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 Catherine Sairilyss, l'enfant maudite (voir la légende "les Valeureux Solitaires")

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Date d'inscription : 03/07/2012

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Carnet de Voyage
Race: Semis et Hybrides
Classe: Rôdeur
En général: Maudite et presque aveugle...
MessageSujet: Catherine Sairilyss, l'enfant maudite (voir la légende "les Valeureux Solitaires")   Mar 3 Juil - 10:42           
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~Identité de votre personnage~

Nom(s) :
Sairilyss

Prénom(s) :
Catherine

Âge :
20 ans

Date et lieu de naissance :
Un soir d'été dans un village de Jasdéràn en 972

Race :
Semi humaine par son père et fée par sa mère. Toutefois elle ne possède pas d'ailes, elle n'a jamais eu l'occasion d'aller les quémander. Peut-être que maintenant qu'elle a quitté le village...

Classe :
Rôdeur

Métier :
Elle vit de sa passion pour le conte.

Lieu de résidence :
La capitale d'Équalza

Lieu de présence actuelle :
Elle se déplace tout le temps alors, qui sait ?


~Description de votre personnage~

Description physique : Catherine mesure environ un mètre soixante-dix. Elle a des cheveux bruns et bouclés très longs et des yeux bleus si clairs qu'ils laissent aisément deviner la progression de sa cécité. Elle n'est pas grosse, certes, mais elle possèdent quelques formes que lui envient ces dames dans bien des contrées. Son visage est extrêmement doux, et son regard paradoxalement profond. Sur ses larges lèvres traîne toujours un sourire franc mais triste, qui cherche à masquer toutes les épreuves auxquelles la vie lui a demandé de faire face. D'emblée, son apparence vous laissera deviner que c'est une personne sympathique, mais également que c'est une personne qui lutte pour la vie.

Description mentale : Vous l'aurez deviné,i elle n'appartient à aucune guilde, du fait de sa parenté. En effet, ses parents étaient tout deux des vagabonds, sans aucune guilde pour attache. De ce fait, elle ne se sent liée à aucun royaume, et n'adhère à aucune idéologie en particulier. Toutefois, au cours de ses voyages, elle a eu la chance d'atteindre Équalza, et un jour qu'elle se trouvait en ville, elle y a croisé la reine. Elle la trouva alors si douce et si fragile, avec une telle passion pour ce qu'elle faisait et en même temps un tel déchirement dans la voix qu'elle fut éprise de son royaume. Il était en outre très agréable d'y vivre. Son esprit se développa énormément au contact des habitants.
Catherine est d'une nature enjouée, et préfère parler des autres que d'elle-même. Il est très rare de l'entendre contredire une personne ouvertement, ou encore plus, critiquer. C'est une personne très ouverte, sans préjugés, et qui a un petit quelque-chose pour comprendre le mode de fonctionnement de la personne qu'elle a en face d'elle. Elle met un point d'honneur à s'adapter aux autres plutôt que de les forcer à s'adapter à elle.
Du reste, c'est une femme discrète. À part dans le cadre de son métier, il est très rare de la voir. Avant que sa cécité ne s'affirme autant, elle sortait au moins pour faire quelques pas sous le soleil de la ville, ou pour respirer l'air frais du dehors, ou discuter sur le marché. Aujourd'hui elle reste chez elle. Elle regarde tant qu'elle le peu encore les formes floues qui passent sous le balcon. Elle n'ose presque plus sortir. En fait, s'aventurer hors des terrains connus peut vite devenir un véritable casse-tête pour elle. Elle connaît parfaitement le chemin jusqu'aux places où elle livre ses contes mais pour les autres...
Elle développe un certain complexe d'infériorité vis-à-vis des autres. Quasi orpheline, loin de sa patrie, presque aveugle... Si elle se mêle très facilement, il lui reste très difficile de garder contact. Et côté coeur, depuis la mort de son amant, et après quelques relations insatisfaisantes, elle a préféré s'en tenir à sa situation de célibataire.
Elle refuse de l'admettre mais la peur de la malédiction dont elle fait l'objet la ronge toujours. Parfois, elle se retourne dans la rue, elle entend des voix étranges, et préfère éviter les silhouettes suspectes. Elle sait que son tour viendra à elle aussi.

Histoire du personnage :
(Postée dans les légendes)
« Il était une fois, les Valeureux Solitaires en leurs chemins se croisèrent. Ils étaient peu nombreux et avaient été rejetés par le reste du monde. Sans foi ni loi, ils vagabondaient depuis longtemps, pauvres hères, sur les sentiers de l'infortune. Lorsqu'ils se rejoignirent sans l'avoir prémédité, c'est presque sans concertation, mais plutôt grâce à des accords tacites, qu'ils formèrent un groupe dans lequel chacun évolua à son gré. Ils appréciaient à sa juste valeur toute forme d'art, certains contant milles histoires attrayantes, d'autres chantant pour ensorceler la nature de leur voix, ou alors dansant comme personne, jouant d'un instrument de musique pour envoûter les coeurs, et ainsi tout le monde trouva sa place. Les pauvres devinrent riches de leur joie, et s'ils étaient toujours coupés du monde et sans bagage, leur sort leur sembla soudain plus léger.

Ils décidèrent de fonder un village qui leur serait propre après plusieurs années d'errance. Chacun travaillait comme il le pouvait afin que tous participent. Personne ne restait jamais isolé car ils aimaient tous le contact avec les autres. Ils trouvaient plaisir à oeuvrer ensemble, même si la besogne était dure, surtout par mauvais temps. Les orages particulièrement semblaient trouver un malin plaisir à détruire tout ce qu'ils avaient commencé.
Néanmoins ils vinrent à bout de leur rêve en deux ans. Leur petite ville fut édifiée dans le bonheur de tous, et ils y coulèrent des années paisibles et insouciantes. Ils recueillaient souvent les gens de passage. Tout le monde pouvait toujours y trouver asile à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit tant les pauvres habitants qui y vivaient étaient charitables. Sauf que cela éveilla la curiosité d'une personne peu encline à la sympathie...

Un soir d'automne, alors que les arbres se teintaient d'orange, de jaune, de rouge et de pourpre, et qu'ils perdaient leurs premières feuilles, un petit garçon du village s'épanouissait sur les chemins. Un bâton à la main qu'il faisait tournoyer et fouetter l'air comme une épée, il chantonnait un air que sa mère lui avait appris. Insouciant comme son âge voulait bien le lui permettre, il observa soudain une forme grise perdue entre les arbres. Il s'approcha à pas feutrés, éveillant seulement quelques rares bruits dans les feuilles mortes. Nullement alerté par la lourdeur de l'air ni par les couleurs du paysage, il atteint rapidement la forme qui avait attiré son attention. C'était en fait une vieille femme à la peau parcheminée. Elle haletait pour reprendre sa respiration et tentait de se lever. Comme le garçonnet voyait que tous ses efforts étaient vains et qu'elle était blessée, il revint en courant le plus vite possible au village. Des adultes arrivèrent alors, dans la pénombre grandissante, qui s'ils avaient écouté un peu plus leur subconscient, aurait dû éveiller leurs soupçons.

Ils soignèrent longtemps celle qu'ils nommèrent la Dame Grise. Elle était sombre et taciturne, parlait très peu, se contentait d'observer ce qui l'entourait avec ses yeux mélancoliques et profonds. Dans ses heures perdues, elle consignait tout ce qu'elle voyait par écrit, dans une écriture lentement calligraphiée qui donnait du cachet à son histoire. Les habitants du village se demandaient bien qu'est-ce qu'elle trouvait à raconter de si long et si précieux, mais à chacune de leur question elle ne répondait que par un sourire partiellement édenté.
En fait, la Dame Grise semblait intéressée par tout. Elle apprenait avec passion tout ce qui concernait les habitants et ce qu'elle trouvait être un don chez eux : leur art. Il s'était d'ailleurs formé plusieurs groupes parmi les Valeureux (à présent plus si Solitaires qu'ils avaient pu l'être). Venaient d'abord les Musiciens, joueurs de harpe, de guitare ou de flûte par exemple, puis les Dessinateurs, dont le crayon était plus précis que les armes de n'importe quel guerrier, les Conteurs aux milles histoires, parfaits orateurs et poètes, les Danseurs qui semaient toujours la joie sur leur passage, les Sculpteurs, sur bois ou sur pierre, les Mimes, imitateurs parfaits capables de reproduire aussi bien une brise d'été qu'une colombe en plein vol, les Acrobates, toujours se contorsionnant à l'extrême, les Scribes qui trouvaient dans l'écriture des récits les plus fous leur épanouissement, et les Comédiens, enchaînant tous les rôles avec une aisance qui en décontenançait plus d'un. Le simple intérêt fut bientôt supplanté par une envie profonde, indescriptible, et qui grandissait jour après jour, sans que personne ne le remarque.

