la sentence d'un quelconque dieu omniscient qui saurait qui il est, d'où il vient et le chemin qu'il a parcouru. On dit souvent qu'on ne voit pas avec les yeux mais avec le coeur, c'est faux, le coeur est aveugle, c'est l'esprit qui voit. Les yeux sont une barrière à la compréhension des autres, Catherine, elle, était capable de déjouer ce masque, de voir au delà du visible. C'était un don semblable à la sagesse des sphinx qu'il avait tant côtoyée, insensibles aux illusions, au delà des apparences.

Ne vous donnez pas cette peine. Je ne voudrais pas que vous vous en sentiez obligé. Nous sommes je crois assez loin des coutumes qui font le monde autour de nous.
Enfin, je vous remercie. Et votre récit ne m’a en rien « obligée à patienter ». Après tout c’est moi qui vous l’ai demandé.


Il n’empêche que je dois reconnaître que, plus j’en apprends sur vous, plus vous m’intriguez. Je jugerais que le fait que nous nous soyons croisés ne soit en rien le fruit du hasard.

Solan répondit par un large sourire, à cet instant, il aurait en effet juré que rien de ce qui n'était en train d'arriver n'était qu'une simple suite de coïncidences. Une rencontre d'apparence banale mais qui, pourtant, très rapidement s'était montrée déterminante et lourde en conséquences, bonnes ou mauvaises. Lorsqu'il entendit la réaction de Catherine, ce fut comme une inquiétude qui s'éteignait. De l'intrigue, et non de la crainte. Ce n'était certes pas quelque chose d'inhabituel mais venant de cette conteuse, si perspicace, qui maintenant connaissait le passé de l'illusionniste, c'était comme un soulagement, une main amicale sur l'épaule, une voix murmurant "Tu es quelqu’un d'intriguant. Tu n'es pas qu'un vieillard au passé trouble..." A cet instant, un vieil homme, portant une courte barbe blanche et des yeux gris brillants lui répondit en ricanant :

《"C'est ce qu'elle croit, en effet. Et toi, tu y crois ? Ne penses-tu pas lui mentir, et te mentir à toi même en occultant la suite de l'histoire, la suite de TON histoire ?"》

L'illusionniste fixa Sindbad avec dégout, mais ce qu'il oubliait c'était que ce vieil homme ne faisait qu'exprimer une pensée profonde, tout ce qu'il pouvait dire provenait du coeur de sa conscience et n'était le fruit que de pensées véritables, masquées inconsciemment par l'esprit de ce dernier.

Vous m’avez là, je crois, presque tout dit de vous. Je dis press faire,que bien sûr car il manque quelque-chose qui me paraît essentiel. Nous vivons de notre passé mais nous ne sommes rien sans avenir. Que comptez-vous faire à présent ? De quoi son faites vos aspirations ? Savez-vous ce qu’il vous reste à découvrir quelque part, après votre vie déjà bien menée ? Je veux dire… dans quelques instants, ou peut-être quelques heures suivant la longueur de ce que nous aurons à nous dire, nous franchirons tous deux la porte de cette taverne. Que ferez-vous ensuite ?


Sindbad se leva, passa à côté de Solan et lui donna une tape amicale sur l'épaule, les traits du visage du vieil homme semblaient particulièrement bienveillants mais les mots qui sortaient de cette bouche malicieuse étaient des harpons perforant la peau de Solan l'un après l'autre.

《"Et bien oui, c'est le destin. Chacun de vous va devoir retourner vivre sa légende personnelle, la sienne sera digne d'un véritable conte, mais la tienne Lotheim H. Solan ? Tu feras quoi ? Moi, je sais ce que tu vas faire : Tu vas te retourner, revenir vers le passé dans l'espoir vain de retrouver tout ce que tu as perdu... Et à force de tourner en rond, tu sombreras, ton histoire sera digne d'être racontée, l'escalade entraîne la chute et cette dernière est toujours magnifique."》

Excusez-moi mais, où sont Hindel et Sagitarii ? Il m’avait semblé comprendre que vous ne vous quittiez jamais. Mais vous n’étiez pas avec eux quand je vous ai vu sur la place si ?


A ce moment, la serveuse arriva et prit la commande. Solan demanda un verre d’absinthe, il sourit puis soudain, la question de Catherine atteignit son esprit. Il se figea. Son estomac se noua. Rien ne semblait l’empêcher de garder cela pour lui, c'est d'ailleurs ce qu'il aurait voulu faire. Pourtant, il avait la sensation que Catherine était dans sa tête comme l'était Sindbad, un être détaché du monde, différent des autres. Une personne plus compréhensive, plus fiable. Lorsqu'il se surprit à faire la comparaison entre un être réel et l'illusion de Sindbad, il serra les dents et ferma les yeux pendant un instant. Il les rouvrit finalement et tourna la tête vers Catherine, le regard de la conteuse était fascinant tant il semblait perspicace. Il baissa alors les yeux et commença à répondre comme s'il devait expier un pêché.

《-Hindel, mon apprenti, mon acolyte et avant tout mon ami, est mort.

Il avait dit cela calmement, avec un léger ton de tristesse mais sans plus d’émotions apparentes. Il se laissa alors porter par ses paroles.

《-Il a été tué dans les environs de Swold il y a peu. Cela a été l'élément initiateur de ma chute. Or, les sphinx sont des êtres extrêmement sages et rationnels, et, bien que Sagitarii et moi fussions très proches, lorsqu'elle a senti que les choses devenaient plus complexes, elle est partie. Ce qui me permettait d'être proche d'elle était ma rationalité, mon flegme, mais les sphinx sont bien supérieurs à nous et ils ne tolèrent ni ne connaissent la faiblesse de l'esprit, aucun humain, aucun être commun ne peut chercher à être comme eux, c'était pourtant ce que je faisais inconsciemment et c'était peine perdue... Elle est partie en me disant que toute quête débutait par la chance du débutant et s'achevait par l'épreuve du conquérant. Depuis, je sens que tout devient compliqué. Mon maître m'avait appris que les illusions risquaient de finir par avoir un impact sur moi. Je sens que la frontière entre réel et illusion s'estompe lentement, depuis bien des années mes illusions trompent les esprits en épargnant le mien, c'est en train de changer. Il m'arrive de me laisser duper par des créations de mon subconscient. J'ai peur qu'un jour je finisse par me perdre dans mes illusions, qu'il n'y ait plus de réel pour moi que mon imagination. Je sais plonger les autres dans des rêves que je crée sans qu'ils n'aient ne serait-ce qu'un doute de ce qui se passe réellement. Mon inconscient, un jour, me plongera moi même dans un monde irréel sans même que je m'en rende compte, je vivrai alors dans une fausse realité née de mon esprit, dans le monde réel je serai alors devenu fou... Lorsque cela arrivera,je ne le saurai pas, peut-être est-ce même déjà le cas... C'est un doute horrible.


Vous êtes vous déjà demandée si votre monde était réel ?
Peut être vous ais-je plongé dans une de mes illusions sans que vous le sachiez, tout ce que vous vivez actuellement pourrait être un tissu de mensonges.. vous vous demanderiez alors depuis quand cela dure-t-il... Peut-être depuis que nous sommes dans cette taverne, ou alors même peut-être depuis que vous avez conté votre histoire. Oui, c'est cela, peut-être suis-je resté parmi les passants sans jamais vous aborder, tout ce que vous auriez vécu depuis ne serait alors que le fruit de mon imagination suite à ce que vous avez conté de votre vie. Tout cela serait faux, je serais une illusion. Vous voyez à quel point c'est un sentiment terrible que de douter de ce qui nous semble réel. C'est ce même doute qui vit en moi comme une tumeur. Evidemment, je ne vous ai pas plongé dans une illusion, de plus avec certaines personnalités comme la votre, il es très difficile de camoufler le réel. Mais pendant un instant vous avez ressenti ce que je ressens. Peut-être suis-je dans un monde imaginaire, je serais alors un aliéné dans le monde réel, ou alors je suis bien dans le monde réel mais je passe également pour un fou.

Lorsqu'il acheva ces mots, il se sentit comme vidé. Il avait dit ce qu'il n'avait jamais dit. Cela fut d'abord un sentiment de soulagement extrême mais cela fut très vite suivi d'une honte tout aussi intense. Voilà c'était fait, il passait pour un fou bon à interner auprès de la dernière personne à le connaître. Il se sentit perdu, désemparé. Ses mains étaient tremblantes, il les cacha sous la table. Bien qu'il fut possible que rien de tout cela ne soit réel, c'était tout de même la seule réalité dont Solan était conscient et c'était très probablement la véritable réalité. Il ne pouvait donc se permettre d'être considéré comme un aliéné, il enchaîna donc :

《-Evidemment, cela n'est rien d'autre qu'un doute, une possibilité qui reste peu probable, je sais que ce que ce que nous vivons est bien réel, je fais abstraction de cette pensée et je vis la réalité qui m'est proposée comme si c'était la seule et véritable, ce qu'elle est surement.

Solan rougit. Il s'était rattrapé comme il avait pu pour éviter que Catherine ne s'imagine qu'elle était face à un vieillard ayant perdu la tête.

《-Je ne sais pas ce que je ferai en sortant d'ici, peut-être retournerais-je sur mes pas avec l'espoir fou que le destin me réserve quelque chose de nouveau. Ou peut-être continuerais-je à avancer au hasard, dans ce même espoir. Et vous, quels sont vos projets ? Vous devez surement avoir un ami chez qui vous rendre. N'y a-t-il personne pour vous aider à combattre la "malediction" ?