Le temps passa au village. Tout le monde restait insensible à la misère extérieure. Les cultures plantées au fil du temps prodiguaient tout ce dont les habitants pouvaient avoir besoin. Mais si personne n'y prêtait l'oreille, un murmure sourd de malveillance emplissait de plus en plus les maisons. Les arts fanaient sans que personne ne puissent rien y faire. C'était comme si le talent se perdait, que plus rien n'avait de goût. La Dame Grise, qui au départ semblait vouloir apprendre tout sur tout, se désintéressa. Les seuls moments de la journée où elle était présente étaient ceux durant lesquels tout le monde restait, le soir, auprès du feu. Là, chacun s'évertuait à faire ce dont il avait envie, et la vieille femme avait un rendez-vous favori. Près du foyer, un Conteur aveugle récitait devant les yeux ébahis de son auditoire des textes où la lumière tentait de percer tant bien que mal les lignes du récit dans l'obscurité du monde. Cet homme était un mystère pour la Dame Grise. Son sourire et son regard lui donnaient une vie à nulle autre pareille, animaient ses contes, faisait véritablement oublier sa cécité. Ses paroles étaient un flot qui transperçait les coeurs et reflétait la réalité, à travers des yeux qui ne voyaient pas.
Elle ne lui avait jamais parlé, si bien qu'il ne la connaissait que par les rares récits de ses amis dont les descriptions n'allaient en général pas beaucoup plus loin que « la Dame Grise ». Cela laissait une grande part d'imagination au jeune homme, et qui servit grandement à la vieille recueillie. Et c'est ainsi qu'un soir, il faisait froid, le soleil avait disparu depuis longtemps et les étoiles jetaient leur feu sur les retardataires qui ne dormaient pas encore. Le Conteur aveugle marchait dans la rue lorsqu'il entendit des pas. Une femme, une jeune femme à la voix caressante comme le chant des rossignols, l'approcha et lui parla, lui parla longtemps, lui parla toute la nuit dans l'ombre au pied d'un arbre, lui parla jusqu'à l'aurore et le charma. Il avait été ensorcelé par la belle, sans pouvoir y échapper, car celle qui avait volé son coeur l'avait écouté, l'avait écouté longtemps pour maîtriser ses mots, comme lui le faisait à travers ses histoires.

Mais cette jeune femme n'était autre que la Dame Grise, la terrible vieille femme, qui était en fait une Mage aux obscurs pouvoirs. Elle était en quelque sorte tombée follement amoureuse du Conteur et s'était décidée à le charmer en changeant d'apparence. Ils se revirent ainsi plusieurs jours durant, même endroit même heure, et parlèrent sans s'arrêter de tout et de rien, tous deux appréciant de plus en plus l'autre.
Sauf que ce petit manège ne pouvait pas passer indéfiniment inaperçu. Une jeune Mime avait repéré un jour les échanges de l'homme et de la Dame Grise qu'elle jugeait comme étant une inconnue, se trouvant dans l'incapacité de la reconnaître. Elle les suivit donc un soir, sous le couvert de la nuit. Ce jour-là, elle entendit tout ce qui se disait, ce qui augmenta sa surprise. Décidée à connaître le fin mot de l'histoire, elle avait ensuite suivi la fausse étrangère qui était rentrée dans le domicile de la Dame Grise. La jeune femme se colla alors à la fenêtre, et ce qu'elle vit la glaça. La belle méconnue était redevenue une vieille femme qu'elle ne put à présent que reconnaître.

Elle ne savait en aucun cas comment agir, et ne pouvait se résoudre à en parler au village entier avant d'avoir des preuves de ce qu'elle avançait. Alors, sans que personne n'en sache rien, elle agit dans l'ombre. Le soir, elle suivait le couple, la journée elle espionnait l'homme et la Mage dans leurs occupations. Au départ c'était la Dame Grise qui la préoccupait le plus, mais quelques jours plus tard seulement après le début de son enquête, elle réalisa qu'elle s'attardait bien plus à détailler l'aveugle. Elle qui ne lui avait jamais prêté attention le trouva beau, humble, doué... et atrocement solitaire. Il ne se liait jamais, à part avec celle qu'il connaissait comme une jeune femme portant le nom de Dame Grise. Comment aurait-elle pu seulement l'approcher ? Le sentir si proche d'elle qu'elle pourrait le toucher ? Ses pensées la torturaient au fur et à mesure que sa filature se poursuivait, et s'éloignait de plus en plus de son but initial. Le noir des nuits ne suffisait plus à la laisser trouver le repos, et son art se perdit lentement, pendant que ses jours angoissés ne s'en préoccupaient plus. Et plus elle espionnait, plus elle était inquiète. L'aveugle assistait de moins en moins aux réunions du soir, on racontait qu'il avait perdu son don pour le conte. Il restait le plus souvent enfermé et la Mime le sentait se perdre lentement dans la folie. Elle-même n'en menait pas plus large, et pu constater que petit à petit, elle arrêtait d'exercer son art. Elle ne Savait plus... Ses observations allèrent d'ailleurs encore plus loin. Tous ceux qui côtoyaient la Dame Grise où se trouvaient trop souvent en sa présence perdaient leurs capacités liées à leur art. C'était comme si elle se nourrissait de leur don, comme la sang-sue se nourrissait du sang. De plus, elle semblait de plus en plus capable. Elle participait à présent souvent aux réunions du soir, contait, chantait, mimait...

La Dame Grise finit par se douter de quelque-chose et par un doux soir d'été, elle annula le rendez-vous qui rythmait pourtant ses jours depuis plusieurs mois. La jeune Mime se faufila une fois de plus sous le porche devant la maison du Conteur, avec un frisson, dû à l'appréhension concernant ce qu'elle allait trouver ou à l'exitation, et découvrit à la lueur d'une bougie que la porte était ouverte. Elle n'avait jamais eu peur d'être remarqué en le suivant, que la lueur ne l'alerte, puisqu'il était aveugle et qu'il ne remarquerait certainement pas la douce chaleur qu'elle dégageait, comme la jeune femme pouvait remarquer celle qui émanait de lui. Néanmoins ce soir-là elle douta d'être trop peu discrète. Il lui semblait que ses pas, pourtant maîtrisés, résonnaient sur le sol de la maison qu'elle foulait pour la première fois.

Peut-être avait-elle raison, peut-être avait-elle tort. Ses appréhensions firent leur chemin dans sa tête, pendant que le couloir se dévoilait, et au bout, l'aveugle. Il se tenait là immobile ; immobile et seul. Le regard de la Mime vola dans la pénombre à la recherche de la Dame Grise sans pour autant la rencontrer, toujours perdu dans le noir. Une seule lumière illuminait la scène, celle de sa bougie dont la flamme vacillait à cause d'un courant d'air.
Dans le bruit léger des battements accélérés du coeur de la jeune femme, une planche craqua. Silence des plus lourds. Du moins... jusqu'à ce que le Conteur le brise. Il demanda à l'intruse, figée dans sa robe de toile à la teinte caramel foncée par le faible éclairage, de s'approcher et de venir s'asseoir. Il avait sur le visage cet air si particulier qui le caractérisait, ce mélange d'omniscience et de doute, qui finissait de captiver l'intrépide espionne. Elle s'approcha avec circonspection, sourcils légèrement froncés dans l'attente, et déclina son identité. L'homme sembla encore plus surpris, mais l'invita à poursuivre : il voulait savoir ce qui l'avait poussé à s'introduire chez lui. Alors, entre l'appréhension et l'exitation, la Mime raconta.

Il était minuit à présent, et les rumeurs allaient bon train. L'ensemble du village était réuni sur la grande place. On attendait la venue du malheur personnifié, de celle qui avait dupé tout le monde, de la Mage qui avait perfidement tenté, à des fins encore non exprimés mais que l'on jugeait déjà inavouables, de séduire un membre de leur communauté, et de leur voler leur art. Des flambeaux illuminaient les visage furieux. La Mage était la première, elle avait abusé de leur gentillesse, la Mage paierait. On ne trompait pas les Valeureux, ils détestaient plus que tout qu'on leur cache la vérité, car elle était pour eux la clé qui pouvait mener à la paix. La Mage avait menti. Elle avait prétendu s'intéresser aux arts mais depuis qu'elle était là, ceux-ci s'étaient taris. Elle les avait volés. Et voilà qu'on apprenait qu'elle cherchait à séduire l'un deux grâce à ses pouvoirs, en profitant de sa cécité !
Les membres les plus courageux et les plus forts des Valeureux étaient en ce moment même entrain de mettre à sac la demeure de l'horreur incarnée, et on ne lui donna pas la chance de s'expliquer. Elle fut menée de force sur la place publique, au milieu des quolibets et des grimaces, les flammes peignant sur les figures qui l'entouraient des expressions maléfiques. On crut d'abord deviner la peur sur ses traits, mais cela fut bientôt remplacé par la folie, un sourire carnassier et édenté, et des yeux perçant la foule en quête des émotions de chacun.

La haine des Valeureux enflait et enflait. Le Conteur et la Mime se tenaient dans un coin de la place, lui tentant de suivre ce qu'il se passait, et elle lui décrivant la scène . Le rouge et le noir alentour reflétaient bien la teneur de la scène à laquelle chacun assistait. La Mime ne savait pas comment retranscrire cela, elle dont l'art était si différent de celui de l'homme face à elle : pour l'un résidant dans le silence et pour l'autre dans les mots. Heureusement pour elle le tumulte était bien souvent suffisant à l'aveugle pour comprendre ce qui se tramait.

Une fois la Mage installée au centre de la place, il lui fut demandé d'expliquer ses actes. C'était en quelque sorte, la dernière chance qu'on lui accordait. Un silence propre à la haine et à la lueur du feu s'installa, devenant bien vite si dense que l'on aurait presque pu y suffoquer. La Mime ne s'en était pas aperçue mais elle avait retenu son souffle, comme beaucoup d'autres d'ailleurs. Ils fixaient la Dame Grise, celle-ci comme perdue dans la foule, le visage fou, et ses lèvres immobiles malgré qu'elles se soient courbées sous la forme d'un rictus. On entendait toujours rien. Les enfants commençaient à s'impatienter près de leurs parents dont ils tenaient la main. Certains commencèrent à les interroger mais personne ne leur répondait. Une rumeur, comme assourdie par le silence, se répandit lentement aux confins de la nuit. Et puis soudainement l'équilibre tomba en lambeau, déchiré par un énorme éclat de rire grinçant. On avait l'impression de n'entendre plus que lui, lui qui s'échappait de la gorge de cette abominable femme, lui s'envolait et faisait même trembler les flammes des torches. Et lorsque ce fut fini, que tout parut reprendre un cours normal, la sorcière entama ce discours :

« Damnés, damnés soyez-vous gens stupides et arrogants ! Que vos petites vies peuvent être futiles ! Vous vous complaisez dans vos arts, vous vous en enorgueillissait comme du plus précieux trésor. Mais qu'êtes-vous au fond ? Rien ! Des hères, des nomades, des gitans, des va-nus-pieds ! Vous ne méritez rien de ce que vous possédez. Pourquoi ne pourrai-je pas l'avoir moi aussi ? Bande d'égoïstes hypocrites, je vais vous apprendre moi, que vos pauvres petits arts ne valent rien ! Je vous hais ! Je vous maudis ! Soyez tous maudits ! Oui, je déclare en ce jour que dans douze mois, douze enfants naîtront. Douze naîtront et les douze mourront ! Ils mourront tous jusqu'au dernier, et dans leur mort ils entraîneront la votre ! Car vous êtes idiots, plus qu'idiots, de vous opposer à moi. Parce que vous allez apprendre que vous ne valez rien ! »

Le village était choqué par ces paroles et n'eut pas le temps de retenir celle qui avait jeté le malheur sur eux. Elle se volatilisa, et pendant longtemps, on ne la mentionna plus, son nom devenu tabou...

Un an plus tard très précisément, douze femmes se trouvèrent sur le point d'accoucher, le même jour. Ce fut le désespoir le plus total parmi la troupe, alors même que ce regain de vie aurait dû marquer le tournant d'espoir tant attendu dans la vie des parents. Depuis un an les arts avaient presque disparu, la Mage avait réussi son coup, et ils savaient que sa malédiction serait effective. Dans la peur grandissante, alors que le douzième enfant voyait le jour, les Valeureux commirent un acte désespéré. Si les douze enfants ne naissaient pas alors peut-être que la malédiction s'envolerait, peut-être que les arts reviendraient enfin ! Alors les Valeureux tuèrent l'enfant avant qu'il ne vienne au monde. C'était le premier des douze à mourir.
Parmi les onze survivants, trois moururent de maladie dans les prochains mois. La panique se fit grandissante chez les Valeureux. Une de leur mère décéda également, alors qu'une autre était déjà morte en accouchant le jour où les douze enfants étaient apparus. Et puis pendant plusieurs années, plus rien ne se passa. Au fond, l'hiver, très rude cette année-là, avait peut-être tout simplement eu raison des plus fragiles des nouveaux nés. On ne pouvait pas parler de malédiction... On tenta d'oublier les horreurs prononcées par celle dont on n'avait plus le droit de dire mot. Pendant quelques années, les arts semblèrent reparaître, beaucoup moins beaux qu'auparavant mais là tout de même. Il ne restait plus que huit enfants.


Ceux-ci avaient pour nom : Florient, Aurélie, Mathieu, Jérôme, Catherine, Mickaël, Camélia, et Élodie. Ils avaient à présent passé cinq étés en Jasdéràn. Leur petite enfance s'était écoulée très vite, dans une ambiance triste et morne à l'intérieur de laquelle les adultes, rien que pour eux, avaient tenté d'apporter un peu de chaleur. On avait plus entendu parlé de la Dame Grise depuis longtemps. On osait plus parler de la malédiction. Lorsque les enfants commençaient à s'inquiéter du tour que prenait une conversation des adultes qui allaient venir à en aborder le sujet, ces derniers la mentionnaient à la rigueur comme : « le Problème ». Mais il était absolument impensable de leur avouer, surtout à leur jeune âge, le lourd poids du soucis qui pesait sur les épaules de leurs parents.
Un jour de cette année-là, un homme âgé d'une cinquantaine d'année, d'un village proche, qui avait souvent passé ses journées en compagnie des Valeureux, était subitement passé les voir. Il était tard, presque tout le monde était dehors, autour du feu, à s'adonner à sa propre occupation. On fut d'abord très heureux de le voir et on lui proposa de prendre place lorsqu'on s'aperçut de son visage fermé. Il tenait son chapeau à deux mains et en triturait nerveusement le bord. Le silence fut rapidement total dans le groupe. Le feu projetait sur le visage de l'invité des ombres propices à l'inquiétude. Il semblait soucieux. Il fut finalement prié de parler. Il raconta ce qu'il savait. On avait trouvé Mickaël mort noyé dans un canal.
Cette perte fut terrible pour le village tout entier. Ses parents portèrent longtemps le deuil, épaulés par ceux qui avaient déjà perdu femme, mère ou enfant à cause de la terrible Mage. Ils ne furent néanmoins pas les seuls. Ils avaient pour amis très chers les parents de la petite Catherine. Celle-ci s'entendait avec Mickaël comme deux enfants de cet âge seuls peuvent s'entendre. Elle pleurait beaucoup. Son père et sa mère également, et ils aidaient tant qu'ils pouvaient leurs amis dans le deuil. Le père et la mère de Catherine, n'étaient autres que le Conteur aveugle et la Mime. Après la disparition de la Dame Grise, ils s'étaient rapprochés, jusqu'à se rendre compte de l'amour qu'ils se portaient l'un envers l'autre. C'était un amour profond et sincère, que seul pouvait troubler le fait que leur fille faisait partie de la liste des douze enfants condamnés. Et il n'en restait plus que sept.