Solan appréhendait le moment oú cette folle histoire, cette folle rencontre ne serait qu'un souvenir.

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MessageSujet: Re: Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]   Lun 30 Déc - 16:25           
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Les yeux de la Conteuse cherchèrent de nouveau ceux de l’Illusionniste. Une phrase martelait son esprit : « Vous êtes-vous déjà demandée si votre monde était réel ? » Un grand vide s’était emparé d’elle,  comme si Solan lui avait pris quelque-chose. Oui mais quoi ?
*Ma rationnalité.*
La Conteuse tenta de percevoir le monde alentour, de le faire sien. Ses bruits, ses odeurs… sa vision. Sa vision, la clé ne se trouvait-elle pas là ? Comment aurait-elle pu vivre dans une illusion ? Personne ne voyait avec ses yeux. Personne ne pouvait prédire ce qu’elle voyait. Et quand bien même cela serait possible, une illusion ne serait jamais le reflet parfait de la réalité, puisqu’elle n’était justement qu’illusion. Les sourcils froncés, Catherine écouta l’Alchimiste, d’abord s’emmêlant, puis tentant de nouveau d’ordonner ses pensées. Sa dernière question finit de lui voler tout son bon sens. Non elle n’avait personne, mis à part les rares survivants de son ancien village, Adèle, les enfants de l’orphelinat. Personne…
Sans plus réfléchir, elle jeta ses mains par-dessus la table, et agrippa le bras de l’Illusionniste, se repérant avant tout à sa voix. Elle le tint ainsi un court instant, juste le temps d’attirer l’attention, et de prononcer quelques mots.

Vous ne me maintenez sous l’emprise d’aucune illusion Solan. Ou alors, ce n’est pas l’homme auquel je parle qui le fait. Parce que cet homme, ne me semble pas être du genre à plonger n’importe qui dans une illusion. Je ne peux le croire après ce que vous m’avez dit. De plus, comment sauriez-vous voir à travers mes yeux ? Comment y vois-je ? Dans quelles teintes ? A travers quel brouillard ? Vous ne pourriez pas reproduire cela.
Elle finit par le lâcher, son sujet à présent introduit. Elle se prépara à la suite, sachant déjà ce qu’elle avait à dire. Sam’ arriva sur ces entrefaites et servit l’absinthe à Solan. Catherine se replaça correctement dans sa chaise. Elle entendit son amie piétiner, se tourner vers elle, se pencher. Elle s’appuya de nouveau à la table pour lui demander.
Tu ne prends rien Cathy’ ?
Une chope de bière, s’il-te-plaît.
Sam’, bien que la Conteuse n’en vit rien, fit la moue.
[color=indianred]Ah !, lâcha-t-elle, et Catherine se tourna instinctivement vers la serveuse. Quoi ? Je prends la commande c’est tout !
Elle jeta un œil à Solan et s’en retourna. La Conteuse s’approcha alors de nouveau de la table, et soupira. Comme pour vérifier que personne ne leur prêtait attention, elle resta quelques secondes à écouter les bruits alentours, cette agitation tenace et aléatoire qui n’avait ni queue ni tête. Puis elle se redressa un peu et tâcha de ressembler de nouveau ses idées.
Solan, je pense que vous vous mésestimez. De quoi avez-vous peur ? De votre don ? Ou bien de vous ? Car… à ce qu’il me semble, certes ce n’est pas pour critiquer… enfin je n’y connais rien en illusion… Mais… voyez-vous, je pense qu’il y a toujours une faille, peu importe l’illusion. Si vous deviez être plongé dans l’une d’entre elle pour toujours – et il est vrai que toujours s’avérerait plus long pour vous que pour moi… – il y aurait quelque-chose, pour vous rappeler à la réalité. Je ne sais pas… par exemple tout-à-l’heure, alors que vous nous aviez plongé dans cette illusion pour que je vois la rue, il y avait bien cette éclipse solaire. Tout dans l’illusion… n’est après tout qu’illusion, cela ne saurait être parfait… Il doit bien y avoir… quelque-chose, un moyen d’en reconnaître une quand on y est confronté. Et vous devez être un maître Illusionniste, vous devez savoir, vous, toutes les subtilités de cet art.
La jeune femme s’accorda une vague pause, non pas qu’elle ne sut pas quoi ajouter, non. Mais comme l’Alchimiste l’avait voulu, elle s’était mise,  l’instant d’une minute, à sa place. Elle avait souvent eu l’occasion d’apprendre la vie des autres à travers ses histoires. Néanmoins jusque-là, son rôle s’était limité à celui d’une Conteuse. Ici, elle était entrée dans la vie de Solan, avait cherché directement à le comprendre, et finalement il lui avait donné les clés. Et elle doutait de pouvoir aider l’Illusionniste par ses paroles, tant ses problèmes s’avéraient compliqués. Elle doutait même d’être dans le vrai dans les conseils qu’elle lui avait donnés. Cela la rendait mal-à-l’aise, parce qu’elle avait perçu le désarroi de son interlocuteur.
J’espère sincèrement que vous trouverez comment solutionner vos problèmes. Après tout, je vous comprends, nous sommes dans le même cas vous et moi. Nous sommes rongés par notre passé. Une partie de notre vie cherche à nous rattraper et à nous nuire. Mais nous devons lutter contre cela. Ne me dîtes pas que vous comptez sombrer sans chercher une solution ? Hindel a déjà disparu, Sagitarii est partie… qu’attendez-vous pour pouvoir vous relever ? Si vous ne faîtes pas quelque-chose maintenant, quand vous vous en repentirait il sera trop tard. Ne vous laissez pas faire Solan.
C’était comme se donner des conseils soi-même. Savoir comment aiguiller autrui sans même appliquer soi-même ses préceptes, était une faculté étrange et dérangeante. C’était comparable à apprendre à monter à cheval à quelqu’un, sans savoir monter. Tellement peu probable, et pourtant dans cette situation, tellement vrai. Elle se rendit compte une nouvelle fois qu’elle ne parvenait pas à lutter contre le mal qui en voulait à sa vie. Elle se tortura l’esprit pour savoir ce qu’elle avait fait, ces dernières années, pour contrer sa malédiction. L’évidence se présenta immédiatement à elle : elle s’était cachée. Elle avait attendu. Comme le ferait certainement Solan à présent. Attendre était tellement sécurisant, et tellement moins sûr. Dans la vie il y a toujours la solution facile, et la solution difficile. Nous sommes toujours tentés de prendre la plus simple, tout en sachant pertinemment que c’est la plus difficile, qu’il faut choisir, celle qui nous mènera sur la bonne voie.
Sam’ gagna leur table en slalomant entre les clients. Elle posa bien fort la chope sur les planches pour que la Conteuse repère sa présence, éclaboussant de ce fait de bière les environs.