Il ne fallut attendre que quelques mois avant qu'un nouvel accident ne se produise. Des réparations étaient à opérer sur l'un des bâtiments du village, et Aurélie se promenait, sans ses parents, dans la rue principale. Elle portait un petit panier d'osier à la main dans lequel elle avait rassemblé plusieurs fleurs des champs qu'elle comptait offrir le soir même à sa mère. Elle passa près de la zone de travaux. Alors qu'elle l'avait dépassée, elle réalisa qu'elle avait perdu une partie de sa récolte en route. Elle se retourna donc prestement et aperçut, sur le lieu du chantier, ses fleurs qui s'en allaient de plus en plus loin, ballottées par un vent qui soufflait au ras du sol. La petite se précipita, happée par une irrémédiable pulsion qui lui commanda de ramasser les plantes. Elle ne pouvait pas faire un bouquet avec ce qu'il lui restait dans son panier, il n'y avait pas assez de fleurs. Elle arriva à destination en courant et se pencha, tendant la main pour récupérer l'une des fleurs qui s'était cachée sous des palettes.
Mais alors qu'elle se saisissait de la plante, une tuile tomba du haut du toit où se concentraient les réparations, juste au-dessus d'Aurélie. Il ne restait plus que six des douze enfants.

Deux pertes terribles, à seulement quelques mois d'intervalle, achevèrent les Valeureux. Ils décidèrent conjointement de ne plus laisser sortir les enfants de l'enceinte du village, jusqu'à ce qu'ils aient grandi, et on bâtit de hautes palissades tout autour des habitations. Les pauvres erres espéraient ainsi éloigner la menace extérieure, pour que jamais plus rien n'arrive aux six enfants rescapés. Presque plus personne ne put pénétrer dans le village. Cela rendit le lieu moins vivant. On le sentait mourir à petit feu. Les récoltes même semblaient dépérirent, et plus rien n'avait de goût ni de chaleur pour les témoins de la malédiction. Les journées étaient pâles, et les nuits avaient la froideur d'un hiver sans fin. Tout le malheur du Continent semblait s'être concentré en ce lieu, et ne pas se décider à le quitter...

Trois ans plus tard, le jeune Mathieu avait un peu plus de huit ans. Il se baladait dans le village, le vague à l'âme, tapant du pied dans le moindre gravillon qui se présentait à lui. Il soufflait avec grand bruit alors que son regard se portait à plusieurs mètres, au-dessus des hautes palissades. C'était une nuit d'automne. Il n'avait pas plu depuis plusieurs jours. Les arbres de la forêt proche s'étaient teintés de couleurs tristes. Il n'y avait personne dehors, la réunion au coin du feu s'était finie depuis longtemps. Il n'y avait plus beaucoup d'attractions à ces moments, sauf peut-être le doux chant de Camelia lorsqu'il raisonnait sur la place avec des accents enchanteurs, comme si elle avait chanté depuis des millénaires, alors qu'elle était aussi jeune que Mathieu, et lorsqu'il lui donnait cet air angélique, si doux. Elle était pourtant bien une Naleï, comme ses parents. Elle était en ce moment la seule à pouvoir réchauffer les coeurs. L'entendre vous procurait une étrange sensation de joie et de mélancolie mêlée. Elle arrivait toujours à faire pleurer son public tant l'émotion était vive, même si chacun en ressortait le coeur plus léger.
Mathieu passa devant la maison de la Chanteuse en se disant que, oui, il aurait aimé qu'elle chante pour lui en cet instant. Il aurait préféré égayer cette soirée. Et pourtant... la jeune fille dormait, et lui aurait dû dormir aussi. Elle ne chanterait plus pour ce soir. Il s'approcha des palissades et observa longtemps les murs, immobile. Au bout de plusieurs minutes, il perçut néanmoins un bruit et pivota légèrement vers la gauche. Au sommet de la palissade, Élodie sifflotait, les pieds battant le vide, face à l'autre côté du mur. Elle était la fille d'une Musicienne et d'un Acrobate, mais était la digne héritière de son père. Elle se faufilait toujours partout, même dans les endroits les plus inaccessibles, et était aussi insaisissable qu'un feu follet. C'était certainement grâce à cela qu'elle avait réussi à aller se percher aussi haut. Mathieu s'approcha lentement pour ne pas l'effrayer et l'appela. Elle tourna la tête et lui sourit. Ils parlèrent un court instant puis Mathieu, tout de même intrigué de l'avoir trouvé en cet endroit, lui demanda ce qu'elle faisait. Elle répondit alors, presque instantanément, qu'elle avait observé de la fumée au loin et qu'elle se demandait ce que c'était. Mathieu se rendit compte à son tour qu'à quelques kilomètres à l'ouest, un épais nuage de fumée était entrain de se former.
Ils restèrent un long moment sans rien dire. On entendait seulement les grillons en dehors des murs. Et puis l'improbable arriva. Les deux enfants entendirent le cri lointain d'une petite fille. Elle appelait à l'aide. Ils échangèrent un regard puis, du haut de ses huit ans, Élodie décida d'aller lui porter secours. Mathieu tenta de l'en dissuader, lui rappela qu'il leur était interdit de sortir du village, lui dit qu'il vaudrait mieux prévenir les adultes. Mais Élodie l'intrépide sauta du haut de la palissade et s'élança dans la nuit. Mathieu était désemparé. Il se précipita dans la première maison à sa portée, celle du vieux forgeron du village et lui demanda de donner l'alerte, lui racontant ce qui venait de se passer.
Dans les minutes qui suivirent, ce fut le chaos le plus total dans le village. Une expédition se préparait pour aller sauver les enfants. Il fut décidé que tous les adultes partiraient à leur recherche, sauf les parents de Catherine puisque son père était aveugle et qu'on avait besoin de personnes pour surveiller les plus jeunes. Et l'expédition partit ainsi.
Lorsqu'elle revint. Les parents d'Élodie était en larme. Les enfants présents avec ceux de Catherine furent rendus aux leurs, et les deux adultes en profitèrent pour aller aux nouvelles, en compagnie de leur fille. Mais les nouvelles étaient terribles. Élodie avait été assommée dans la forêt, par une branche tombée d'un arbre. Elle avait porté secours à une petite fille, du nom d'Adèle, et qui avait tout juste trois ans, à la chevelure blonde comme le miel, coincée dans un feu de forêt. Elle avait été ramenée, mais Élodie, elle, avait été piégée par les flammes. La seule consolation pour ses parents fut qu'avec ce qu'il lui était arrivé, elle n'avait probablement pas sentit la mort venir.
Il ne restait déjà plus que cinq des douze enfants maudits : Florient, Mathieu, Jérôme, Catherine et Camélia.