Oups, pardon, je vais vous chercher des serviettes.
La serveuse en vola sur une table voisine et épongea les dégâts. La Conteuse tentait de suivre ses mouvements confus sans trop y parvenir. Néanmoins elle distingua sans trop de mal le moment où elle se redressa. Sam’ observa un court instant le bar, puis s’excusa derechef.
Encore toutes mes excuses. Je dois rejoindre le bar.
Ce n’est rien Sam’.
Un sourire invisible à son amie et la serveuse repartit. Catherine s’en retourna vers Solan. Elle avait presque oublié les dernières questions posées par l’Alchimiste. En s’interrogeant à ce sujet toutefois, la mémoire lui revint bien vite. Et elle se perdit dans ses pensées, le regard dans le vide, ses deux mains faisant tourner alternativement sa chope sur la table. Elle sortit de cet état d’hébétude comme du sommeil, et prit une grande gorgée de bière, qui l’aida à se détendre un tantinet.
Je pense que dans la vie, nous sommes tous seuls face à ce qui nous arrive. Et je ne connais personne pour m’aider face à la malédiction en tout cas. C’est moi qu’elle opprime, c’est moi qui devrait la vaincre… Seule très certainement. Ou je tomberai, seule.
Un nouveau silence prit place. Catherine ne parvenait pas à se décider à enchaîner. Alentour, de la vaisselle se rompit, ce qui força Sam’ à aller nettoyer. Elle quitta le bar alors que quelqu’un l’y attendait. La Conteuse chercha un court instant la source du bruit. Puis elle termina son long discours.
Quand nous nous séparerons… Eh bien…. Je pense que vous m’avez suffisamment ouvert les yeux aujourd’hui pour que je ne reste pas en arrière. Cela fait trop longtemps que je me cache ici. Et mon ennemi a fini par revenir. Alors je vais partir. J’ai… des choses à faire, auxquelles je n’avais pas prêté attention avant. Mon village a besoin de moi, et j’ai besoin de mon village, de revenir aux sources. Et puis… je pense qu’il est grand temps pour moi de demander mes ailes. Je suis semi-fée, voyez-vous. Il est très probable que j’ai des ailes sans le savoir. Je dois m’en assurer. Après tout, qui ne tente rien n’a rien.
Catherine sourit à Solan, car c’était bien grâce à lui qu’elle avait soudain pris toutes ces décisions. Il y a des rencontres qui offrent un tournant inespéré dans une vie.

Sam’ avait rejoint le bar. Alors qu’elle prenait commande, la cliente qui l’avait attendue lui indiqua d’un geste la table de Solan et Catherine.

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Histoires de rue [PV - l'un des deux comptes du cher Solan ;)]

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