Blême, l'avenir se dessinait aux portes du village. Tous allaient mourir, mais quand ? L'inquiétude flottait sur les parents des cinq derniers survivants, alors que la peine impossible à chasser harassait toujours ceux des premiers morts. Les parents d'Élodie avaient adopté la petite Adèle. Au village, plusieurs adultes étaient partis un certain temps pour trouver ses parents, mais tout espoir s'étaient avéré vain. En outre, la petite ne se rappelait de rien avant d'être arrivée entre les habitations, à cause du choc certainement. C'est ainsi que les parents d'Élodie s'occupèrent d'elle comme de leur propre fille, au moins soulagés de savoir qu'elle n'aurait pas à être frappée par la malédiction.
Au sein des couples, il y en avait un qui était plus inquiet que les autres : celui du Conteur aveugle et de la Mime. En effet, cette dernière était une fée, et il semblait que leur fille Catherine avait obtenu une grande part de ses gènes. La petite s'amincissait à vue d'oeil. Elle obtenait le corps qui faisait l'apparence de sa race. Mais cela voulait dire que bientôt, elle allait avoir la possibilité d'obtenir ses ailes... Le Conteur et la Mime se mirent d'accord sur le fait qu'il fallait absolument l'en empêcher, à tout prix. Le sort s'acharnant, ce n'était pas tout. Alors que Catherine avait quatorze ans, ses parents firent venir un médecin au village. Il semblait qu'elle avait des troubles de la vision, et ils voulaient savoir ce qu'il en était. L'homme leur révéla que leur enfant devenait aveugle. Elle n'allait pas perdre la vue tout de suite, peut-être au bout de plusieurs dizaines d'années seulement, mais cette perte était inéluctable et elle allait s'opérer petit à petit, au fil des ans. Ses parents étaient très anxieux et, s'ils tentaient de ne pas le montrer, les autres habitants ne donnaient pas longtemps à vivre à Catherine. Les gènes de ses deux parents lui portaient gravement préjudice.

Toutefois cette année-là, ce ne fut pas pour la vie de Catherine qu'on craignit le plus. Un jour, plusieurs hommes s'introduisirent dans le village. Alarmés, tous les habitants sortirent des maisons. L'un d'entre eux portait Jérôme, inconscient, dans ses bras. Il avait une flèche plantée dans la poitrine. Sa famille se précipita, ce qui constitua un remue ménage conséquent. Il était celui des cinq enfants sujets de la malédiction qui avait le plus de parents proches. Un autre homme du groupe s'avança ensuite, il avait été désigné comme porte parole. Il expliqua que lui et ses amis étaient entrain de chasser et avaient déjà amassé bon nombre de prises lorsqu'une de leurs flèches avaient heurté le garçon. Il avait surgi de nulle part tandis que l'un d'entre eux tirait sur un cerf.
On partit quérir un médecin. Tous les villageois se lamentaient : personne n'avait vu le garçon quitter les murs. Le médecin n'arriva qu'une demi-heure plus tard mais Jérôme se trouvait déjà dans un état critique. Il fallut attendre plus d'une semaine ensuite pour que le pronostic du médecin se fasse. Jusque là, son avis avait été mitigé. Jérôme n'avait toujours pas rouvert les yeux. Son état s'était souvent empiré, puis amélioré jusqu'à ce qu'on ait l'espoir qu'il survive, avant de brusquement rechuter. Le médecin fit son annonce sur la place, un matin de février. Les Valeureux retenaient leur souffle, personne n'osait parler, même le bruit des respirations paraissait de trop dans ce monde de silence. Finalement, l'homme prit la parole d'une voix grave. Après son annonce, un cri de stupeur envahit l'assistance. Jérôme allait survivre.

Cette nouvelle soulagea les coeurs pour les années qui suivirent. Cela faisait maintenant huit ans qu'aucun enfant n'était mort, et les villageois commençaient à espérer que tout pourrait à présent aller pour le mieux. Jérôme s'était doucement remis de son accident. Il ne pouvait toujours pas exercer d'activité physique trop éreintante, mais il était toujours vivant, et c'était bien cela qui comptait. La jeune Adèle avait maintenant onze ans. Ses cheveux avaient fini par virer au roux. Pour les habitants, elle restait tout de même belle comme une fleur. Elle n'était pas aussi douée pour les arts que les Valeureux mais illuminait néanmoins leurs journées. La vue de Catherine s'était un peu obscurcie. Des taches plus ou moins floues, ou plus ou moins noires étaient nées devant ses yeux. Elle tâchait de s'y habituer quoique ses pensées étaient attristées à l'idée qu'un jour elle ne pourrait plus discerner la lumière du soleil. Le don de Camélia pour le chant s'était développé. Suite à la décision du village de laisser à présent les jeunes sortir, qui n'avait été prise que depuis quelques semaines, la jeune fille avait fait le tour des villages alentours et chantait pour les pauvres aussi bien que pour les riches. Une rumeur s'était même répandue selon laquelle un noble étranger se serait épris d'elle, néanmoins Camélia s'obstinait à nier. Certaines personnes firent des recherches, et trouvèrent qu'il aurait s'agit d'un sujet de Kerdéreth. La nouvelle effraya mais on ne se risqua pas à poser des questions à la jeune fille.
Les cinq enfants maudits avait dans tous les cas bien grandi. Florient était le plus grand de tous : il mesurait 1m95. Sa croissance semblait heureusement s'être terminée. Ses cheveux étaient châtains très courts, ses épaules larges, son corps paradoxalement fin et ses yeux marron sombre. Jérôme était plus petit, plus trapu. Ses cheveux étaient tout aussi courts mais d'un noir de jais, ses yeux caramel. Il était d'un tempérament bagarreur qui entraînait souvent avec lui Florient dans de petits conflits de voisinages. Mathieu était taciturne, et préférait la diplomatie au combat, contrairement à ses deux comparses. Il avait des yeux bleu pâle très profonds, qui malgré son jeune âge, semblaient avoir déjà connu maintes aventures. Il était plutôt grand, plus grand en tout cas que Jérôme, et avait des cheveux brun noisette qui lui tombaient devant les yeux. Catherine avait de très longs cheveux bruns, des yeux bleu ciel dans lesquels on voyait presque se dessiner des nuages. Pour ceux qui la connaissaient, il était possible d'affirmer qu'il s'éclaircissaient au fur et à mesurer. Elle mesurait près d'un mètre soixante-dix, et était en cela légèrement plus grande que Jérôme. Son aspiration de Conteuse ressortait très nettement dans chaque fibre de son corps. Elle était calme, toujours souriante, mais d'un sourire presque triste. Il était indéniable qu'elle avait quelques formes que lui enviaient plus d'une jeune fille. Camélia faisait partie de celles-ci. Elle était très mince, svelte, une vraie poupée de porcelaine au teint pâle, et faisait très exactement la même taille que Jérôme. Elle était rousse et avait une voix sublime. Ses yeux étaient grands et verts, charmeurs et malicieux. Elle était pleine de joie de vivre, et en faisait profiter tout le monde.
Ils représentaient à eux trois 5 arts différents : la Danse avec Mathieu, qui semblait y exprimer toutes ses émotions, la Chanson avec Camélia, Florient passait d'un masque à l'autre dans la Comédie, la Sculpture trouvait un adepte dans l'art de Jérôme. Enfin, Catherine s'épanouissait dans le Conte, mais tout portait à croire qu'elle maîtrisait aussi le Mime, quoiqu'elle le cacha pour ne pas éveiller la colère. Il était mal vu d'exercer deux dons en même temps.

Un jour d'été de cette année, Camélia sortit du village, comme à son habitude, avec Adèle qui était sa plus proche amie, et fit route vers une ville à quelques kilomètres : Irnélen. Catherine, assise près des murs du village, les regardait partir avec tristesse. Ses propres parents lui refusaient tout départ vers l'extérieur, à cause de sa vue. Il était vrai qu'elle ne discernait les deux jeunes filles que très mal, comme au travers d'un morceau de verre opaque, ou d'un nuage de fumée. Il y avait également une tâche noire qui l'obligeait souvent à détourner les yeux pour pouvoir voir ce qu'elle voulait, et quelques points plus sombres. Mais quoiqu'il en soit Catherine trouvait la décision exagérée. Elle était triste car elle avait appris à se débrouiller sans y voir clair, grâce à son ouïe qu'elle s'était entraînée à développer. Elle pouvait ainsi entendre tout un tas de chose qui passaient absolument inaperçues pour d'autres personnes. Elle s'était également, et c'était sa plus grande fierté, servie de cette ouïe pour apprendre à se battre sans y voir. Elle avait demandé à Jérôme et Florient de lui apprendre, et pour les professeurs, cette élèves dépassaient toutes les espérances. À son contact, eux-mêmes avaient perfectionné leur technique de combat, devenant au fil de l'apprentissage plus discrets et subtils. Même Jérôme semblait d'accord avec le fait que ramasser sa force pour frapper comme un bourrin était moins efficace que de miser sur la vitesse et le silence, deux armes que les trois combattants entendaient comme impitoyables. Tout trois si différents pouvaient ainsi progresser et devenaient chaque jour meilleurs. En cela, Catherine songeait qu'elle ne courrait aucun risque à sortir d'ici. Elle comptait d'ailleurs voir le monde, ou en tout cas l'entendre, et faire le tour du Continent, peu importe le temps que cela lui prendrait. Elle trouvait tout simplement stupide d'attendre la mort au village.
Ses parents voyaient d'un très mauvais oeil qu'elle veuille s'entraîner au combat. Elle était la seule fille du village à se battre. Pour eux, cela ne ferait que lui porter préjudice. De plus, il était pour eux hors de question qu'elle parte. Sa future cécité l'handicaperait trop dans le monde extérieur, et les événements passés avaient prouvé que les enfants courraient toujours moins de risques au village. Ils ne la laisseraient jamais partir.

Pendant qu'elle restait aux portes du village Catherine avait senti une main se poser sur son épaule. Pour elle, pas la peine de se retourner. Une main douce, qui n'avait pas la fermeté de celles des autres garçons du village. Elle l'avait aussi reconnu à sa façon de s'approcher, lente mais sans hésitation. Aucun doute, c'était bien Mathieu qui l'avait rejointe. Il devait être inquiet à cette heure, comme à chaque fois que Camélia quittait la ville, pour celle dont tout le monde savait qu'il était épris. Ils échangèrent quelques banalités puis Mathieu lui dit qu'il valait mieux qu'elle revienne vers le centre du village. Catherine se résigna et le suivit donc. Elle n'avait aucun mal à s'orienter dans les rues qu'elle connaissait comme sa poche. Ils croisèrent en chemin Jérôme et Florient qui s'entraînaient toujours au combat. Elle les reconnut à leur voix et au bruit de leurs épées s'entrechoquant. Elle leur envoya un signe de la main, et poursuivit son chemin. Ils s'arrêtèrent sur la grand place où la plupart du village se promenait toujours et s'assirent dans un coin.
La journée se déroula en ce sens : ceux des Valeureux qui cultivaient des champs partirent à neuf heures du matin pour s'en occuper ; Florient et Jérôme combattirent jusqu'à neuf heures et demi, heure à laquelle ils transpiraient tellement qu'ils gagnèrent la rivière pour se rafraîchirent ; à dix heures, un groupe de voyageur passa près du village, ils demandèrent l'autorisation d'entrer qui leur fut refusée car ils venaient du côté des Brumes Infranchissables ; à dix heures et demi Mathieu et Catherine se séparèrent, Catherine alla s'occuper des jeunes enfants du village et leur conta l'histoire d'une princesse, pour laquelle elle s'inspira de Lynn Eleskan, odieusement attaquée par une reine inflexible à la Alidane Dextrae, pendant que Mathieu allait peaufiner une sculpture en cours ; à onze heures les femmes du village se mirent aux fourneaux, et l'on put ainsi manger à midi exactement ; à deux heures le repas se termina, et ceux qui devaient y retourner retournèrent dans les champs, les femmes partirent laver le linge à la rivière, Catherine les accompagna pour faire plaisir à sa mère ; à trois heures elles étaient revenues ; à trois heures trente une caravane passa près du village, et plusieurs villageois partirent s'y approvisionner ; à quatre heures Florient, Jérôme, Mathieu et Catherine s'étaient réunis pour attendre ; à cinq heures les hommes revinrent des champs ; à six heures le repas fut de nouveau préparé ; à sept heures on mangea ; à huit heures on se rendit compte qu'il manquait quelqu'un ; à neuf heures tout le monde était aux aguets ; à dix heures il n'y avait toujours trace de personne ; à onze heures un cavalier solitaire passa mais, non, il n'apportait pas de nouvelles ; à minuit, Camélia et Adèle n'étaient toujours pas rentrées.

Elles ne revinrent ni le lendemain, ni le jour suivant. Mathieu savait qu'il était arrivé quelque-chose, et fut dès lors inconsolable. Au village, grâce à l'aide des voisins, on organisa la recherche. Camélia avait dit qu'elle passerait quelques heures à Irnélen avant de revenir au village dans l'après-midi. Ce qui était entrain de se passer n'était pas normal. La gangue d'inquiétude qui n'avait pas enveloppé les Valeureux depuis si longtemps revint, insidieuse et vorace, la malédiction se rappela cruellement aux mémoires. Des douze enfant, il n'en resterait aucun.
Une battue fut organisée dans la forêt, pendant qu'on fouillait les plaines, et que d'autres personnes interrogeaient les gens de la ville. À chaque fois, c'était la même chose : oui ils avaient vu Camélia, non ils ne savaient pas où elle était partie, oui une jeune fille l'accompagnait, non ils ne savaient pas où elle pouvait bien être passée elle non plus. Jérôme et Florient furent réquisitionnés pour la battue et Mathieu pour fouiller les plaines, Catherine en revanche fut de ceux qui partaient en ville. L'enthousiasme avait monté en elle de façon fulgurante lorsqu'elle avait appris qu'elle serait du voyage. L'angoisse de ne pas savoir où était Camélia l'étreignait bien sûr à elle aussi, mais elle s'effaçait sous l'effet anesthésiant qu'avait le fait de se savoir libre.
Lorsqu'elle rentra au village, Catherine vit la jeune Adèle, en larmes, sur la place. Elle sut que quelque-chose de grave avait eu lieu et elle se prépara au pire. Mathieu courut pour rejoindre la petite et la pressa de questions mais ce n'était pas la peine, ceux qui avaient organisé la battue avaient des réponses. Camélia était morte. Elle et Adèle avaient été attaquées par une bande de pillards de Kerdéreth. Adèle avait pu s'échapper mais s'était perdue dans la forêt. Camélia avait, elle, été tuée sous ses yeux. Il ne restait plus que quatre des douze enfants.

Deux ans plus tard, les enfants n'étaient plus des enfants. Ils avaient vu mourir leurs amis, et ils avaient à présent dix-huit ans. C'était l'heure de faire des choix. Et des choix, Catherine en avait fait plus d'un. Elle ferma son sac et boucla une ceinture autour de sa taille. Elle vérifia que son épée jouait bien dans son fourreau, enfila une veste de cuir rouge brodé, qui lui avait coûté très cher et mis son sac sur son épaule. Il lui fallut prendre une grande inspiration avant de pouvoir passer la porte de chez elle. Elle avança à grands pas. Elle avait bien choisi son heure. Tout le monde était regroupé autour du feu. Lorsqu'on la vit avancer de la sorte, on préféra lui laisser la parole. Le silence se fit. Ses amis les plus chers : Jérôme, Florient et Mathieu, l'observaient avec incompréhension. Elle les distinguait sans trop de mal. Adèle, tout près, lui adressait un regard indéchiffrable. Catherine était bien la seule à ne pas l'aimer plus que comme une simple connaissance. Elle ne lui accorda aucune attention. Ses parents étaient tout près du feu. Sa mère devait être entrain de raconter à son père ce qu'il se passait car elle l'entendait murmurer, sans pour autant comprendre quoi que ce soit à cause de la distance. Le feu craquait devant elle. Les autres villageois s'étaient redressés. Catherine annonça qu'elle partait sans plus attendre car elle ne pouvait plus supporter de vivre derrière des murs. La nouvelle fut accueillie avec colère et inquiétude. Pour calmer les oppositions, elle évoqua le fait qu'elle repasserait régulièrement. Et sur ce, et sans adresser d'autre parole à quiconque, elle s'en fut dans la nuit.
Près des portes du village, Catherine entendit qu'on l'appelait. C'était Jérôme qui courait derrière elle, suivit de près par Florient et Mathieu. Elle ne put que leur faire part une nouvelle fois de sa décision. Jérôme la pria de se garder.

Les mois passèrent. Catherine revenait en effet souvent au village. Elle avait fixé la nouvelle lune comme date de passage, c'est-à-dire tout les vingt-huit jours, et s'y tenait sans problème. Elle avait fondé une nouvelle vie à Irnélen, où elle avait pu s'acheter une maison à force d'économie. Elle se produisait sur les places de plusieurs villes pour raconter des contes qu'elle passait des nuits entières à écrire. Les gens lui donnaient quelques pièces chacun en retour et elle avait ainsi réussit à amasser un gagne pain confortable. À côté de cela, elle effectuait aussi quelques mimes, mais elle gagnait moins d'argent avec. Elle se sentait bien dans sa nouvelle vie, et envisageait de partir pour Équalza.
Au village des Valeureux, la vie avait repris, suite au drame qui avait survenu près de trois ans plus tôt. Les habitants menaient une vie tranquille, presque normale. Les trois hommes qui étaient toujours l'objet de la malédiction tenaient à rester dans cet endroit qui les avait vu naître. Cela ne les empêchait pas de faire de fréquentes escapades en dehors de l'enceinte du village, pour aller chasser ou se promener. Florient avait trouvé femme dans un village voisin, et, heureuse coïncidence, elle était barde. Grâce à sa musique, elle serait ainsi bien accueillie au village. Jérôme passait souvent voir Catherine à Irnélen, et il se racontait qu'ils vivaient une idylle secrète. Mathieu, lui, ne se remettait pas de la perte de Camélia. Adèle tentait pourtant de se rapprocher de lui, cependant il semblait être le seul homme insensible à son charme.
Pour une nouvelle lune en un mois de janvier, Catherine passa au village, comme à son habitude, et après avoir été discrètement rendre visite à Jérôme, elle avait rejoint Mathieu qui s'était ouvert à elle du curieux manège auquel se livrait Adèle. Catherine lui fit donc part de ses impressions sur elle. Tous deux se mirent d'accord sur le fait qu'elle était étrange.

Lorsque Catherine était repartie, elle avait directement fait route vers le nord. Elle montait un cheval qu'elle avait emprunté à Irnélen, à un ami de sa connaissance. Les hommes étaient partis aux champs à cette heure, et les femmes à la rivière ou aux bois. Elle avait quitté les murs en même temps qu'eux. Il ne restait au village que le père de Catherine, Adèle, deux charpentiers d'un village voisin qui aidaient Jérôme, Florient et Mathieu à rénover une maison, ces trois derniers, un Musicien et son apprenti qui souhaitait devenir barde, et les parents adoptifs d'Adèle, qui autrefois avaient une petite fille du nom d'Élodie.
Sur la route, à seulement quelques mètres du village, Catherine perçut un bruit étrange, porté par le vent. Glacée, la jeune femme tira sur les reines. Le vent lui porta un hurlement qu'elle parvint cette fois à comprendre. « Catherine », criait avec force et désespoir une voix de femme, et l'intéressée se raidit. Elle fit lentement se retourner son cheval. Malgré la distance, encore faible, qui la séparait des murs, la jeune femme ne voyait presque rien, seulement une forme un peu floue et diminuée par sa vue se précipiter vers elle. Elle avait néanmoins reconnu sans mal, à sa voix, la mère d'Élodie. Alors qu'elle courait vers elle de la sorte, Catherine n'eut que le temps de percevoir un second bruit. D'abord sifflement, celui-ci se fit mât et s'accompagna d'un faible cri de la pauvre femme qui allait la rejoindre, et de celui d'une chute. Catherine était paralysée par l'effroi. La panique parcourut chacun de ses membres d'un frisson électrique. L'espace autour d'elle n'existait plus, sa vue s'était brouillée. Il n'y avait plus que ces sons, ces silences, et l'attente inexorable dans une paralysie grandissante que quelque-chose se produise. Catherine sentait le danger s'approcher, lentement mais sûrement. Il était là, quelque part. Mais qu'était-ce ? Et où ?
Son ouïe fine lui permit de discerner le bruit d'une personne approchant, sans même prendre la peine de masquer ses pas. Assurée, elle franchit en quelques secondes la distance qui la séparait des portes du village. Alors, Catherine entendit l'arc se tendre. Elle imaginait même très bien le prédateur qui se trouvait là, caressant l'empenne et s'apprêtant à décocher le carreau fatal qui lui ôterait la vie. Elle sentait le prédateur, le perfide, respirer, alors qu'il était à plusieurs mètres de là. Il devait se tenir droit, forçant le respect. Catherine leva les yeux. Une forme floue sur la route, devant la grisaille des palissades, une promesse de mort à la main. Le prédateur prit tout son temps et visa avec attention. Catherine le voyait. Même s'il était flou. Il était là. Vivant. Ici droit devant. Ses yeux dans les siens. Qui sait ? Le silence. Un air de déjà vu dans la scène. Quelque-chose à connaître. À reconnaître. Non, plus que tout, la mort au bout du fil. Là... si proche.
Catherine sortit de sa torpeur à temps. Elle lança son cheval au galop vers le Sud. Le prédateur en fut décontenancé et lâcha sa flèche sans qu'elle atteigne sa cible. Car une cible, elle en était une. Qui que fut ce prédateur, il la traquait, et la traquerait certainement toujours, si elle parvenait à s'échapper. La malédiction l'avait peut-être rattrapée. Et si le prédateur était venu pour elle ? ... Pour eux. Jérôme, Mathieu et Florient étaient encore entre les murs. Catherine retint un cri de désespoir. Elle devait aller les chercher. Non, il y avait trop de danger... Elle sentait parfois, tout prêt d'elle, les flèches siffler. Elle ne pouvait pas les sauver seule. Seule une personne étrangère à la malédiction le pouvait. Car elle était maudite, et si elle s'approchait de trop près du prédateur, il la tuerait.
Elle bifurqua légèrement vers l'est, à l'endroit où un groupe d'hommes du village devaient se trouver pour chasser. Une nouvelle flèche passa mais il était trop tard pour le prédateur. Il ne l'aurait pas aujourd'hui. En une minute elle avait rejoint le couvert des arbres et commençait à hurler les noms de ceux qu'elle connaissait. Des voix lui parvinrent. Le groupe s'était heureusement tenu à proximité. Alors, Catherine leur raconta avec précipitation ce qu'il s'était passé. Dans le noir de la forêt, les hommes se réunirent pour partirent à l'offensive et sauver ceux du village qui pouvaient encore l'être. On pria Catherine d'aller prévenir les femmes. Et c'est ce qu'elle fit.

Plus rien ne pouvait plus arrêter le malheur qui glissait partout, le sang qui coulait dans les venelles entre les maisons. Ils étaient maudits les enfants, maudits les enfants d'un peuple qui avait trop souffert et qui espérait trouver la paix. Ils auraient trouvé la souffrance humaine. Celle que le peuple répand comme de la poussière dans le vent. Les jalousies amères des hommes et toutes les pauvretés du monde les auraient suivis partout. Les plus solides remparts n'éloignent jamais le tonnerre qui vient du ciel, et gronde sur la liberté des gens.
Dans le village, plus d'espoir. On n'avait plus qu'à faire le deuil. Le prédateur qui avait décidé de tout dévaster chez eux avait tout emporté, toutes les vies de ceux qu'on avait laissé là. La mère d'Élodie avait été abattue sous les yeux de Catherine. Le son indélébile du coup qui part l'affecterait toujours. Elle avait voulu la prévenir, la prévenir que le malheur était près à s'abattre. Que Le Prédateur était là, aux portes. Mais il ne lui en avait pas laissé le temps. Le Musicien et son apprenti étaient morts. On les avait retrouvés sur la place. Les flèches mortelles avaient dû les surprendre dans leur occupation. Les deux charpentiers étaient morts. Une flèche chacun les avait atteint alors qu'ils remplaçaient la chaume sur le toit d'une maison. Mathieu, Jérôme et Florient étaient morts. La malédiction les avait pris tous deux. Les flèches ne les avaient pas épargnés.
Mais deux interrogations se posaient à présent à ceux qui vivaient encore. Le père de Catherine était mort. Toutefois c'était un poignard, toujours en place, qui lui avait traversé le coeur. Qui avait-il donc à voir dans ce geste assassin ? Et puis restait l'énigme, le mystère. Le Prédateur avait tué tout le monde... ou presque. Adèle avait été retrouvée, choquée et en pleurs dans la cabane où l'on stockait les outils et les armes du village. Cependant, elle était toujours vivante. Elle avait adressait un regard plein de suppliques à Catherine lorsqu'elle l'avait trouvé, mais celle-ci, l'avait toisé avec froideur, la mâchoire crispée dans une grimace de rage et de désespoir, et l'avait signalée aux autres.

Dès le soir, Catherine quitta les habitations pour rentrer à Irnélén, le visage inerte de son amant, plaqué dans sa tête, et les yeux vides de son père au fond des siens.
Des douze enfants de la malédiction, il n'en restait plus qu'une. »

~o\ & /o~


La Conteuse ferma les yeux et reprit sa respiration sous les rayons du soleil qui éclairaient la place. Alors, seulement, les personnes qui s'étaient rassemblées autour de la fontaine applaudirent en coeur. Il fallut plusieurs secondes avant qu'elle ne puisse rouvrir les yeux à nouveau. Les applaudissements n'avaient toujours pas taris, ils se firent même encore plus vivaces, lorsque les gens croisèrent à nouveau le regard lointain de la jeune femme. Celle-ci leur sourit avec joie, heureuse que l'histoire leur ait plu, et frappa dans ses mains à son tour, pour les remercier de leur attention. Alors, au fil des minutes, les gens vinrent la saluer, des petits enfants tout impressionnés aux vielles personnes pleines d'expérience, et lui laissèrent quelques pièces qui lui permettraient de se nourrir, avant de quitter la place. Il ne resta, au bout d'une dizaine de minutes, plus grand monde, et un père avec sa petite fille approchèrent à leur tour.
Tiens Madame, dit la petite de sa voix fluète en tendant des pièces. Merci pour ton histoire. Elle... elle était très zzzolie ton histoire Madame.
Merci beaucoup jeune Demoiselle. Je suis ravie que mes histoires te plaisent, répondit la Conteuse.
Mais dis-moi Madame... tu... où est-ce qu'elle est elle maintenant Catherine tu le sais ?
La Conteuse sourit, attendrie. Les enfants croyaient toujours dur comme fer aux histoires, et imaginaient toujours leur héros vivant sur les terres du Continent Double.
N'embête pas la Dame, Sally. Souhaites-lui plutôt une bonne journée, rit son père.
Oh mais ce n'est rien, elle ne m'embête pas du tout. Les enfants sont toujours curieux. Approches donc Sally, que je te vois mieux.
La petite s'exécuta et se plaça devant la Conteuse, bien droite, ses cheveux blonds comme les blés auréolant son visage de jolies boucles fines. La Conteuse se pencha et fixa sur elle ses grands yeux clairs. Puis elle posa ses mains sur son visage, et détailla ses traits au toucher. Un petit nez et un visage rond, la peau douce d'un enfant. Sally rit lorsque la Conteuse effleura ses yeux, et cela la fit sourire. Finalement, elle posa ses mains sur ses genoux et planta à nouveau son regard dans celui de la fillette. Celle-ci, attentive, attendait patiemment qu'on lui réponde. La Conteuse se pencha finalement vers elle en affichant un air espiègle.
Eh bien je suppose que Catherine voyage au travers du Continent aujourd'hui, comme elle a toujours rêvé de le faire.
Tu penses qu'elle viendra, ici, en Équalza ?, s'enthousiasma la petite.
Elle y est peut-être même déjà..., laissa entendre la Conteuse.
La fillette sautilla d'excitation, et se jeta dans les bras de son père. Celui-ci échangea avec la Conteuse un regard qui voulait dire « merci » et porta sa fille à sa hauteur.

Bon, et nous on va rentrer voir maman maintenant !
Ouuuuuais ! Dis papa je pourrai avoir des crêpes ?
Bien sûr Sally que tu pourras prendre des crêpes. Autant que tu veux même !
Et le père et la fille quittèrent la place. Dans le calme retrouvé, la Conteuse fixa un court instant l'éclat des pièces posées sur le rebord de la fontaine avant de chercher son sac du bout des doigts et de les faire glisser à l'intérieur.
Catherine referma le sac et le passa en bandoulière. Elle quitta la place vers d'autres chemins.

Des douze enfants de la malédiction, il n'en restait plus qu'une.



~Ce qui accompagne votre personnage~


Armes : Elle se déplace toujours une épée au côté, ce qui peut sembler paradoxal chez une Conteuse presque aveugle et au visage si doux...

Animaux familiers : Elle s'est récemment acheté un cheval : Éden. Il est noir comme la nuit, et d'un tempérament extrêmement calme. Catherine ne se déplace jamais sans lui. Elle l'a recueilli alors qu'il allait être mené à l'abattoir. Son maître était le propriétaire d'une mine au sud de Jasdéràn. Un jour où il se trouvait sur les lieux la mine a explosé et le cheval a perdu l'audition. Son maître étant mort dans l'accident, plusieurs mineurs décidèrent d'amener la bête à l'abattoir, où le trouva Catherine. Une monture sourde pour une maîtresse aveugle... Il étaient faits pour s'entendre.

Personne(s) : C'est extrêmement rare, mais il arrive que la jeune femme soit accompagnée d'Adèle. La jeune fille vit toujours au village des Valeureux, en compagnie de la mère de Catherine et, parfois, celle-ci lui demande de l'accompagner de-ci de-là. Mais Catherine éprouve toujours une sorte de haine envers Adèle. En effet, elle s'est trouvé sur les lieux de la mort de plusieurs de ses plus tendres amis, mais ils ont péri alors qu'elle-même survivait.


~Précisions sur votre personnage~

Capacités personnelles : Du fait de son entraînement auprès de ses compagnons dans sa jeunesse, elle a acquéri une grande connaissance du maniement de l'épée. Mais celle-ci n'est valable que lorsque son ouïe arrive à palier sa déficience visuelle. C'est-à-dire que si son adversaire est d'une discrétion sans faille, Catherine risque d'être en désavantage.

Informations personnelles : Catherine n'en sait rien, mais elle fait partie de ceux que l'on nomme Protégés, depuis le jour de sa naissance. Elle n'a pas encore trouvé son Protecteur. Peut-être cela se fera-t-il bientôt... Si elle le trouve, alors il se pourrait bien qu'elle résiste au cruel avenir qui l'attend. Mais rien n'est moins sûr.


~Partie HRP~

Votre découverte du forum : Je suis le TC d'Alidane Dextrae 8D et ouais !
Votre expérience dans le RP : C'est le cinquième compte Rplayer que je crée. Alors bon, je crois que j'ai atteint un 'tit niveau confortable.
Avez-vous lu le règlement : Toujours pas hélas ! Bon allez je vais pas la faire à chaque fois celle-là... Oui, je l'ai lu le règlement !
Autre : LE FORUM LOST HEAVEN RECRUTE ENCORE ET RECRUTERA TOUJOURS DE NOUVEAUX MEMBRES. AVIS AUX AMATEURS ! Et excusez-moi pour la longueur de cette fiche. Je ne sais pas si beaucoup de monde aura le courage de la lire...

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MessageSujet: Re: Catherine Sairilyss, l'enfant maudite (voir la légende "les Valeureux Solitaires")   Mar 3 Juil - 10:53           
.................................................................................................................................................................................................................................

Ne vous déplaise, je valide mon TC. Pour les objections, me MP.


~.~.~.~.~.~.~.~.~.~


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Catherine Sairilyss, l'enfant maudite (voir la légende "les Valeureux Solitaires")

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